--- title: "Comment expliquer le fonctionnement de la blockchain ?" url: https://www.nouvelouest.com/blockchain-fonctionnement.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T07:18:44+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:28+02:00 categories: ["Cryptomonnaie"] tags: ["Blockchain"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2022/07/comment-expliquer-le-fonctionnement-de-la-blockchain.webp description: "Expliquer la blockchain à quelqu’un rate presque toujours pour la même raison : on commence par le hachage, les nœuds et les mineurs, et l’auditeur décroche à la..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Comment expliquer le fonctionnement de la blockchain ? Expliquer la blockchain à quelqu’un rate presque toujours pour la même raison : on commence par le hachage, les nœuds et les mineurs, et l’auditeur décroche à la troisième phrase. Le vocabulaire arrive trop tôt. Il vaut mieux partir du problème que cette technologie règle, qui tient en une ligne : se mettre d’accord à plusieurs sur l’ordre d’une suite d’événements, sans arbitre et sans se faire confiance. Voici ce que j’utilise quand je dois l’expliquer en dix minutes, avec les images qui tiennent et celles qui trahissent. ## Commencer par le problème, pas par le vocabulaire Prenez dix personnes qui partagent une caisse commune. Tant qu’une seule tient le cahier, tout va bien : elle note, les autres la croient. Retirez cette personne. Chacun tient désormais son propre cahier, et il faut que les dix cahiers racontent la même histoire, dans le même ordre, y compris quand deux paiements sont annoncés à la même seconde et que l’un des dix a intérêt à mentir. C’est ce problème, et lui seul, que **la blockchain** résout. Une fois qu’il est posé, le reste s’enchaîne : le bloc devient une page du cahier, le minage devient la règle qui départage les copies, l’empreinte cryptographique devient le sceau qui empêche de gommer une ligne écrite hier. **La définition en deux phrases** Une blockchain est un registre recopié à l’identique chez tous les participants, où l’on ajoute des pages sans jamais en retirer. Ce qui la rend particulière n’est pas le contenu des pages, c’est la méthode qui décide, sans chef, quelle page vient ensuite. ## Le cahier de colocation : ce que l’image rend bien, ce qu’elle rate L’image du cahier partagé fait comprendre trois choses en quelques secondes : tout le monde voit tout, personne n’efface, et il n’y a pas de guichet. Elle a un défaut, et il est de taille. Dans une colocation, on ajoute une ligne gratuitement. Sur une chaîne publique, écrire coûte cher, et c’est ce coût qui tient l’édifice. Quand mon interlocuteur me dit « donc c’est juste un tableur partagé », je réponds que le tableur partagé existe depuis vingt ans et qu’il suppose un serveur, une société qui l’héberge et des droits d’accès. Toute la difficulté commence quand on retire ces trois éléments. ## Un bloc, quatre morceaux À ce stade, on peut ouvrir le capot. Un bloc contient l’empreinte du bloc précédent, la liste des transactions qu’il enregistre, un nombre arbitraire appelé **nonce**, et sa propre empreinte, calculée à partir des trois premiers. C’est tout. L’empreinte du bloc précédent est le maillon : elle relie les pages entre elles et c’est de là que vient le mot chaîne. Cette empreinte, ou hachage, se calcule en une fraction de seconde dans un sens et ne se remonte pas dans l’autre. Changez une virgule dans le bloc, le résultat change entièrement, et tous les blocs suivants deviennent incohérents. Voilà pourquoi retoucher une écriture ancienne oblige à refaire tout ce qui est venu après. **Les chiffres à avoir en tête** Sur Bitcoin, un bloc est publié toutes les dix minutes en moyenne, et la difficulté du calcul est réajustée tous les 2 016 blocs, soit environ tous les quinze jours, pour tenir ce rythme quel que soit le nombre de machines connectées. Sur Ethereum, l’intervalle tourne autour de douze secondes. ## Le minage, expliqué sans prononcer le mot algorithme Le minage ressemble à une loterie dont on achète les tickets en électricité. Les machines essaient des milliards de valeurs de nonce par seconde jusqu’à ce que l’empreinte du bloc tombe sous un seuil fixé par le réseau. Il n’y a ni astuce ni raisonnement : uniquement des essais, à grande vitesse. Celle qui trouve annonce son bloc aux autres, qui vérifient en une milliseconde, puis passent au suivant. La dissymétrie fait tout le travail. Trouver demande des milliards d’essais, vérifier en demande un seul. Le tricheur devrait battre le reste du réseau à ce jeu, en continu, sur toutes les pages qu’il veut réécrire. En pratique, il lui faudrait **la majorité de la puissance de calcul**, et l’opération se verrait aussitôt sur tous les nœuds. **L’image qui fonctionne le mieux** Une grille de mots croisés que des milliers de personnes remplissent en même temps. La remplir prend des heures, vérifier qu’elle est juste prend dix secondes. C’est cet écart entre le temps de résolution et le temps de contrôle qui rend la falsification hors de portée. ## Corriger une erreur sans effacer Une fois inscrite, une opération reste. Elle n’est ni modifiable ni supprimable, et les fausses manœuvres se corrigent comme en comptabilité : par une écriture inverse. Les deux lignes restent visibles, l’erreur et son annulation. Cette idée surprend souvent plus que le reste, parce qu’on a l’habitude des systèmes où l’administrateur rectifie discrètement. **Le conseil qui évite le drame** Une adresse mal recopiée envoie les fonds dans le vide, définitivement. Aucun service ne les rattrape. Faites toujours un premier envoi de quelques euros, vérifiez l’arrivée sur un explorateur de blocs, puis envoyez le reste. ## Publique ou permissionnée, la question qui revient toujours Vient ensuite la question de l’ouverture. Une chaîne publique se télécharge et se lit sans autorisation, celle du Bitcoin en est l’exemple. Une chaîne permissionnée, souvent employée entre entreprises d’une même filière, réserve l’écriture et parfois la lecture à des membres invités par un gestionnaire. Techniquement, les deux fonctionnent de la même façon. Politiquement, elles n’ont rien à voir. La seconde réintroduit celui qui distribue les droits, donc l’intermédiaire qu’on prétendait supprimer. Ça reste utile quand plusieurs concurrents doivent partager un historique commun sans qu’aucun ne tienne le stylo, mais autant le dire franchement plutôt que de vendre de la décentralisation. ## Deux promesses à ne jamais faire Ne dites pas « infalsifiable » sans préciser de quoi vous parlez. L’ordre des écritures résiste, le contenu de ce qu’on y écrit, lui, vaut ce que vaut celui qui l’a saisi : une fausse déclaration inscrite dans un bloc devient une fausse déclaration inaltérable. Ne dites pas non plus « anonyme ». Les adresses sont des pseudonymes, et un pseudonyme relié une seule fois à une identité le reste pour toujours, puisque l’historique ne s’efface jamais. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !