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N° 160 - Septembre 2009 / pays de la loire Jean Daubigny, nouveau préfet des Pays de la Loire : « Je crois au pragmatisme et au dialogue ! »
Jean Daubigny, ancien préfet de Bretagne vient d’arriver en Pays de la Loire où de nombreux dossiers importants l’attendent dont celui du futur aéroport international de Notre-Dame-des-Landes qui n’est pas le moindre. « Je crois au pragmatisme et au dialogue ! » affirme ce grand serviteur de l’État qui fait de la lutte pour l’emploi sa priorité majeure…

C’est sans doute une chance pour les Pays de la Loire que son nouveau préfet, Jean Daubigny, 61 ans, vienne de Bretagne. D’une région voisine qui a connu deux grands prédécesseurs (Bernadette Malgorn et Claude Guéant) et dont les intérêts sur la façade atlantique comme dans l’intérieur procèdent de conjugaisons pas si différentes. Confessant une « vocation tardive » pour la Préfectorale, ce fils d’enseignants de Troyes a d’abord choisi l’histoire et la géographie pour premier cursus, se destinant à l’époque, par atavisme familial, à l’enseignement. C’est la découverte « mythique » de Sciences Po ensuite, à Paris, qui l’a fait changer d’avis avant d’intégrer l’ENA. Un stage en préfecture aux côtés d’un préfet charismatique l’a convaincu d’y demeurer et d’y faire carrière…
« Les Bretons savent ce qu’ils veulent » De la Bretagne, son dernier poste, Jean Daubigny conserve le souvenir d’une région qui a totalement gommé les impressions de son enfance : « Ce qui a été fait par les Bretons et par l’État est considérable, notamment au niveau de l’éducation et de la formation des hommes. C’est un atout incontestable. Ces gens-là savent ce qu’ils veulent et ils ont construit une Bretagne nouvelle sans renier leurs racines et leur culture. Loin des centres de décisions de l’Europe, la Bretagne a su se prendre en charge elle-même pour peser dans la compétition internationale. C’est d’ailleurs dans ce domaine du développement économique et de l’export qu’elle doit poursuivre ses efforts en structurant son économie fondée sur des TPE très dynamiques. Son réseau de villes entre Rennes et Brest constitue une force qu’elle doit orienter dans un sens stratégique. C’est un
formidable enjeu pour demain ! ». Saluant l’action positive de ses prédécesseurs en Bretagne (Claude Guéant aujourd’hui secrétaire général de l’Élysée et Bernadette Malgorn, conseiller maître à la Cour des comptes), Jean Daubigny plaide, en haut fonctionnaire respectueux des équilibres politiques, pour le pragmatisme et le dialogue : « J’y crois et c’est la seule façon de faire avancer des dynamiques politiques fondées sur une dialectique des lieux et des personnes ».
Non à la violence Bon connaisseur de la Bretagne, observateur attentif des Pays de la Loire qu’il découvre, le nouveau Préfet de Région ne trouve pas le concept de grand Ouest si « creux » que cela : « Ma conviction, dans ce domaine, c’est que cela ne se fait pas par ordonnances. Il faut donner aux citoyens des choix clairs. Tout peut être dit, tout peut être débattu. Ce sont les complémentarités évidentes entre ces deux régions voisines qu’il faut d’abord mettre en avant. Ne pas parler de compétition mais de rapprochement comme cela s’est fait pour le pôle agronomique entre Angers, Nantes et Rennes, par exemple. Les lignes TGV vers Paris procèdent de la même logique et permettront peut-être un jour de relier Nantes et Rennes à grande vitesse… » Le futur aéroport international de Notre-Dame-des-Landes, entre Rennes et Nantes, facilitera ce débat nécessaire : « La Décision d’utilité publique a été adoptée et tous les recours rejetés. La voie juridique est donc claire. La loi de la majorité oblige la minorité qui peut certes continuer à se manifester (le dialogue demeure) mais pas par des moyens illégaux et attentatoires aux personnes. Sur ce point, je suis déterminé, la violence (faisant référence à des actes délictueux récents dans un
Super U de Vigneux) ne peut pas l’emporter sur la démocratie…»
« Il y a de l’argent disponible » Pour le préfet de Nantes, l’appel d’offres sur le concessionnaire devrait aboutir avant l’été 2010 : « Au mieux au printemps. Mais il ne faut pas se précipiter. Connaissez-vous beaucoup de projets de cette envergure dont on se plaint qu’ils aient trop d’avance ? On a tort parfois, dans notre système bien français, d’afficher des dates avant même que tous les travaux préparatoires nécessaires aient abouti ! » Concernant enfin l’emploi qui sera son cheval de bataille, Jean Daubigny croit à une « mobilisation de tous les instants » des acteurs concernés : « Nous allons travailler par bassins d’emplois de manière à être au plus près des réalités. Je veux aussi observer le secteur bancaire pour ne pas tomber dans des fantasmes et voir si les entreprises qui le souhaitent et qui le peuvent bénéficient bien des financements espérés. » En matière de contrats emplois aidés, le Préfet parle dans la région de « capacités inemployées », tout comme pour les crédits à la formation, certes décentralisés, mais pas assez utilisés : « Il y a de l’argent disponible. L’économie sera différente demain, après la sortie de crise, profitons-en donc pour former le personnel des entreprises qui le demandent… » Visiblement détendu dans son grand bureau de l’ancienne Chambre des comptes de Bretagne, quai Ceineray à Nantes, le nouveau préfet observe et écoute. Lui qui aime Victor Ségalen et Julien Gracq trouvera (à ses moments de loisirs) dans leur langue parfaite, si imprégnée d’Armorique, de quoi respirer, au-delà des contingences d’un métier occupant et préoccupant…
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