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N° 161 - Octobre 2009 / bretagne

Le dernier empereur…


Dans une biographie non autorisée, Guy Delorme brosse un portrait de François Régis Hutin, honnête et bien documenté. Non sans cacher une admiration réelle pour l’homme et le chef d’entreprise, l’auteur tente une explication intelligente sur les ressorts profonds du patron breton… par Olivier d’Argol



Dans un livre intitulé François Régis Hutin. Le dernier empereur d’Ouest-France (1), Guy Delorme, ancien patron du service économique du quotidien rennais publie le troisième volet d’une longue enquête sur le groupe de presse breton de ses origines à nos jours. Après l’histoire de l’abbé Trochu parue en 2000 et celle du « premier quotidien français » éditée en 2004, également aux éditions Apogée, l’auteur achève sa chronique fort bien documentée par un portrait « non autorisé » de l’actuel patron de Ouest-France qui hérita en 1965 du journal fondé par son père, Paul Hutin-Desgrées, à la Libération.
En un peu plus de deux cents pages, Guy Delorme nous livre sa vision du « dernier empereur » (une expression qui, paraît-il, n’a pas plu en haut lieu !) qui a fêté ses 80 ans l’été dernier en commençant par « L’apprentissage du chevalier chrétien » et en terminant par une « Succession délicate ».
Guy Delorme reprend dès le début du livre le titre de notre éditorial de mars 2005, « Le messie de Chantepie », dans lequel le Nouvel Ouest dénonçait, au nom de la défense du pluralisme et de la liberté éditoriale, la reprise des quotidiens de l’Ouest (Presse-Océan, Le Courrier de l’Ouest et Le Maine Libre) par le groupe Ouest-France.
« Pas facile de percer la réserve de cet homme secret, qui cultive une discrétion assez rare dans la profession… » explique-t-il avant d’ajouter : « Le futur patron de presse ne se destinait pas au journalisme. Nourri au lait du catholicisme social, il avait rêvé d’être missionnaire. Il a passé deux ans au séminaire de la Mission de France à Lisieux. Une étape importante qui l’a marqué. Comme sa rencontre avec le père Louis-Joseph Lebret, fondateur d’Économie et Humanisme, mouvement catholique qui ambitionnait de remettre l’économie au service de l’homme. Le futur directeur de journal a puisé dans ce laboratoire d’idées généreuses ».

La crainte de la catastrophe
Né le 27 juin 1929, François Régis Hutin est également le petit-fils du fondateur de l’Ouest-Éclair, Emmanuel Desgrées du Loû qui, avec le fameux abbé Trochu, lança ce quotidien à Rennes le 2 août 1899.
Il avait quatre ans à la mort de son grand-père. Il conservera toujours une profonde admiration pour cet aristocrate « au visage fin, avec un faux air de Lyautey et les cheveux en brosse ».
« Comme son père, ajoute Guy Delorme, François Régis Hutin est passé par le séminaire. Comme son père, il estdiscret dans ses notices biographiques sur cette partie de sa vie ». Mais il appliquera, à la lettre, l’héritage spirituel reçu de ses pères : « Promouvoir la défense des valeurs
chrétiennes et des belles causes ».
En janvier 1961, âgé de 32 ans,François Régis Hutin entre à Ouest-France comme rédacteur stagiaire. C’est son père qui dirige le journal. « C’est ton devoir ! » lui a-t-on dit. Il signe de son seul prénom pour ne pas encombrer les rubriques de la signature Hutin, déjà bien usitée. Quatre ans plus tard, en 1965, il succédera à Paul Hutin…
Sous sa houlette, le quotidien breton a incontestablement progressé d’une manière constante. Dans le hall du siège social à Chantepie, dans la banlieue rennaise, la courbe des ventes tient lieu de carte de visite. Elle n’a cessé de monter depuis 1965. Autant par appétit de puissance que par
obligation économique.
Dans le même temps, François Régis Hutin, « conquérant malgré lui… », a acheté des quotidiens, des hebdomadaires, des journaux gratuits d’annonces.
Il a également multiplié les participations dans des radios, des télévisions nationales et locales (Le dépôt de bilan de Nantes 7 cet été a fait perdre au groupe 7 millions d’euros), créé sa régie publicitaire, sa maison d’édition, etc.
« Depuis qu’il est aux commandes de Ouest-France, note Guy Delorme, François Régis Hutin est habité par la crainte de la catastrophe ».

D’un papivore à l’autre…
Pendant trente ans, le patron de Ouest-France s’est servi de son combat contre Robert Hersant (surnommé le « papivore » par Henri de Grandmaison, journaliste maison) pour asseoir son propre pouvoir dans le grand Ouest.
Alors que le groupe national de « RH », comme on l’appelait, pesait moins de 30 % de la presse écrite quotidienne française, François Régis Hutin guerroyait contre les menées d’Hersant dans l’Ouest pour mieux affermir ses propres positions. Aujourd’hui, alors que le groupe Hersant a été largement démantelé et que Ouest-France a racheté  trois de ses anciens titres (Presse-Océan, Le Courrier de l’Ouest et Le Maine Libre), le groupe rennais avec ses quotidiens et ses hebdos contrôle plus de 80 % des parts de marché de la presse écrite quotidienne et hebdomadaire en Basse-Normandie, Bretagne et Pays de la Loire. Mais personne ne s’en plaint. L’UMP a même encouragé le groupe rennais à consolider (hors du Télégramme, de La Manche libre et du Courrier de la Mayenne) son quasi-monopole.
Reste que l’avenir du groupe devenu un véritable « potentat », dans un climat économique et financier très détérioré, est loin d’être évident. Guy Delorme esquisse des pistes sans rien cacher des problèmes majeurs auxquels le groupe est aujourd’hui confronté. Car les actionnaires de Sofiouest (257) qui ont bien profité ces dernières années des remontées de dividendes s’inquiètent de voir les pompes à finances du groupe (Spir et Précom) s’appauvrir.
Guy Delorme nous signale même que le Crédit mutuel de Bretagne détient 9,5 % du capital de Sofiouest.
L’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste (fondée en janvier 1989) qui est propriétaire de Sipa, la holding du groupe, a été conçue dans des années de prospérité. Pourra-t-elle jouer le même rôle dans des années de vaches maigres ? C’est toute la question du livre de Guy Delorme qui pose un certain nombre de points d’interrogation.
Le dernier empereur d’Ouest-France, selon le titre choisi, n’a pas préparé d’héritier pour lui succéder. Il a placé une fille et un gendre à des postes stratégiques. Mais pas de successeur proprement dit. Le titre choisi par Guy Delorme tombe juste. Il marque un changement d’époque.
Tant en matière de société qu’en termes de presse. L’après Hutin a d’ores et déjà commencé. Mais personne n’en connaît la physionomie…


Guy Delorme : « Ce patron à l’ancienne est un bourreau de travail… »


Guy Delorme, après “L’abbé Trochu” et “La saga Ouest-France”, vous abordez dans votre dernier livre intitulé “Le dernier empereur d’Ouest-France” une personnalité très forte, celle de François Régis Hutin, l’actuel président du groupe de presse rennais qui vient de fêter ses 80 ans et tient toujours d’une main ferme les destinées de cet empire médiatique omniprésent dans le grand Ouest. Vous parlez même d’une biographie non autorisée. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Je parle d’une biographie non autorisée dans l’avant-propos de mon livre parce que je n’ai pas demandé l’autorisation à François Régis Hutin. Je n’ai pas pris contact avec lui. Je lui ai écrit pour l’informer quelques jours avant la sortie du livre que je lui ai adressé. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que je tiens à l’indépendance et à la liberté, deux conditions indispensables. Pour moi, une biographie relue et corrigée par celui qui en est l’objet est une hagiographie. Je voulais écrire une biographie qui serre au plus près la vérité du personnage avec ses lumières et ses ombres.

Les origines philosophiques, spirituelles et politiques d’Ouest-France donnent à ce groupe une spécificité particulière. Elles ont même façonné la personnalité de son dirigeant, comme elles l’avaient fait pour ses prédécesseurs. Est-ce que le vocable « chrétien social » résume bien cette identité ?
Être chrétien social aujourd’hui qu’est-ce que c’est ? La rédaction assume l’héritage des chrétiens sociaux qui ont fondé le journal. Elle adhère aux valeurs qui fondent Ouest-France : respect de la personne, défense de la démocratie, justice et liberté, solidarité, indépendance. François Régis Hutin rappelle souvent cette filiation non pour le plaisir de regarder dans le rétroviseur mais pour s’assurer que le journal, dans cette société en évolution, reste fidèle aux idéaux des fondateurs. Ouest-France a un projet partagé par les journalistes qui adhèrent à une ligne éditoriale. Mais, en cas d’interprétations divergentes, c’est François Régis Hutin qui a le dernier mot.

François Régis Hutin a longtemps lutté contre le groupe Hersant, accusé de représenter un danger de monopole en France avec 33 % de parts de marché dans la presse écrite. Aujourd’hui dans l’Ouest, le groupe Ouest-France, après les rachats des quotidiens de Nantes, d’Angers et du Mans pèse entre 70 et 80 % de l’offre éditoriale de la presse quotidienne et hebdomadaire. Peut-on parler de contradiction ?
Il y a en effet une contradiction. Mais François Régis Hutin se défend d’attenter au pluralisme. Il a même dit un jour au comité d’entreprise qu’il y avait les bonnes concentrations (les rachats effectués par Ouest-France) et les autres… Un peu comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais. À l’entendre, François Régis Hutin n’a pas eu pour objectif de constituer un groupe ni de compromettre le pluralisme de la presse dans l’Ouest. Son but était de soutenir Ouest-France. Pour cela, il a voulu créer autour de lui un environnement favorable, le préserver des intrusions concurrentes et hostiles dans sa zone de diffusion et empêcher des entrées inamicales dans ces structures. Et il s’est retrouvé à la tête du troisième groupe de presse français sans le vouloir. En somme, sa stratégie offensive serait la fille naturelle d’une stratégie défensive. J’ai intitulé le chapitre de mon livre consacré à ce sujet : « Conquérant malgré lui »… Mais il arrive que des conquérants, malgré eux, prennent goût à la conquête…

Devenu au fil des décennies un très grand patron de presse, François Régis Hutin ne se destinait pas forcément à cette profession. Son itinéraire personnel vous semble-t-il linéaire ou chaotique ?

Ni l’un, ni l’autre. Même s’il ne se destinait pas à la profession d’homme de presse, il est tombé tout petit dans la marmite du journalisme. Son père, Paul Hutin-Desgrées, était un homme de presse qui s’est fait la main avec un petit hebdomadaire de Bar-le-Duc (Meuse), L’Écho de L’Est acheté en 1932. Il a dirigé Ouest-France de 1944 à 1965 qu’il avait fondé à la Libération. Sa mère Magdeleine Hutin, fille d’Emmanuel Desgrées du Loû, cofondateur de L’Ouest-Éclair, suivait de très près le journal. « À la maison, on ne parlait que de ça : la concurrence, les crises, les ventes… » raconte François Régis Hutin. Son parcours a été une préparation à son métier de patron de presse. Ce qui m’a frappé en enquêtant sur sa jeunesse, c’est l’importance des deux années - d’octobre 1948 à l’été 1950 - passées au séminaire de la Mission de France à Lisieux. Cette étape l’a marqué profondément. Ce séjour a été déterminant à un âge où la personnalité se construit. Le futur patron y a trouvé des outils et une seconde famille. Il a toujours gardé des liens avec les anciens de la Mission de France. Le jeune homme qui rêvait d’être missionnaire se préparait, sans le savoir, à la double mission que son père lui confiera en 1965 : poursuivre l’œuvre de ses pères à la tête du journal et promouvoir la défense des valeurs chrétiennes et des belles causes.

En choisissant de couronner son groupe par une association à but non lucratif, pour échapper à toute OPA hostile, François Régis Hutin (aidé par Paul Museux) a créé un précédent qui fonctionne bien en temps de croissance et de développement. Dans la période très difficile que toute la presse traverse actuellement, croyez-vous que ce système original puisse se pérenniser ?
C’est une question qu’on peut se poser. Pour le groupe SIPA/Ouest-France le temps des vaches grasses semble terminé. Spir (1), la vache à lait, principale source de dividendes pour les actionnaires de Sofiouest, est dans la tourmente en raison de la chute importante des petites annonces dans l’immobilier et dans l’automobile. Au premier semestre 2009, Spir a enregistré une perte nette de 36 millions d’euros. Dans cette période délicate on assiste à une valse des managers. Philippe Leoni a été invité à quitter la présidence de la société le 31 janvier 2009. Son successeur, Patrick Leleu, a connu le même sort le 3 septembre dernier. Louis Echelard, directeur général de SIPA et vice-président délégué d’Ouest-France, a désormais en charge le management de Spir. Rude tâche…

Comment voyez-vous la succession de François Régis Hutin ? Après avoir remercié deux successeurs potentiels (Michel Nozière et Françis Teitgen), on parle maintenant d’une équipe organisée autour de sa fille, Jeanne-Emmanuelle et de son gendre Matthieu Fuchs. Qu’en pensez-vous ?
François Régis Hutin est l’âme du journal et la clé de voûte du groupe. À moyen terme, je pense que la formule du directoire sera sans doute retenue. L’équipe organisée autour d’un financier solide comprendrait Jeanne-Emmanuelle Hutin, gardienne de la ligne éditoriale et sans doute Matthieu Fuchs, époux de Sophie Hutin, fille de François Régis Hutin. Une certitude : la famille y sera bien représentée. Pour Hutin, c’est une garantie du maintien de la ligne éditoriale. Cela ne veut pas dire que le fonctionnement sera simple. On ne peut pas exclure des tensions avec les membres de la famille et même entre eux…

Le Crédit Mutuel vient de s’offrir les anciens quotidiens de Robert Hersant à Lyon et à Saint-Étienne. En Bretagne, il est actionnaire de Sofiouest. Peut-il aller plus loin ?

Je ne sais pas. Le Crédit Mutuel de Bretagne est entré en 1998 dans le capital de Sofiouest à hauteur de 9,5 %. Il joue un rôle d’arbitre lorsqu’un actionnaire veut vendre, les actions de Sofiouest n’étant pas cotées en bourse. Des liens existent entre Ouest-France et le Crédit Mutuel de
Bretagne via Georges Coudray, son ancien président. C’est dans cette banque que François Régis Hutin est allé chercher Louis Echelard auquel il a confié des responsabilités importantes.

Au terme de votre livre, dense et précis, quel jugement portez-vous sur le « dernier empereur d’Ouest-France » ?
Dans mon livre, je me suis efforcé de ne pas le juger mais de brosser son portrait et de raconter son itinéraire. On découvre le personnage sous un jour nouveau. C’est un humaniste chrétien à la poigne de fer, adossé à sa légitimité familiale, habité par sa mission. Il a rénové Ouest-France et construit un groupe en une génération. Ce bourreau de travail est un patron à l’ancienne qui n’aime pas déléguer et qui demande beaucoup à ses collaborateurs. À une époque où de plus en plus de médias sont aux mains de poids lourds de l’industrie, François Régis Hutin, lui, est un vrai journaliste et un grand patron de presse.

(1) Spir a certes enregistré une perte nette de 36 millions d’euros au premier semestre 2009 mais Precom ne perd pas d’argent même si son chiffre d’affaires a baissé.


BONNES FEUILLES

« Lorsque François Régis Hutin pense à sa succession, la famille, c’est la sécurité, une sorte d’assurance tous risques. La certitude que la ligne éditoriale sera maintenue comme s’il était toujours là, lui qui incarne Ouest-France légitimement. Il est très susceptible sur ce chapitre. Lorsqu’un membre de la direction lui dit avec beaucoup de nuances et d’infinies précautions que sa fille Jeanne-Emmanuelle n’a pas le profil d’une dirigeante de presse, Hutin répond, agacé : « Ne m’embêtez pas avec ça, on disait la même chose de moi ».

Jeanne-Emmanuelle Hutin, après des études d’histoire, a été chez les xavières, congrégation religieuse féminine de spiritualité jésuite fondée en 1921 à Marseille par Claire Monestes, notamment pour être présente auprès des jeunes femmes au travail. La congrégation tire son nom de l’admiration que Claire Monestes portait à l’élan missionnaire de saint François-Xavier, un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites. Les xavières ont une vocation vocation missionnaire : faire le lien entre l’église et ceux qui en sont loin… Jeanne-Emmanuelle Hutin a mis ses pas dans ceux de son père. Elle les met aussi à la une où elle signe des éditoriaux d’une tonalité catholique et
lyrique, d’abord sous le pseudonyme de Jeanne Ardant, puis sous son nom.

Sa première apparition à la une - elle est alors âgée de 35 ans - est saluée avec ironie par la lettre de l’Association des journalistes du 21 juin 1996 : « Une femme qui se fait une place dans nos colonnes, c’est toujours un événement. Une femme qui surgit à la une, c’est un coup de tonnerre. Une femme qui s’impose sous le label « Éditorial » jusque-là exclusivité présidentielle, c’est une authentique révolution ! Mais qui est donc cette Jeanne Ardant, cette quasi inconnue pour la rédaction qui a signé le texte du 29 avril titré « Au nom du magnanime ? ». C’est la fille de François Régis Hutin et elle est officiellement chargée de recherches au cabinet du président. »

Lors d’une réception dans la propriété familiale d’Arradon, à l’occasion du mariage de Jeanne-Emmanuelle avec Giedrus Gapsys, musicologue et musicien lituanien, François Régis Hutin, dans son discours, avait rappelé à sa fille qu’elle portait le prénom de son grand-père, Emmanuel Desgrées du Loû, le cofondateur de L’Ouest-Éclair et celui de sa grand-mère Jeanne, son épouse. Toujours cette référence à l’histoire de la famille.
Au soir de sa vie, François Régis Hutin invoque de plus en plus les mânes de ses ancêtres. En octobre 2007, il a consacré un éditorial à son grand-père à l’occasion du baptême, à Lanvéoc-Poulmic, de la promotion 2007 de l’école des officiers du Commissariat de la marine qui porte son nom. Très éclairant sur son auteur, cet éditorial. D’abord, dans son réinvestissement généalogique, Hutin fait remonter à son grand-père la paternité de la devise d’Ouest-France « Justice et Liberté », les mots de ralliements des premiers cercles ouvriers que celui-ci fonda à Brest en 1892.
Ensuite en évoquant son grand-père - « un veilleur » - avec une admiration teintée d’émotion, Hutin donne l’impression de se décrire lui-même tel qu’il se rêve ou se voit : « Le marin est un veilleur. Un homme qui sait regarder au loin. Un homme qui sait aussi reconnaître les dangers pour les parer […] Un homme de courage dont la force d’âme lui permet d’affronter sereinement les difficultés, de mesurer lucidement les risques et d’accomplir pleinement sa mission ». Un exemple pour la quatrième génération qu’il valorise aussi. Plutôt avare de compliments avec ses journalistes - une équipe de qualité - il l’est moins pour Jeanne-Emmanuelle…

Une autre fille de François Régis Hutin,
Sophie Fuchs, a tâté du journalisme à Ouest-France. À la fin des années quatre-vingt-dix, elle s’ennuyait à Saint-Lô où son mari, Matthieu Fuchs, avait été nommé, après son mariage, à la direction d’un journal de petites annonces du groupe Spir. Hutin s’en ouvrit à un directeur qui fit le nécessaire : Sophie Fuchs a été nommée journaliste à temps partiel à Saint-Lô. Son arrivée comme secrétaire de rédaction à 60 % au service politique le 23 septembre 2004 a été commentée avec humour par le syndicat CFDT des journalistes dans son bulletin : « Toutes nos félicitations et un petit conseil syndical à notre consœur : vérifie que tu te trouves bien à l’indice 122
(secrétaire de rédaction). Sinon, tu peux toujours saisir les délégués du personnel… ». Sophie Fuchs a ensuite rejoint son mari à Dimanche Ouest-France comme secrétaire de rédaction.

C’est que Matthieu Fuchs, souriant quadragénaire, bien dans ses baskets, a eu une nouvelle promotion. Ce Nantais, titulaire d’un diplôme d’études supérieures d’économie et d’un master de gestion de la presse écrite de l’Institut de sciences politiques de Rennes, après un court passage à la direction du développement de Publihebdos, filiale du groupe Ouest-France, est propulsé le 2 février 2002 directeur délégué de Dimanche Ouest-France et des suppléments.
Il succède à Jacques Hardouin qui avait lancé l’hebdomadaire, le 7 décembre 1997, avec son premier rédacteur en chef, Yvon
Lechevestrier, un bon professionnel curieux et imaginatif. Un lancement couronné de succès. Matthieu Fuchs quitte la direction de Dimanche Ouest-France en juin 2006 sans y être remplacé. Son beau-père le nomme directeur général adjoint des journaux de Loire (Presse-Océan, Le Courrier de l’Ouest, Le Maine Libre) aux côtés de Jean-Luc Monjaret, ancien directeur général de la Société de développement régional de Bretagne.
Le 27 février 2009, Matthieu Fuchs se retrouve P-dg du groupe de presse lors du départ en retraite de Jean-Luc Monjaret. Une nomination suivie de la démission, le 2 mars, de Dominique Luneau, directeur délégué et rédacteur en chef de Presse-Océan, qui a mis en place la nouvelle formule du quotidien. Il est remplacé par Michel Cellier, directeur général de deux télévisions locales, Nantes 7 et Angers 7. Quoi qu’il en soit, certains
prédisent un bel avenir au gentil gendre bien intégré dans la famille Hutin.
Dernier arrivé, Paul Hutin, fils du président, est responsable de l’édition de journaux de lycée.

François Régis Hutin a étoffé son équipe de direction en 2006 et en 2007. Avec Louis Echelard, il a à ses côtés un gestionnaire solide capable de veiller à la cohérence de l’ensemble du groupe comme le faisait Paul Museux, l’éminence grise, père du montage financier et juridique.
Diplômé de l’école supérieure d’électronique de l’Ouest et de l’IAE de Nantes, Louis Echelard n’est pas un homme de presse. Il a effectué l’essentiel de sa carrière au Crédit Mutuel de Bretagne où il est entré en 1974 à l’âge de 24 ans. En novembre 2006, Hutin avait nommé deux directeurs généraux délégués. Jean-Paul Boucher, 47 ans, diplômé de l’École supérieure de commerce de Dijon, responsable du secteur technique, informatique et de la gestion du personnel. Jean-Paul Boucher a été secrétaire général puis directeur délégué chargé des questions opérationnelles et sociales avant de devenir directeur général adjoint en 2002. Autre directeur général
délégué : Philippe Toulemonde, diplômé de l’École supérieure de commerce de Lyon, 45 ans, en charge des ventes, de la promotion, de la publicité et des nouveaux médias. Philippe Toulemonde a été directeur du groupe Précom et depuis 2001, directeur délégué chargé de la publicité. Louis Echelard chapeaute les deux directeurs généraux sur lesquels François Régis Hutin s’appuyait de plus en plus. Le pouvoir de SIPA sur Ouest-France se renforce même si l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste coiffe la holding. C’est là où est l’argent. À la différence de ses prédécesseurs, Louis Echelard n’a pas été annoncé comme le successeur. Le passage de témoin sera délicat en raison de la forte personnalité de François Régis Hutin mais aussi à cause de la situation difficile de la presse quotidienne dans les années à venir. La transition de 1965 qui vit l’arrivée au pouvoir de Louis Estrangin et de François Régis Hutin s’est effectuée sous les vents favorables des « Trente glorieuses » (1945-1975).

La succession de l’actuel patron du groupe risque de se faire sous des vents contraires installés pour longtemps : augmentation des coûts de production, baisse des ressources publicitaires, forte concurrence des autres médias, en particulier Internet, mutation culturelle des lecteurs devenus zappeurs, vieillissement du lectorat traditionnel. Un paysage assombri à l’origine en 2008, on l’a vu, d’un plan de modernisation sociale qui a entraîné le départ en retraite anticipé de 125 salariés de plus de 55 ans. À défaut d’homme providentiel, la formule d’un directoire semble probable avec un gestionnaire, Jeanne-Emmanuelle Hutin en gardienne du temple et, sans doute Matthieu Fuchs, le gendre apprécié. François Régis Hutin, bâtisseur du groupe, sera probablement le dernier journaliste à le diriger. Et beaucoup se posent la question : sans lui, quid des structures ? L’avenir n’est inscrit nulle part. »




Sommaire du N° 167 : Mai 2010

Édito
5 . De Mao à Confucius… ou la Chine à rebours !

Actualité
16. Les moulistes de l’Ouest s’organisent pour ne pas disparaître
18. EuroRennes: un enjeu européen centré sur la gare 20. Saint-Gobain inaugure une usine verte à Chemillé (49) 22. Futuroscope : 100 000 visiteurs de plus en 2009 24. BPO: près de 7 milliards d’euros gérés 26. Manitou : timide retour à la croissance espéré en 2010
    28. Mignot & Saguez donne des couleurs aux marques de l’Ouest
    56. La Caisse des Dépôts accompagne le développement
    des Pays de la Loire

    Dossiers
    30. DCNS Gros plan sur la division sous-marins
    50. Cliniques du Maine : sous le signe de l’innovation


    Reportage
    60. Visites présidentielles en Chine

    Art de vivre
    64. Dacia Duster un 4 x 4 raisonnable sur les routes de l’Ouest

    Culture
    66. Notre sélection de livres
ARCHIVES

Terra Botanica ouvre au public le 10 avril. Voyage aux racines de l’Anjou

Le groupe Vedici affiche une belle santé

Renault Master à la reconquête de l’Ouest

L’UMP peut- elle gagner ?

Régionales 2010 : Laurent Beauvais

Jean-François Le Grand : communication et dialogue

Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne : Une priorité, la jeunesse

Jacques Auxiette, président de la région des Pays de la Loire L’esprit grand ouvert ?

Christophe Béchu, tête de liste de l’UMP en Pays de la Loire : L’expérience et la jeunesse…