--- title: "Décès de Robert Badinter : la France rend un hommage national à l'ancien garde des Sceaux" url: https://www.nouvelouest.com/deces-de-robert-badinter-la-france-rend-un-hommage-national-a-lancien-garde-des-sceaux.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2024-02-09T17:28:44+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:52:31+02:00 categories: ["Actualités"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2024/02/-51.webp description: "Robert Badinter est mort dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 février 2024, à 95 ans. Les hommages se sont concentrés sur l'abolition de la peine de mort, et c'est..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Décès de Robert Badinter : la France rend un hommage national à l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter est mort dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 février 2024, à 95 ans. Les hommages se sont concentrés sur l'abolition de la peine de mort, et c'est juste : c'est son œuvre. Mais réduire quarante ans de vie publique à un discours de 1981 lui rend mal justice. L'homme a été avocat pénaliste, garde des Sceaux, président du Conseil constitutionnel, puis sénateur, et il a laissé une trace dans chacune de ces fonctions. **Les dates qui comptent** Nommé garde des Sceaux le 23 juin 1981. Discours pour l'abolition devant l'Assemblée nationale le 17 septembre 1981. Loi promulguée le 9 octobre 1981. Il quitte la Chancellerie en 1986 pour présider le Conseil constitutionnel jusqu'en 1995, puis siège au Sénat comme élu des Hauts-de-Seine jusqu'en 2011. ## Ce que la loi de 1981 a changé, concrètement Avant octobre 1981, la peine capitale figurait toujours au code pénal français et la guillotine avait servi pour la dernière fois en 1977. Le texte porté par Robert Badinter l'a supprimée de l'arsenal, sans exception, y compris en temps de guerre. L'Assemblée nationale l'a voté à une large majorité, le Sénat a suivi. La France était alors l'un des derniers pays d'Europe de l'Ouest à exécuter. Ce qui frappe, en relisant le discours du 17 septembre, c'est qu'il n'a pas plaidé la compassion. Il a plaidé **l'inefficacité** : aucune étude ne montrait que la peine de mort faisait reculer le crime, et une justice faillible ne peut pas prononcer une peine irréversible. L'argument est resté, il sert encore aujourd'hui aux abolitionnistes dans les pays qui exécutent. **Un travail d'avocat avant d'être un travail de ministre** En 1977, il obtient que Patrick Henry, accusé du meurtre d'un enfant, échappe à la guillotine. Le procès de Troyes est le moment où la question de la peine de mort cesse d'être un débat de spécialistes en France. Quatre ans plus tard, il en fait une loi. ## Le reste du mandat à la Chancellerie Les cinq années passées place Vendôme ne se résument pas à 1981. La Cour de sûreté de l'État, juridiction d'exception, est supprimée en 1981. La dépénalisation de l'homosexualité, votée en 1982, met fin à un article qui fixait une majorité sexuelle différente selon l'orientation. Le droit de recours individuel devant la Cour européenne des droits de l'homme est ouvert aux justiciables français en 1981. Chacun de ces textes a été contesté à l'époque ; aucun n'a été détricoté depuis. **Après 1986** Neuf ans à la tête du Conseil constitutionnel, puis seize ans au Sénat. Il a aussi travaillé à l'international, notamment sur la justice pénale internationale et sur la réforme du droit en Europe centrale après 1989. ## L'hommage de février 2024 Dès l'annonce de sa mort, des passants ont déposé des fleurs devant son domicile parisien, et un registre de condoléances a été ouvert au ministère de la Justice. Un hommage national lui a été rendu place Vendôme, devant la Chancellerie qu'il avait dirigée. Le président de la République a annoncé son entrée future au Panthéon. **Par où le lire** Le discours du 17 septembre 1981 est intégralement disponible au compte rendu de l'Assemblée nationale ; il se lit en vingt minutes. « L'Abolition », publié en 2000, raconte la fabrication de la loi vue de l'intérieur du ministère. Il avait pris soin, de son vivant, de rappeler qu'une abolition n'est jamais définitive tant qu'elle n'est pas constitutionnelle. C'est pour cela que **l'interdiction de la peine de mort a été inscrite dans la Constitution en 2007**. Sur ce point, il avait raison d'insister. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !