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N° 163 - Janvier 2010 / pays de la loire Schenker-Joyau : une saga exemplaire
Créée en 1925, l’entreprise Joyau de Montaigu en Vendée a connu maintes évolutions depuis ses origines. Une saga exemplaire que “Nouvel Ouest” est heureux de vous raconter… dossier réalisé par Hervé LOUBOUTIN, Stéphane rouzeau et nicolas boileau

Née dans les années vingt, l’entreprise de transports Joyau de Montaigu en Vendée a, comme toutes les autres sociétés de ce département issues de l’artisanat, évolué considérablement au cours de ces dernières décennies. Du premier camion de Marcel Joyau à l’imposante flotte du groupe Schenker-Joyau d’aujourd’hui, c’est toute l’aventure économique de la Vendée qui s’est profilée au point d’inventer un modèle qualifié de « miracle économique » et qui continue toujours de perdurer malgré la crise. Les entreprises du « 85 » se sont métamorphosées comme le département, longtemps enclavé et qui a su dans les années quatre-vingt bâtir les autoroutes et les zones industrielles (Vendéopôles) de l’avenir. C’est dans ce contexte que le groupe Joyau a considérablement évolué sous la houlette d’Henri Joyau, puis de Jacques Godet, recruté en septembre 1991 comme directeur général et nommé P-dg, quatre ans plus tard. PME familiale, l’entreprise Joyau s’est transformée au point de devenir un groupe puissant apponté à un leader mondial du Transports, DB Schenker, propriété des chemins de fer allemands. Pour illustrer la résistance de la Vendée économique à la crise, nous avons choisi de consacrer au groupe Joyau un dossier important, dans lequel apparaissent tous les contours de cette évolution qui le caractérise et le mobilise. Cette saga d’entreprise est exemplaire des choix judicieux opérés tout au long de cette longue période par des hommes qui ont toujours placé au-dessus de tout l’élément humain, la proximité et le respect des personnes. Sous la férule de Jacques Godet qui vient de passer la main à la présidence du groupe à Patrick Guénec, ancien directeur administratif et financier, l’entreprise n’a cessé de se transformer humainement, techniquement et physiquement par le biais d’une croissance interne et externe réussie et par la capacité d’une équipe de direction soudée à mobiliser plus de 4 500 collaborateurs… En dépit des difficultés constatées, ici et là, en Vendée, Schenker-Joyau demeure un bel exemple à méditer pour redonner de l’espérance à tout un tissu économique malmené par un environnement financier fortement perturbé. La
Vendée, tout comme Joyau, a de formidables atouts à jouer. Puisse cette histoire conjuguée donner des ailes à tous ceux qui, d’Henri Joyau à Jacques Godet et à Patrick Guénec, ont la passion d’entreprendre et de réussir !
Simone et Henri Joyau De véritables entrepreneurs…
Simone et Henri Joyau ont été les acteurs inspirés du développement de l’entreprise jusqu’en mai 1995, date à laquelle ils l’ont cédée à Alpha Associés et à Jacques Godet… Par Nicolas Boileau
C’était en 1925. à Montaigu. Cette année-là, Marcel Joyau (le père d’Henri) devenait commissionnaire. Au sens propre. C’est-à-dire qu’il faisait les « commissions » pour les autres, notamment les gros commerçants du bourg qui voulaient faire le plein à la ville en sucre, bière et tutti quanti. Marcel Joyau vivait au volant de son camion, aménagé le week-end « de quelques bancs pour les copains » pour se rendre, le samedi, au théâtre à Nantes ou le dimanche à Saint-Jean-de-Monts, sur la côte… Il faut attendre la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 pour que l’artisan vendéen embauche Paul Amiaud, son tout premier chauffeur. Le camion, bientôt équipé d’un gazogène (l’essence se faisant rare) achemine les petits pois de La Planche vers les usines Cassegrain de Nantes. Toute une époque. Le deuxième camion arrivera dans les années 48-49. Il sera pris en charge plus tard par le second fils, Marcel, pour les premières courses vers Paris. Henri Joyau, l’aîné, l’un des six enfants, est déjà officier de la marine marchande. Il travaille à la Transat et effectue les traversées vers New York. Une ville qu’il connaît bien et où il retournera souvent. Il a épousé Simone, une amie de la petite enfance qu’il a connue à la maternelle. Elle deviendra présidente de Fret Line et directrice financière du groupe. En janvier 1952, quand son père malade l’appelle à Montaigu, l’entreprise compte trois salariés. Henri Joyau abandonne la marine pour un emploi plus incertain. Et sans le permis : il le passera quelques mois plus tard, en se rendant à l’examen… avec le camion ! Les années cinquante, c’est aussi le démarrage des petites industries vendéennes dans
. Les chaussures Allemand de La Rabatelière, par exemple, que ses créateurs portaient à bicyclette le dimanche soir à Montaigu pour être livrées le lendemain à Paris. 1953 : l’année du déclic. Henri Joyau décide d’organiser la maison. Avec, en référence, les transports Drouin, déjà réputés dans la grande ville voisine de Nantes ! Il faudra attendre 1964 et l’arrivée dans la zone industrielle de Montaigu (où le siège du groupe est toujours installé) pour que l’entreprise prenne son envol. Henri Joyau emploie alors 50 salariés et brigue avec succès le poste de maire. Toujours au service des autres, il mènera de front toute sa vie des mandats électifs et des responsabilités patronales et consulaires. « J’aurais peut-être dû me consacrer totalement à l’entreprise, explique-t-il aujourd’hui. Mais comment ne pas s’occuper de son environnement ? » Les rachats d’entreprises se succèdent alors et les ouvertures d’agences nouvelles aussi : à Paris, à Lyon et à Marseille. En 1995, date de la vente de l’entreprise, Joyau comptait 1 500 salariés ! Son P-dg avait 68 ans et il voulait passer la main. La suite de l’histoire, Jacques Godet qui l’a vécue de très, très près la raconte dans cette saga Joyau qui a inspiré ce numéro du Nouvel Ouest. « Nous avons toujours pensé que Jacques Godet réussirait son pari » expliquent, en chœur, Simone et Henri Joyau qui connaissent bien son successeur, Patrick Guénec, recruté par leurs soins. « Le groupe s’est bien développé durant ces vingt dernières années et il a certainement la capacité à progresser encore » note Henri Joyau qui loue la capacité de ses dirigeants à créer les conditions d’un management à la vendéenne : « Garder le nom de Joyau est important car il donne un sens à toute cette histoire. Les racines, cela compte et l’ouverture à l’international n’oblige aucunement à les gommer ! ». Retraités heureux et actifs, Simone et Henri Joyau donnent l’image d’un couple solide de véritables entrepreneurs. La réussite d’hier explique celle d’aujourd’hui. Le choix des hommes a toujours été capital et, sur ce point, ils n’ont aucun regret à avoir. De Jacques Godet à Patrick Guénec, comme on dit, la boucle est bouclée… 
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