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    "description": "Il y a une question que personne ne se posait avant l’automne 2022 : combien de temps un acteur de soixante-treize ans peut-il retenir sa respiration ? Sigourney...",
    "date_published": "2023-09-05T11:25:59+02:00",
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    "content_markdown": "Il y a une question que personne ne se posait avant l’automne 2022 : combien de temps un acteur de soixante-treize ans peut-il retenir sa respiration ? Sigourney Weaver a fini par donner le chiffre, et c’est six minutes et demie. Ce détail dit mieux que n’importe quelle bande-annonce ce qu’a été le tournage d’*Avatar : la voie de l’eau*, sorti le 14 décembre 2022. James Cameron n’a pas ajouté de l’eau à son film, il a demandé à toute une distribution d’apprendre un sport.\n\n## Le tournage à sec avait été essayé, puis abandonné\n\nL’équipe de production avait proposé la solution raisonnable : suspendre les acteurs à des câbles, dans un studio sec, et fabriquer l’eau en post-production. Les essais ont eu lieu. Cameron les a regardés et a tranché dans l’autre sens. Le mouvement des cheveux, la lenteur des bras, la façon dont un corps perd son poids : rien de tout ça ne se simulait correctement en 2019, et le réalisateur préférait un plateau compliqué à une image qui sonne faux.\n\nLe résultat, c’est une capture de mouvement immergée, ce qui n’avait jamais été fait à cette échelle. Quinze caméras tournaient sur le bassin, dont deux dédiées par acteur pour enregistrer les visages. Les cadreurs étaient dans l’eau avec les comédiens, en apnée eux aussi, parce qu’une bouteille produit des bulles et que les bulles brouillent les capteurs.\n\n  **Le chiffre qui remet les choses en place**\n\nLe bassin construit pour *Avatar 2* contient 3,4 millions de litres. Pour *Titanic*, en 1997, Cameron avait travaillé avec un réservoir de 64 millions de litres. Autrement dit, ce n’est pas la taille du plan d’eau qui a coûté cher ici, c’est ce qu’on a demandé aux gens d’y faire.\n\nLe contraste avec *Titanic* vaut d’être posé, parce qu’il éclaire le vrai changement. En 1997, l’eau était un décor : on filmait des corps dedans, en surface, avec des plongeurs de sécurité et beaucoup de plans courts. En 2022, l’eau est devenue le plateau lui-même, avec ses règles, ses paliers et sa fatigue propre.\n\n## Une école de plongée avant le premier jour de tournage\n\nToute la distribution est passée par une formation à l’apnée. Pas la plongée bouteille, l’apnée, celle qui consiste à ne rien emporter du tout et à tenir sur ses seuls poumons. L’objectif fixé était de **tenir deux à trois minutes** en restant jouable, c’est-à-dire en gardant un visage expressif pendant que le corps réclame de l’air.\n\nCette contrainte-là est celle que les acteurs ont le plus commentée dans la presse américaine à l’automne 2022, notamment auprès du *New York Times* et d’*Entertainment Weekly*, à qui Cameron avait ouvert quelques images de coulisses.\n\n![Une comedienne filmee sous l’eau par un cadreur en apnee dans un bassin de tournage](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2022/11/tournage-sous-leau.webp)\n\n  **Sigourney Weaver a d’abord dit oui en bluffant**\n\nL’actrice a raconté avoir accepté le rôle de Kiri sans savoir si elle y arriverait. Elle explique venir d’une famille où l’on ne nageait pas beaucoup et que l’idée seule du tournage immergé l’angoissait. Elle a fait la formation comme les autres, et c’est finalement elle qui en parlait le plus volontiers en interview.\n\nSam Worthington, qui joue Jake Sully depuis 2009, a été plus direct : le tournage sous l’eau a été **la chose la plus difficile de sa vie professionnelle**. Il décrit une double charge, jouer une scène et gérer une apnée en même temps, avec la panique qui monte quand les deux se contredisent. Un comédien habitué aux cascades peut se reposer sur un cascadeur. Là, personne ne pouvait retenir sa respiration à sa place.\n\nLiam O’Donnell avait de son côté indiqué sur Twitter que l’ensemble des interprètes, sans exception, était passé par ces cours de plongée en apnée. Le point mérite d’être noté parce qu’il concerne aussi les rôles secondaires et les figurants, ce qui change l’échelle logistique de l’affaire : ce n’est plus une préparation de star, c’est un plan de formation pour un plateau entier.\n\n## Pourquoi l’apnée plutôt que la bouteille\n\nLe détail paraît technique, il commande pourtant tout le reste. Un détendeur libère des bulles, et des bulles devant un visage brouillent les marqueurs de capture. Elles font aussi du bruit, elles bougent la lumière, et elles obligent à nettoyer chaque plan image par image. En apnée, l’eau reste lisse. Le prix à payer, c’est que la durée d’une prise est fixée par les poumons du comédien, pas par le réalisateur.\n\nConcrètement, une journée ressemblait à une série de descentes courtes séparées par de longues récupérations en surface. Les plongeurs de sécurité restaient au fond avec des détendeurs de secours. L’eau du bassin était chauffée, sans quoi personne n’aurait tenu une journée entière sans combinaison épaisse, et une combinaison épaisse aurait ruiné la silhouette des personnages.\n\n## Ce que le film promettait de montrer\n\n> *Avatar 2 va mettre en scène la nouvelle race Na’vi vivant dans le Nouveau Monde aquatique de Metkayina. Il montrera également un long-métrage du personnage incarné par l’actrice Kate Winslet et Zoe Saldana.*\n\nMetkayina, c’est le clan des récifs, celui qui accueille la famille Sully quand elle fuit la forêt. Toute la deuxième moitié du film se passe donc dans un environnement où les personnages se déplacent en trois dimensions, comme des plongeurs. C’est cohérent avec la méthode : il aurait été bizarre de raconter un peuple de l’eau avec des acteurs pendus à des fils dans un hangar.\n\n  **Une obsession ancienne, pas un caprice de tournage**\n\nCameron plonge depuis des décennies et a descendu la fosse des Mariannes en solo en 2012, à bord du *Deepsea Challenger*. Avec ce film, il a fait converger son métier et sa passion. Les critiques de décembre 2022 lui ont d’ailleurs reproché l’inverse de la paresse : trop de temps passé à regarder l’eau.\n\nKate Winslet, elle, retrouvait Cameron vingt-cinq ans après *Titanic*, dans un rôle qui l’obligeait de nouveau à travailler immergée. La symétrie est presque trop belle, mais elle est réelle, et elle a beaucoup servi la promotion du film à l’automne 2022.\n\n## Ce qui était annoncé fin 2022 pour la suite\n\nAu moment de la sortie, le calendrier communiqué prévoyait deux nouveaux volets, en 2024 puis en 2026, avec une partie du tournage déjà en boîte : Cameron avait filmé le troisième film en même temps que le deuxième, pour éviter que les jeunes acteurs ne grandissent entre deux productions. Ces dates étaient celles annoncées à l’époque, et l’histoire du cinéma récent invite à les prendre pour ce qu’elles étaient, une intention de studio.\n\nLe film avait aussi été retiré du catalogue Disney+ dans les mois précédant sa sortie en salles, façon classique de pousser le public au cinéma pour un long-métrage vendu sur sa 3D et son HDR. Sur un titre dont l’argument principal tient à ce qu’on voit et à la façon dont on le voit, la logique se défend.\n\n  **Le calendrier tel qu’il était donné en décembre 2022**\n\nSortie du deuxième volet le 14 décembre 2022. Troisième film annoncé pour 2024, quatrième pour 2026. Treize ans séparaient déjà ce deuxième épisode du premier, sorti en 2009.\n\nReste une question que le film n’a pas réglée et que les acteurs, eux, ont soulevée sans détour : est-ce que le spectateur voit la différence ? Une apnée de trois minutes ne se lit pas à l’écran comme une performance sportive, elle se lit comme un mouvement qui paraît juste. C’est toute l’ironie du procédé. Le travail le plus dur du tournage est celui qui doit rester invisible, et Worthington comme Weaver n’en ont parlé qu’une fois le film terminé, en 2022, quand la promotion l’a rendu racontable.",
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Le mouvement des cheveux, la lenteur des bras, la façon dont un corps perd son poids : rien de tout ça ne se simulait correctement en 2019, et le réalisateur préférait un plateau compliqué à une image qui sonne faux.</p>\n\n<p>Le résultat, c’est une capture de mouvement immergée, ce qui n’avait jamais été fait à cette échelle. Quinze caméras tournaient sur le bassin, dont deux dédiées par acteur pour enregistrer les visages. Les cadreurs étaient dans l’eau avec les comédiens, en apnée eux aussi, parce qu’une bouteille produit des bulles et que les bulles brouillent les capteurs.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Le chiffre qui remet les choses en place</strong>\n<p>Le bassin construit pour <em>Avatar 2</em> contient 3,4 millions de litres. Pour <em>Titanic</em>, en 1997, Cameron avait travaillé avec un réservoir de 64 millions de litres. Autrement dit, ce n’est pas la taille du plan d’eau qui a coûté cher ici, c’est ce qu’on a demandé aux gens d’y faire.</p>\n</aside>\n\n<p>Le contraste avec <em>Titanic</em> vaut d’être posé, parce qu’il éclaire le vrai changement. En 1997, l’eau était un décor : on filmait des corps dedans, en surface, avec des plongeurs de sécurité et beaucoup de plans courts. En 2022, l’eau est devenue le plateau lui-même, avec ses règles, ses paliers et sa fatigue propre.</p>\n\n<h2>Une école de plongée avant le premier jour de tournage</h2>\n\n<p>Toute la distribution est passée par une formation à l’apnée. Pas la plongée bouteille, l’apnée, celle qui consiste à ne rien emporter du tout et à tenir sur ses seuls poumons. L’objectif fixé était de <strong>tenir deux à trois minutes</strong> en restant jouable, c’est-à-dire en gardant un visage expressif pendant que le corps réclame de l’air.</p>\n\n<p>Cette contrainte-là est celle que les acteurs ont le plus commentée dans la presse américaine à l’automne 2022, notamment auprès du <em>New York Times</em> et d’<em>Entertainment Weekly</em>, à qui Cameron avait ouvert quelques images de coulisses.</p>\n\n<img src=\"/wp-content/uploads/2022/11/tournage-sous-leau.webp\" alt=\"Une comedienne filmee sous l’eau par un cadreur en apnee dans un bassin de tournage\" width=\"640\" height=\"369\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\">\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>Sigourney Weaver a d’abord dit oui en bluffant</strong>\n<p>L’actrice a raconté avoir accepté le rôle de Kiri sans savoir si elle y arriverait. Elle explique venir d’une famille où l’on ne nageait pas beaucoup et que l’idée seule du tournage immergé l’angoissait. Elle a fait la formation comme les autres, et c’est finalement elle qui en parlait le plus volontiers en interview.</p>\n</aside>\n\n<p>Sam Worthington, qui joue Jake Sully depuis 2009, a été plus direct : le tournage sous l’eau a été <strong>la chose la plus difficile de sa vie professionnelle</strong>. Il décrit une double charge, jouer une scène et gérer une apnée en même temps, avec la panique qui monte quand les deux se contredisent. Un comédien habitué aux cascades peut se reposer sur un cascadeur. Là, personne ne pouvait retenir sa respiration à sa place.</p>\n\n<p>Liam O’Donnell avait de son côté indiqué sur Twitter que l’ensemble des interprètes, sans exception, était passé par ces cours de plongée en apnée. Le point mérite d’être noté parce qu’il concerne aussi les rôles secondaires et les figurants, ce qui change l’échelle logistique de l’affaire : ce n’est plus une préparation de star, c’est un plan de formation pour un plateau entier.</p>\n\n<h2>Pourquoi l’apnée plutôt que la bouteille</h2>\n\n<p>Le détail paraît technique, il commande pourtant tout le reste. Un détendeur libère des bulles, et des bulles devant un visage brouillent les marqueurs de capture. Elles font aussi du bruit, elles bougent la lumière, et elles obligent à nettoyer chaque plan image par image. En apnée, l’eau reste lisse. Le prix à payer, c’est que la durée d’une prise est fixée par les poumons du comédien, pas par le réalisateur.</p>\n\n<p>Concrètement, une journée ressemblait à une série de descentes courtes séparées par de longues récupérations en surface. Les plongeurs de sécurité restaient au fond avec des détendeurs de secours. L’eau du bassin était chauffée, sans quoi personne n’aurait tenu une journée entière sans combinaison épaisse, et une combinaison épaisse aurait ruiné la silhouette des personnages.</p>\n\n<h2>Ce que le film promettait de montrer</h2>\n\n<blockquote><em>Avatar 2 va mettre en scène la nouvelle race Na’vi vivant dans le Nouveau Monde aquatique de Metkayina. Il montrera également un long-métrage du personnage incarné par l’actrice Kate Winslet et Zoe Saldana.</em></blockquote>\n\n<p>Metkayina, c’est le clan des récifs, celui qui accueille la famille Sully quand elle fuit la forêt. Toute la deuxième moitié du film se passe donc dans un environnement où les personnages se déplacent en trois dimensions, comme des plongeurs. C’est cohérent avec la méthode : il aurait été bizarre de raconter un peuple de l’eau avec des acteurs pendus à des fils dans un hangar.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-bleu\">\n<strong>Une obsession ancienne, pas un caprice de tournage</strong>\n<p>Cameron plonge depuis des décennies et a descendu la fosse des Mariannes en solo en 2012, à bord du <em>Deepsea Challenger</em>. Avec ce film, il a fait converger son métier et sa passion. Les critiques de décembre 2022 lui ont d’ailleurs reproché l’inverse de la paresse : trop de temps passé à regarder l’eau.</p>\n</aside>\n\n<p>Kate Winslet, elle, retrouvait Cameron vingt-cinq ans après <em>Titanic</em>, dans un rôle qui l’obligeait de nouveau à travailler immergée. La symétrie est presque trop belle, mais elle est réelle, et elle a beaucoup servi la promotion du film à l’automne 2022.</p>\n\n<h2>Ce qui était annoncé fin 2022 pour la suite</h2>\n\n<p>Au moment de la sortie, le calendrier communiqué prévoyait deux nouveaux volets, en 2024 puis en 2026, avec une partie du tournage déjà en boîte : Cameron avait filmé le troisième film en même temps que le deuxième, pour éviter que les jeunes acteurs ne grandissent entre deux productions. Ces dates étaient celles annoncées à l’époque, et l’histoire du cinéma récent invite à les prendre pour ce qu’elles étaient, une intention de studio.</p>\n\n<p>Le film avait aussi été retiré du catalogue Disney+ dans les mois précédant sa sortie en salles, façon classique de pousser le public au cinéma pour un long-métrage vendu sur sa 3D et son HDR. Sur un titre dont l’argument principal tient à ce qu’on voit et à la façon dont on le voit, la logique se défend.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Le calendrier tel qu’il était donné en décembre 2022</strong>\n<p>Sortie du deuxième volet le 14 décembre 2022. Troisième film annoncé pour 2024, quatrième pour 2026. Treize ans séparaient déjà ce deuxième épisode du premier, sorti en 2009.</p>\n</aside>\n\n<p>Reste une question que le film n’a pas réglée et que les acteurs, eux, ont soulevée sans détour : est-ce que le spectateur voit la différence ? Une apnée de trois minutes ne se lit pas à l’écran comme une performance sportive, elle se lit comme un mouvement qui paraît juste. C’est toute l’ironie du procédé. Le travail le plus dur du tournage est celui qui doit rester invisible, et Worthington comme Weaver n’en ont parlé qu’une fois le film terminé, en 2022, quand la promotion l’a rendu racontable.</p>",
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