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N° 161 - Octobre 2009 / bretagne Quimper Les premières Blue Car seront livrées en juin 2010
Ayant accueilli la visite ministérielle de Jean- Louis Borloo à l’usine Batscap d’Ergué- Gaberic, Vincent Bolloré a réussi un joli coup. Face à la presse, il a réaffirmé sa foi dans le projet Blue Car aux côtés de Pininfarina. Persuadé de détenir la meilleure technologie avec le LMP - dans lequel il a déjà investi 1 milliard d’euros - il met aussi en garde contre les risques du Lithium-ion. PAR J.L.C.

"Où en est le projet de la Blue Car avec Pininfarina, société que l’on dit en mauvaise santé financière ? " L’interrogation d’un confrère de la presse parisienne se heurte à une réponse déterminée de Vincent Bolloré. " Pininfarina va mieux que beaucoup d’autres contructeurs automobiles : l’entreprise est toujours là et elle dispose de 100 millions d’euros de cash.Pininfarina a également su doter la Blue Car d’un design exceptionnel. Aujourd’hui, nous avons reçu 6 400 commandes de notre modèle. Comme prévu, celui-ci sera assemblé à Turin sur les lignes de Pininfarina et l’on verra les premières voitures rouler sur les routes du Finistère, lors des essais, au printemps prochain. Quant aux premiers clients,tant ceux de la Blue Car que du Microbus développé avec Gruau, ils seront livrés en juin 2010 " promet Vincent Bolloré. " La fabrication relève du détail " Le patron breton s’intéresse du reste bien davantage au moteur électrique qu’à l’assemblage de la voiture proprement dit. " Le vrai sujet,c’est la batterie,les super capacités qui assurent la puissance des reprises et la chaîne de traction de la Blue Car. Après, ce qui concerne la fabrication en grande série relève du détail. " Bien loin des considérations techniques, Vincent Bolloré campe dans l’univers des enjeux stratégiques. " Il y a aujourd’hui beaucoup plus de chances que notre batterie Lithium métal polymère (LMP) soit battue par le Lithium-ion que de voir notre technologie triompher car nous en sommes les seuls fabricants. Nous sommes dans la même posture qu’un skieur qui serait tout seul sur une piste et qui pourrait se demander s’il ne s’est pas trompé de direction, à un moment donné. Eh bien, non ! Nous n’avons pas peur d’être seuls.Nos batteries sont solides, contrairement au Lithium-ion qui fait appel à des batteries liquides.Celles-ci connaissent des problèmes de surchauffe à partir de 70 degrés Celsius. Bien sûr, les ingénieurs de nos concurrents parviendront à juguler les problèmes dans 999 cas sur 1 000 mais ils ne pourront empêcher la millième voiture de s’embraser.De plus en plus,nous voyons des mises en garde sur les produits équipés de batteries Lithium-ion… " Nous, nous disposons d’une batterie “sèche”dont nous pouvons faire varier la charge et la taille pour les adapter aux besoins des véhicules. Nous entendons demeurer partenaires des constructeurs automobiles et pas seulement nous cantonner au rôle de fournisseurs de batteries " prévient Vincent Bolloré. Aux côtés de son partenaire Eramet, le Groupe Bolloré s’est assuré l’exploitation d’un gisement de lithium en Argentine (où se trouvent près de 10 % des ressources mondiales de ce minerai) qui lui permettrait d’assurer la fabrication des batteries de 100 000 voitures par an.
La Bolivie intéresse Bolloré Il convoite aussi d’autres gisements en Bolivie, pays présidé par Evo Morales, notamment le Salar de Uyuni, un vaste désert de sel qui renfermerait le tiers des res-sources en lithium de la planète. " Le président Morales a essayé la Blue Car. Il était comme un enfant sur un manège et ne voulait plus en descendre " sourit Vincent Bolloré qui ajoute "Thierry Barreau,notre représentant là-bas, vit très bien à 4 000 mètres d’altitude ". Vincent Bolloré redoute que l’emballement thermique du Lithium-ion s’accompagne d’un emballement médiatique pour le véhicule électrique. " Nous avons investi 1 milliard d’euros dans notre technologie. Pourtant, nous n’avons rien à gagner à ce que les voitures mues par une batterie au Lithium-ion brûlent. Il y aurait alors une défiance contre les véhicules électriques en général et les gouvernements fermeraient tous les guichets. Sous le déluge médiatique, le public, lui, ne ferait pas la distinction entre Lithium-ion et Lithium métal polymère : il retiendrait seulement que le véhicule électrique présente des risques. " Un brevet s’échappe au Canada Selon Vincent Bolloré, le Lithium-ion est un “misfit” : " On s’est d’abord dit que cette technologie ne fonctionnerait pas. Et puis, on s’est rendu compte que le public était demandeur de véhicules électriques. Alors, là on s’est dit : “Il faut vite trouver des batteries”. Et le Lithium-ion est apparu comme la solution. Moi, je la juge mauvaise mais peut-être que je me trompe…
" Ironie du sort : c’est à un chercheur français du CNRS que l’on doit un brevet capital dans la mise au point de la batterie LMP de Bolloré. Mais ce savant n’ayant pas rencontré l’intérêt des industriels français, il s’est tourné vers le Canada et a vendu sa trouvaille à Hydro Québec et à sa filiale Avestor. Cette société traversant des difficultés financières, Vincent Bolloré l’a rachetée en 2007, empochant du même coup le fameux brevet et son unité de fabrication des super capacités de 12 000 mètres carrés, à Boucherville, près de Montréal. Ce site est tellement important pour Bolloré que le directeur technique du Groupe a été nommé dans la foulée patron de l’usine canadienne. Détenant à la fois la ressource minière, les brevets d’exploitation et les savoir-faire conjugués d’Avestor et de Batscap, Bolloré est en position de force. Il lui reste à réussir le lancement de la Blue Car pour convaincre les politiques et le grand public…
Présente lors du dernier Mondial de l’Automobile de Paris, l’an passé, la Blue Car de Vincent Bolloré était absente cette année à Francfort. Néanmoins, elle reste plus que jamais dans la course que se livrent les constructeurs. Grand capitaine d’industrie, le patron breton nous explique pourquoi… PROPOS RECUEILLIS PAR HERVÉ LOUBOUTIN
Vincent Bolloré, le salon de Francfort est encore dans tous les esprits. Les véhicules électriques y ont tenu la vedette.Cette grande manifestation a-t-elle modifié votre vision de ce segment de marché et qui, selon vous, a le plus de chances de séduire les futurs acquéreurs ? Le salon de Francfort a conforté notre groupe dans sa conviction qu’il y a un grand avenir pour le véhicule électrique à travers le monde. Le temps de la voiture électrique arrive. Nous sommes très heureux de voir que les plus prestigieux constructeurs automobiles à travers le monde se mobilisent aujourd’hui pour ce type de véhicule qui aura toute sa place dans le paysage automobile mondial aux côtés des autres modes de propulsion. C’est cette mobilisation de tous qui va créer ce marché et lui permettre de se développer.
Verra-t-on bientôt votre véhicule dans les centres urbains et sur les routes de France ? Vous aviez parlé des premières livraisons à fin 2009. Tiendrez-vous votre pari ? La forte crise de l’économie mondiale n’a pas enlevé le désir des citoyens pour la voiture électrique. Elle nous a forcés à patienter quelques mois de plus pour ne pas opérer notre lancement au plus mauvais moment. Nous avons donc fixé à juin prochain les premières livraisons.
Où en est l’alliance avec Pininfarina? Songez-vous toujours à demeurer dans le créneau de la location ? Nous poursuivons bien sûr avec notre associé Pininfarina qui a conçu une voiture remarquable. Nous avons déjà reçu 6 400 commandes. La Pininfarina Blue Car sera proposée exclusivement à la location. Nous tenons à avoir une conduite responsable vis-à-vis de nos clients. N’oublions pas qu’ils nous font confiance pour être des pionniers de la voiture électrique. Nous devons donc limiter les risques qu’il pourrait y avoir à étrenner des voitures complètement inédites en leur permettant d’une part, de pouvoir disposer en permanence d’une voiture en parfait état et, d’autre part, en leur permettant de la rendre si elle ne leur convient pas. Le pire des services à rendre à la voiture électrique serait de fabriquer des clients mécontents. L’enjeu écologique est trop important pour ne pas le gâcher.
L’inauguration de la nouvelle usine d’Ergué-Gabéric (qui fabrique des batteries Lithium métal polymère), sur les lieux mêmes de la fondation de votre groupe bientôt bicentenaire, annonce-t-elle la phase industrielle de cette activité ? Oui, c’est parti ! La production des batteries Lithium métal polymère (LMP) passe définitivement dans la phase industrielle, non seulement en Bretagne mais également dans l’autre usine que nous détenons près de Montréal. Celle-ci entrera en service dans quelques semaines, avant la fin octobre. Or, la batterie électrique, c’est la clé et le coeur de la voiture électrique. C’est ce qui fera la différence entre les constructeurs. La particularité de notre batterie est d’être une batterie solide, c’est-à-dire non liquide. Notre batterie LMP
LMP stocke cinq fois plus d’énergie qu’une batterie classique. Elle se recharge en quelques heures, ne nécessite aucun entretien, donne une sécurité incomparable et a une durée de vie de 200 000 km. Nous avons la conviction, confirmée par l’expérimentation, de détenir la technologie performante.
Pouvez-vous nous parler du partenariat avec le groupe Gruau de Mayenne pour la réalisation de véhicules destinés aux collectivités ? Nous avons effectivement créé une autre société commune 50/50 avec les carrosseries Gruau de façon à proposer très rapidement aux collectivités locales des microbus propulsés par ces mêmes batteries LMP, fabriquées àQuimper et à Montréal. Gruau est un grand Groupe français aux compétences remarquables et avec qui nous nous entendons très bien.
Un autre groupe de l’Ouest (Heuliez dans les Deux-Sèvres) mise beaucoup sur le véhicule électrique, avec des batteries différentes des vôtres. Estimez-vous ce projet crédible et trouvez-vous normal que l’État et la région Poitou-Charentes le financent en grande partie ? Je ne connais pas les autres projets mais je souhaite leur réussite. Plus nous serons nombreux et performants, plus ce marché se développera vite et fortement. Il me semble toutefois que les batteries Lithium-ion utilisées par la plupart de nos concurrents présentent un risque d’incendie important.
Le groupe Renault qui présente actuellement 4 prototypes électriques estime que le parc automobile va très vite atteindre 10 %. Êtes-vous aussi optimiste ? Je ne sais pas ce que vous entendez par " très vite ". Il est clair que plus il y aura d’intervenants sur le marché, plus ce sera favorable au développement de ce type de véhicules. Parce que ce sont tous ces intervenants qui créeront un “écosystème”qui engendrera de lui-même un accroissement de la demande. Je crois que l’exigence de protection de l’environnement va devenir de plus en plus impérieuse et que la voiture électrique est une réponse adaptée aux défis écologiques.
Après les premiers véhicules qui vont servir de test grandeur nature, comment voyez-vous l’avenir de l’électrique dans les dix ans à venir ? La voiture électrique commencera à être installée dans le créneau de marché auquel est elle est adaptée : celui de la voiture de petite taille à usage urbain et péri-urbain. Elle cohabitera avec les autres types de propulsion, ceux que nous connaissons aujourd’hui : les moteurs thermiques, les hybrides ainsi qu’éventuellement d’autres types, moins avancés pour l’instant. Elle est complémentaire des autres modes de transport.
Passera-t-on alors de la location à l’achat pur et simple ? Pourquoi pas ? Mais ce n’est pas une question fondamentale. Aujourd’hui, vous pouvez acheter votre voiture classique, la louer en longue durée ou la louer avec promesse d’achat. Il est probable que les voitures électriques seront disponibles de ces différentes façons en fonction du souhait du client.
Les routes et autoroutes, les rues des centres-villes, s’équiperont-elles aussi vite en prises afin de pouvoir recharger les véhicules avec le maximum de confort ? C’est ce que je vous disais à propos de l’apparition d’un écosystème favorable. Il est évident que, plus il y aura de voitures électriques vendues, plus les collectivités territoriales seront tentées d’investir dans ces équipements. Et, plus elles investiront, plus il y aura de véhicules électriques. Je pense aussi que ces équipements peupleront avant tout les zones urbaines. Il serait nuisible à l’avenir de la voiture 100 % électrique de faire croire qu’elle a vocation à parcourir de très longues distances sur autoroute.
Après la Blue Car, songez-vous déjà à d’autres véhicules? Le ferez- vous en partenariat avec des constructeurs français ou étrangers ? Chaque chose en son temps. Nous avons d’ores et déjà plus de 6 400 demandes de pré-réservations pour la Blue Car. Satisfaisons d’abord nos clients, la suite viendra d’elle-même. Simultanément, nous allons développer nos bus urbains avec le groupe Gruau.
Roulerez-vous, vous-même, en Blue Car, très bientôt ? Naturellement mais, comme je vous l’ai dit, là où c’est judicieux : en ville et en périphérie.

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