--- title: "Comment fonctionne la blockchain de l'Ethereum ?" url: https://www.nouvelouest.com/blockchain-ethereum.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T05:40:59+02:00 date_modified: 2026-09-09T20:49:20+02:00 categories: ["Cryptomonnaie"] tags: ["Blockchain"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2022/07/comment-fonctionne-la-blockchain-de-lethereum.jpg description: "Ethereum est souvent présenté comme un Bitcoin en plus rapide. La comparaison ne tient pas : les deux réseaux ne poursuivent pas le même but. Le Bitcoin tient un..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Comment fonctionne la blockchain de l'Ethereum ? Ethereum est souvent présenté comme un Bitcoin en plus rapide. La comparaison ne tient pas : les deux réseaux ne poursuivent pas le même but. Le Bitcoin tient un registre de paiements et refuse volontairement d'en faire davantage. Ethereum exécute du code. Sa chaîne de blocs n'enregistre pas seulement qui a envoyé quoi à qui, elle stocke des programmes et l'état de leur exécution, ce qui explique presque toutes les différences techniques entre les deux, y compris cette histoire de frais de gaz que personne ne comprend au premier abord. ## Un ordinateur partagé plutôt qu'un livre de comptes Le réseau a été décrit par Vitalik Buterin en 2013 et lancé le 30 juillet 2015. Au cœur du dispositif se trouve une machine virtuelle, l'EVM, que chaque noeud fait tourner à l'identique. Un développeur écrit son programme, en général en Solidity, le dépose sur la chaîne, et ce programme reçoit une adresse comme n'importe quel portefeuille. Ces programmes, appelés contrats intelligents, s'exécutent tout seuls quand les conditions inscrites dans leur code sont remplies. Personne ne les déclenche à la main, personne ne peut refuser leur exécution, et personne ne peut les corriger une fois déployés à moins d'avoir prévu ce mécanisme dès le départ. **La différence en une ligne** Le langage du Bitcoin est volontairement limité : il sait vérifier une signature et poser quelques conditions simples, rien de plus, et c'est un choix de sécurité. Celui d'Ethereum accepte des boucles et des calculs arbitraires. Plus de possibilités, plus de surface d'attaque : les deux vont ensemble. ## Le code fait loi, y compris quand il est faux L'épisode qui a marqué le réseau date de juin 2016. Un fonds d'investissement collectif géré entièrement par un contrat, The DAO, avait levé l'équivalent de plusieurs dizaines de millions de dollars. Une faille dans son code a permis d'en siphonner une grande partie. La communauté a tranché par une bifurcation de la chaîne pour annuler l'opération, une minorité a refusé et a continué sur la chaîne d'origine, devenue Ethereum Classic. Cette histoire dit deux choses. **Un contrat mal écrit ne se répare pas par un appel au service client.** Et l'immuabilité du registre n'est pas absolue : elle tient tant que la majorité des participants décide de la respecter. **Ce qu'un audit de contrat ne couvre pas** Les cabinets spécialisés relisent le code avant déploiement, et leurs rapports sont publics. Un audit réduit le risque, il ne l'annule pas : plusieurs protocoles audités ont été vidés après coup. Un contrat qui gère votre argent est un logiciel sans bouton d'annulation, dont le solde est visible par tous ceux qui cherchent une faille. ## Le gaz, ou comment on paie le temps de calcul Faire tourner un programme sur des milliers de machines a un coût. Chaque opération élémentaire de l'EVM consomme une quantité de gaz fixée par le protocole : un simple transfert d'ether coûte 21 000 unités, une interaction avec un contrat complexe bien davantage. Le prix de ce gaz s'exprime en gwei, un milliardième d'ether, et il varie selon l'encombrement du réseau. Depuis la mise à jour London d'août 2021, la facture se décompose en deux parts : une part de base, calculée automatiquement selon la charge et détruite à chaque bloc, et un pourboire qui va au validateur. Cette destruction retire des ethers de la circulation, ce qui, en période d'activité soutenue, réduit l'offre en circulation. Contrairement au Bitcoin, aucun plafond d'émission n'est inscrit dans le protocole. **Les chiffres qui structurent le réseau** Un bloc toutes les douze secondes environ. 32 ethers immobilisés pour faire tourner un validateur en solo. 21 000 unités de gaz pour un transfert simple. Et une consommation électrique divisée par plus de 99 % au passage à la preuve d'enjeu, selon les estimations publiées par la Fondation Ethereum au moment de la bascule. ## Le passage à la preuve d'enjeu, septembre 2022 Pendant sept ans, Ethereum a fonctionné comme le Bitcoin : des machines dépensaient de l'électricité pour gagner le droit d'écrire un bloc. Le 15 septembre 2022, une opération surnommée The Merge a remplacé ce mécanisme par la preuve d'enjeu. Ce ne sont plus des calculs qui donnent ce droit, mais un dépôt : un validateur immobilise 32 ethers, et un tirage le désigne pour proposer ou attester un bloc. La sanction change de nature. Sous preuve de travail, tricher coûte de l'électricité gaspillée. Sous preuve d'enjeu, un validateur qui signe deux versions contradictoires de l'histoire voit une partie de son dépôt confisquée, un mécanisme appelé slashing. La sécurité repose sur un capital exposé plutôt que sur une dépense énergétique. Ce changement n'a pas fait baisser les frais, et il n'était pas conçu pour ça. La réponse à l'encombrement est venue ailleurs, avec les réseaux de seconde couche qui regroupent des milliers d'opérations avant de les inscrire sur la chaîne principale, et avec la mise à jour Dencun de mars 2024 qui a nettement abaissé le coût de cette inscription. **Avant de bouger des fonds** Une transaction envoyée sur le mauvais réseau est perdue : un ether expédié vers une adresse d'une couche 2 depuis la chaîne principale, sans passer par le pont prévu, ne revient pas. Vérifier le réseau sélectionné dans le portefeuille avant de valider prend cinq secondes et évite l'erreur la plus fréquente chez les débutants. Reste ce que la technique ne dit pas. L'ether s'échange sur des marchés très volatils, sans autorité pour amortir les mouvements, et les gains réalisés lors d'une revente relèvent en France du régime fiscal des actifs numériques, sujet que nous détaillons dans notre article consacré à la fiscalité de cette [crypto](https://www.nouvelouest.com/les-cryptomonnaies-et-la-fiscalite-que-faut-il-savoir.html). Aucun rendement n'est garanti, y compris sur le rendement affiché par les services de dépôt, qui dépend de l'activité du réseau et du sérieux de l'opérateur. Cet article explique un fonctionnement, il ne conseille pas d'acheter. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !