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    "title": "Se protéger de l'inflation avec le Bitcoin (BTC)",
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    "content_markdown": "La thèse du bitcoin comme protection contre l’inflation a eu droit à son test grandeur nature, et il s’est déroulé sous nos yeux entre 2021 et 2022. Pour la première fois depuis la création du réseau en 2009, les pays occidentaux ont connu une vraie poussée inflationniste. Si l’argument tenait, c’était le moment de le vérifier. Il n’a pas tenu : au moment où les prix montaient le plus vite en Europe depuis quarante ans, le bitcoin perdait environ deux tiers de sa valeur. Cet article part de ce constat, regarde pourquoi la corrélation a joué à l’envers, et examine ce qui reste défendable dans l’argument de la rareté une fois qu’on a retiré l’habillage.\n\n## Ce que l’épisode 2022 a montré\n\nLe bitcoin a touché son plus haut, autour de 69 000 dollars, le 10 novembre 2021. Il terminait l’année 2022 sous les 17 000 dollars. Sur la même période, l’inflation en France s’établissait à 5,2 % en moyenne annuelle selon l’Insee, et à 8,4 % sur la zone euro. Un épargnant qui aurait suivi le conseil de se couvrir en achetant du bitcoin fin 2021 aurait perdu, en un an, l’équivalent de plus de dix ans d’érosion monétaire.\n\n  **Les chiffres de l’année du test**\n\nBitcoin : environ 69 000 dollars en novembre 2021, moins de 17 000 fin décembre 2022, soit près de 65 % de baisse. Inflation 2022 : 5,2 % en France, 8,4 % dans la zone euro. L’or, la couverture classique, a terminé l’année à peu près à son niveau de départ en dollars. Sur cet épisode, la hiérarchie est sans ambiguïté.\n\nCette contre-performance n’a rien d’un accident de parcours. Elle s’explique par un mécanisme identifiable, et c’est ce mécanisme qui pose problème à la thèse, pas la baisse elle-même.\n\n## Le bitcoin s’est comporté en actif de risque, pas en refuge\n\nPour lutter contre l’inflation, la Réserve fédérale américaine a relevé ses taux directeurs à un rythme qu’on n’avait pas vu depuis les années 1980. Quand l’argent coûte cher, les investisseurs quittent les actifs qui ne versent rien et dont la valorisation repose sur des promesses lointaines. Les valeurs technologiques ont plongé. Le bitcoin a plongé avec elles, et sa corrélation avec le Nasdaq a atteint sur 2022 des niveaux jamais observés auparavant.\n\n![Pièces dorées à l’effigie du bitcoin tenues devant un écran de cotation](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/01/pieces-dor-bitcoin-entre-les-mains-dun-stockiste-avec-un-arriere-plan-graphique.webp)\n\nAutrement dit, le bitcoin ne réagit pas à l’inflation, il réagit aux taux d’intérêt réels. Les deux vont ensemble dans le monde réel : l’inflation monte, les banques centrales serrent, les actifs risqués baissent. Un instrument qui baisse quand l’inflation accélère ne peut pas servir de couverture contre l’inflation. Sur ce point, le calcul ne tient pas, et il vaut mieux le dire clairement que de renvoyer les investisseurs à un horizon de dix ans dès qu’on leur montre le graphique.\n\n  **La volatilité annule la protection**\n\nUn actif qui varie de 60 % à la hausse comme à la baisse en une année ne protège rien du tout sur un horizon court. Le bitcoin a connu quatre baisses supérieures à 70 % depuis 2011. Une épargne de précaution placée dessus n’est pas protégée de l’inflation, elle est exposée à un risque d’un autre ordre de grandeur.\n\n## Ce qui reste solide : la rareté est programmée, elle\n\nL’argument de fond n’est pas faux, il est simplement mal formulé. Le protocole plafonne l’émission à 21 millions d’unités, et ce plafond est écrit dans le code que font tourner des dizaines de milliers de nœuds. Aucune autorité ne peut décider d’en créer davantage sans l’accord de l’ensemble du réseau, ce qui n’est jamais arrivé. La comparaison avec une banque centrale, qui peut élargir son bilan par décision d’un comité, est légitime sur ce plan.\n\nLa distribution de ces unités suit un calendrier fixe. Tous les 210 000 blocs, environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Le rythme de création de nouveaux bitcoins baisse mécaniquement, et il continuera de baisser jusqu’au dernier, attendu vers 2140.\n\n  **Le calendrier de la rareté**\n\nDivision par deux de la récompense en 2012, 2016, puis en mai 2020, où elle est passée à 6,25 bitcoins par bloc. La suivante était attendue pour le printemps 2024, à 3,125. Ce calendrier est connu à l’avance de tout le monde, ce qui est précisément l’argument des défenseurs de l’actif et, pour d’autres, la raison pour laquelle il devrait déjà être intégré dans le prix.\n\n## Là où l’argument tient debout\n\nIl existe des endroits où la thèse fonctionne, et ce ne sont pas ceux où on la vend le plus. En Turquie, l’inflation officielle dépassait 85 % à l’automne 2022. En Argentine, elle approchait les 95 % sur l’année. Au Liban, la monnaie a perdu presque toute sa valeur en quelques années, avec des dépôts bancaires bloqués par les banques elles-mêmes.\n\nDans ces contextes, l’intérêt n’est pas de battre l’inflation à la performance. Il est de sortir un patrimoine du système bancaire local sans passer par une frontière et sans autorisation. Un actif portable, mémorisable sous forme de douze mots, qui traverse un contrôle des changes, répond à un besoin que 5 % d’inflation en France ne crée pas. Confondre les deux situations est le principal glissement de raisonnement dans ce débat.\n\n  **Contre l’inflation française, les outils existent déjà**\n\nL’OAT indexée sur l’inflation, le livret A dont le taux suit en partie les prix, l’immobilier avec des loyers révisables, les actions d’entreprises capables de répercuter leurs hausses de coûts. Ces instruments sont ennuyeux et documentés depuis des décennies. Ils font le travail que le bitcoin n’a pas fait en 2022.\n\n## Si l’on veut quand même en détenir\n\nDétenir du bitcoin peut se défendre comme un pari asymétrique sur l’adoption d’un réseau, à condition de l’appeler par son nom. Trois règles limitent la casse. Ne mettre qu’une part du patrimoine qu’on accepte de voir divisée par trois sans changer ses projets. Acheter progressivement, par montants réguliers, plutôt qu’en une fois sur un cours qui semble bas. Sortir les avoirs des plateformes vers un portefeuille dont on détient les clés, les faillites de 2022 ayant montré ce que valait la promesse de garde d’un intermédiaire.\n\nCôté fiscal, la plus-value est imposée à 30 % au moment de la sortie vers l’euro, et le sursis d’imposition entre [crypto](https://www.nouvelouest.com/les-cryptomonnaies-et-la-fiscalite-que-faut-il-savoir.html)-monnaies ne repousse la note que jusqu’à cette sortie.\n\n  **Le bon horizon**\n\nSi l’argent placé doit servir dans moins de cinq ans, cet actif n’a pas sa place dans le calcul. La question n’est pas de savoir si le cours remontera, elle est de savoir si vous serez encore là au moment où il remonte. En 2022, beaucoup de vendeurs à perte ont vendu parce qu’ils avaient besoin de l’argent, pas parce qu’ils avaient changé d’avis.\n\nLe bitcoin restera peut-être une réserve de valeur sur vingt ans, personne n’en sait rien aujourd’hui. Mais l’épisode qui vient de se dérouler mérite d’être regardé en face plutôt que rangé de côté : on lui a posé une question précise, il a donné une réponse claire, et cette réponse était non.",
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Un épargnant qui aurait suivi le conseil de se couvrir en achetant du bitcoin fin 2021 aurait perdu, en un an, l’équivalent de plus de dix ans d’érosion monétaire.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Les chiffres de l’année du test</strong>\n<p>Bitcoin : environ 69 000 dollars en novembre 2021, moins de 17 000 fin décembre 2022, soit près de 65 % de baisse. Inflation 2022 : 5,2 % en France, 8,4 % dans la zone euro. L’or, la couverture classique, a terminé l’année à peu près à son niveau de départ en dollars. Sur cet épisode, la hiérarchie est sans ambiguïté.</p>\n</aside>\n\n<p>Cette contre-performance n’a rien d’un accident de parcours. Elle s’explique par un mécanisme identifiable, et c’est ce mécanisme qui pose problème à la thèse, pas la baisse elle-même.</p>\n\n<h2>Le bitcoin s’est comporté en actif de risque, pas en refuge</h2>\n\n<p>Pour lutter contre l’inflation, la Réserve fédérale américaine a relevé ses taux directeurs à un rythme qu’on n’avait pas vu depuis les années 1980. Quand l’argent coûte cher, les investisseurs quittent les actifs qui ne versent rien et dont la valorisation repose sur des promesses lointaines. Les valeurs technologiques ont plongé. Le bitcoin a plongé avec elles, et sa corrélation avec le Nasdaq a atteint sur 2022 des niveaux jamais observés auparavant.</p>\n\n<img src=\"/wp-content/uploads/2023/01/pieces-dor-bitcoin-entre-les-mains-dun-stockiste-avec-un-arriere-plan-graphique.webp\" alt=\"Pièces dorées à l’effigie du bitcoin tenues devant un écran de cotation\" width=\"640\" height=\"426\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\">\n\n<p>Autrement dit, le bitcoin ne réagit pas à l’inflation, il réagit aux taux d’intérêt réels. Les deux vont ensemble dans le monde réel : l’inflation monte, les banques centrales serrent, les actifs risqués baissent. Un instrument qui baisse quand l’inflation accélère ne peut pas servir de couverture contre l’inflation. Sur ce point, le calcul ne tient pas, et il vaut mieux le dire clairement que de renvoyer les investisseurs à un horizon de dix ans dès qu’on leur montre le graphique.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>La volatilité annule la protection</strong>\n<p>Un actif qui varie de 60 % à la hausse comme à la baisse en une année ne protège rien du tout sur un horizon court. Le bitcoin a connu quatre baisses supérieures à 70 % depuis 2011. Une épargne de précaution placée dessus n’est pas protégée de l’inflation, elle est exposée à un risque d’un autre ordre de grandeur.</p>\n</aside>\n\n<h2>Ce qui reste solide : la rareté est programmée, elle</h2>\n\n<p>L’argument de fond n’est pas faux, il est simplement mal formulé. Le protocole plafonne l’émission à 21 millions d’unités, et ce plafond est écrit dans le code que font tourner des dizaines de milliers de nœuds. Aucune autorité ne peut décider d’en créer davantage sans l’accord de l’ensemble du réseau, ce qui n’est jamais arrivé. La comparaison avec une banque centrale, qui peut élargir son bilan par décision d’un comité, est légitime sur ce plan.</p>\n\n<p>La distribution de ces unités suit un calendrier fixe. Tous les 210 000 blocs, environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Le rythme de création de nouveaux bitcoins baisse mécaniquement, et il continuera de baisser jusqu’au dernier, attendu vers 2140.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Le calendrier de la rareté</strong>\n<p>Division par deux de la récompense en 2012, 2016, puis en mai 2020, où elle est passée à 6,25 bitcoins par bloc. La suivante était attendue pour le printemps 2024, à 3,125. Ce calendrier est connu à l’avance de tout le monde, ce qui est précisément l’argument des défenseurs de l’actif et, pour d’autres, la raison pour laquelle il devrait déjà être intégré dans le prix.</p>\n</aside>\n\n<h2>Là où l’argument tient debout</h2>\n\n<p>Il existe des endroits où la thèse fonctionne, et ce ne sont pas ceux où on la vend le plus. En Turquie, l’inflation officielle dépassait 85 % à l’automne 2022. En Argentine, elle approchait les 95 % sur l’année. Au Liban, la monnaie a perdu presque toute sa valeur en quelques années, avec des dépôts bancaires bloqués par les banques elles-mêmes.</p>\n\n<p>Dans ces contextes, l’intérêt n’est pas de battre l’inflation à la performance. Il est de sortir un patrimoine du système bancaire local sans passer par une frontière et sans autorisation. Un actif portable, mémorisable sous forme de douze mots, qui traverse un contrôle des changes, répond à un besoin que 5 % d’inflation en France ne crée pas. Confondre les deux situations est le principal glissement de raisonnement dans ce débat.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-vert\">\n<strong>Contre l’inflation française, les outils existent déjà</strong>\n<p>L’OAT indexée sur l’inflation, le livret A dont le taux suit en partie les prix, l’immobilier avec des loyers révisables, les actions d’entreprises capables de répercuter leurs hausses de coûts. Ces instruments sont ennuyeux et documentés depuis des décennies. Ils font le travail que le bitcoin n’a pas fait en 2022.</p>\n</aside>\n\n<h2>Si l’on veut quand même en détenir</h2>\n\n<p>Détenir du bitcoin peut se défendre comme un pari asymétrique sur l’adoption d’un réseau, à condition de l’appeler par son nom. Trois règles limitent la casse. Ne mettre qu’une part du patrimoine qu’on accepte de voir divisée par trois sans changer ses projets. Acheter progressivement, par montants réguliers, plutôt qu’en une fois sur un cours qui semble bas. Sortir les avoirs des plateformes vers un portefeuille dont on détient les clés, les faillites de 2022 ayant montré ce que valait la promesse de garde d’un intermédiaire.</p>\n\n<p>Côté fiscal, la plus-value est imposée à 30 % au moment de la sortie vers l’euro, et le sursis d’imposition entre <a href=\"https://www.nouvelouest.com/les-cryptomonnaies-et-la-fiscalite-que-faut-il-savoir.html\">crypto</a>-monnaies ne repousse la note que jusqu’à cette sortie.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rose\">\n<strong>Le bon horizon</strong>\n<p>Si l’argent placé doit servir dans moins de cinq ans, cet actif n’a pas sa place dans le calcul. La question n’est pas de savoir si le cours remontera, elle est de savoir si vous serez encore là au moment où il remonte. En 2022, beaucoup de vendeurs à perte ont vendu parce qu’ils avaient besoin de l’argent, pas parce qu’ils avaient changé d’avis.</p>\n</aside>\n\n<p>Le bitcoin restera peut-être une réserve de valeur sur vingt ans, personne n’en sait rien aujourd’hui. Mais l’épisode qui vient de se dérouler mérite d’être regardé en face plutôt que rangé de côté : on lui a posé une question précise, il a donné une réponse claire, et cette réponse était non.</p>",
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