--- title: "Qu'est-ce que la blockchain ?" url: https://www.nouvelouest.com/definition-blockchain.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T07:15:51+02:00 date_modified: 2026-09-09T20:49:20+02:00 categories: ["Cryptomonnaie"] tags: ["Blockchain"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2022/07/quest-ce-que-la-blockchain.jpg description: "La blockchain se raconte souvent par ses usages, rarement par son mécanisme, ce qui laisse la plupart des lecteurs avec une formule apprise par coeur (« un registre..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Qu'est-ce que la blockchain ? La blockchain se raconte souvent par ses usages, rarement par son mécanisme, ce qui laisse la plupart des lecteurs avec une formule apprise par coeur (« un registre distribué ») et aucune idée de ce qui se passe réellement quand quelqu'un envoie une transaction. Cet article prend le chemin inverse et suit la chaîne de bout en bout : ce qu'on écrit dedans, comment les blocs se lient les uns aux autres, qui décide de ce qui est valide, et quel problème précis tout cet appareillage résout. **En une phrase** Une blockchain est un fichier de comptes que des milliers de machines détiennent en double, et qui ne peut être modifié qu'en ajoutant des lignes à la fin, jamais en corrigeant les précédentes. Tout le reste, chiffrement, minage, consensus, sert à faire tenir cette règle sans qu'aucune autorité ne l'impose. ## Le problème que ça résout : la double dépense Un fichier numérique se copie. Un euro sur un compte bancaire ne se copie pas, parce que la banque tient le registre et refuse le second débit. Retirez la banque et le problème réapparaît : rien n'empêche d'envoyer la même unité à deux personnes en même temps. C'est la question à laquelle le document publié en 2008 sous le nom de Satoshi Nakamoto répond, et la seule que la blockchain traite vraiment. Tout le reste, contrats automatisés, traçabilité alimentaire, jetons de jeu, découle de cette réponse : un ordre chronologique des opérations sur lequel des inconnus se mettent d'accord sans se faire confiance. ## Ce qu'il y a dans un bloc Un bloc contient trois choses. D'abord une liste de transactions, chacune indiquant une adresse d'origine, une adresse de destination, un montant et une signature. Ensuite l'empreinte du bloc précédent. Enfin quelques métadonnées : horodatage, numéro, et sur les chaînes à preuve de travail, un nombre arbitraire appelé nonce. L'empreinte, ou hash, est le point qui fait tout fonctionner. C'est le résultat d'une fonction mathématique qui transforme n'importe quel contenu en une suite de 64 caractères, toujours la même pour un contenu donné, complètement différente au moindre changement. Modifiez un centime dans une transaction et l'empreinte du bloc devient méconnaissable. **Pourquoi on ne peut pas réécrire l'histoire** Chaque bloc contient l'empreinte du précédent. Altérer un bloc ancien change son empreinte, donc invalide le bloc suivant, puis tous les autres. Sur Bitcoin, il faudrait refaire l'intégralité du calcul depuis ce point tout en dépassant la puissance du reste du réseau. Personne n'a jamais réussi au-delà de quelques blocs sur une petite chaîne. ## Qui écrit, et selon quelle règle Chaque machine du réseau, appelée noeud, détient une copie complète de la chaîne et vérifie chaque nouvelle transaction : la signature correspond-elle à l'adresse émettrice, le solde existe-t-il, l'unité n'a-t-elle pas déjà été dépensée. Une transaction invalide est rejetée sur place, sans arbitrage. Reste à savoir qui assemble le prochain bloc. Deux méthodes dominent. ### La preuve de travail Les mineurs cherchent, par essais successifs, un nonce qui donne au bloc une empreinte commençant par un certain nombre de zéros. Il n'existe pas de raccourci : on essaie, des milliards de fois par seconde. Le premier qui trouve diffuse son bloc, les autres vérifient en une fraction de seconde et passent au suivant. Sur Bitcoin, la difficulté s'ajuste pour maintenir un bloc toutes les dix minutes environ, quelle que soit la puissance branchée sur le réseau. Cette méthode consomme beaucoup d'électricité, et c'est assumé : le coût énergétique est ce qui rend une attaque plus chère que le gain espéré. ### La preuve d'enjeu Ethereum a basculé sur ce modèle en septembre 2022. Au lieu de dépenser du calcul, les validateurs immobilisent des jetons en garantie, 32 ethers pour un validateur individuel. Le tirage désigne qui propose le bloc, et un validateur pris à tricher perd une partie de sa mise. La consommation électrique du réseau a chuté de plus de 99 % lors de cette transition. Le principe de dissuasion reste le même, la garantie remplace la facture d'électricité. **Le trajet d'une transaction** Vous signez avec votre clé privée. La transaction part vers les noeuds, qui la vérifient et la placent en file d'attente. Un mineur ou un validateur l'inclut dans un bloc. Le bloc est diffusé, vérifié, chaîné. À partir de quelques blocs supplémentaires, l'opération est considérée comme définitive : dix minutes à une heure sur Bitcoin, une quinzaine de minutes sur Ethereum. ## Les clés, et ce qu'elles impliquent Une adresse est dérivée d'une clé publique, elle-même dérivée d'une clé privée que vous seul détenez. Signer une transaction prouve que vous possédez la clé privée sans jamais la révéler. Le portefeuille, matériel ou logiciel, ne stocke pas d'argent : il stocke cette clé. La conséquence est brutale et mérite d'être dite clairement. **Une clé privée perdue est une somme perdue, sans recours, sans service client, sans procédure de récupération.** On estime que plusieurs millions de bitcoins sont immobilisés sur des adresses dont personne ne détient plus la clé. C'est la contrepartie directe de l'absence d'autorité centrale : personne ne peut vous voler par décision administrative, personne ne peut non plus vous rendre ce que vous avez égaré. ## Contrats automatisés et usages hors monnaie Ethereum a ajouté en 2015 la possibilité d'inscrire du code dans la chaîne. Un contrat intelligent est un programme qui s'exécute quand ses conditions sont remplies, sans intervention humaine : si tel versement arrive avant telle date, tel transfert part automatiquement. C'est sur cette brique que reposent les usages hors monnaie. Carrefour a lancé dès 2018 une traçabilité par blockchain sur certaines filières, poulet fermier puis d'autres produits, avec un code à scanner sur l'emballage renvoyant à l'historique du lot. **Ce que la chaîne ne vérifie pas** Une blockchain prouve qu'une donnée n'a pas été modifiée après son inscription. Elle ne dit rien de sa véracité au moment où on l'écrit. Si l'opérateur qui saisit l'origine d'un lot de viande se trompe ou ment, la fausse information sera conservée de façon parfaitement inaltérable. Le maillon faible reste l'entrée des données, et aucune technologie ne le corrige. La blockchain déplace la confiance : elle la retire à un intermédiaire unique pour la répartir sur un réseau et un protocole. Elle ne la supprime pas. Dans la majorité des projets qui l'invoquent, une base de données classique ferait très bien l'affaire. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !