--- title: "Laisser l'herbe pousser au pied des arbres ? une pratique bénéfique pour la santé des arbres fruitiers et la biodiversité" url: https://www.nouvelouest.com/herbes-haute-arbres-pratique-benefique-sante-arbre.html author: "Julien" date_published: 2023-09-11T15:31:07+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:44+02:00 categories: ["Jardin"] tags: ["jardinage"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/06/laisser-lherbe-pousser-au-pied-des-arbres-une-pratique-benefique-pour-la-biodiversite-et-la-sante-des-arbres-fruitiers.webp description: "La question mérite une réponse en deux temps, parce qu'elle n'a pas la même réponse selon l'âge de l'arbre. Au pied d'un pommier planté il y a quinze ans, laisser..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Laisser l'herbe pousser au pied des arbres ? une pratique bénéfique pour la santé des arbres fruitiers et la biodiversité La question mérite une réponse en deux temps, parce qu'elle n'a pas la même réponse selon l'âge de l'arbre. Au pied d'un pommier planté il y a quinze ans, laisser l'herbe monter ne coûte rien et apporte beaucoup. Au pied du même pommier planté l'automne dernier, la même herbe peut lui faire perdre la moitié de sa croissance annuelle. C'est le seul critère qui compte, et il est presque toujours passé sous silence. **Trois ans, c'est la limite** Les racines d'un jeune arbre fruitier restent dans les quarante premiers centimètres de sol, exactement là où le gazon a les siennes. La concurrence pour l'eau et l'azote est directe et le gazon gagne, parce qu'il occupe le terrain en continu. Gardez un disque nu ou paillé d'environ un mètre de diamètre pendant les trois premières années. Ensuite, laissez faire. ![Jeune arbre planté avec un disque de sol dégagé autour du tronc](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/06/-3.webp) ## Pourquoi un arbre établi s'accommode très bien de l'herbe Passé quelques saisons, le système racinaire descend et s'étend bien au-delà de la projection du feuillage. L'arbre puise dans des horizons que le gazon n'atteint pas, et la concurrence de surface devient marginale. À partir de là, l'herbe haute lui rend plusieurs services. Elle limite l'évaporation, ce qui compte sur les sols sableux de la presqu'île où l'eau file en deux jours de vent d'ouest. Elle amortit le tassement du sol, donc elle protège les racines fines. Elle héberge des carabes et des syrphes, dont les larves mangent les pucerons qui monteront dans l'arbre au printemps. Et quand on la fauche une ou deux fois par an en laissant la coupe sur place, elle restitue de la matière organique. **La fauche tardive, en pratique** Deux passages suffisent : un fin juin, après la floraison des graminées, un second en septembre. Coupez à dix centimètres, laissez sécher deux jours, puis étalez sur place. Vous gagnez un couvert vivant sous l'arbre sans transformer le verger en friche impraticable au moment de la récolte. ## Mousses et lichens sur le tronc : laissez-les tranquilles On les gratte encore à la brosse métallique dans beaucoup de jardins, par habitude. C'est du travail perdu et c'est même contre-productif : le brossage blesse l'écorce et ouvre la porte aux champignons de plaie. Les mousses et lichens sont épiphytes. Le mot signifie qu'ils poussent sur un autre végétal sans le parasiter : ils ne prélèvent rien dans l'écorce, ils s'y accrochent et tirent leur eau et leurs minéraux de l'air et de la pluie. Ils abritent des larves d'insectes et servent de garde-manger aux mésanges en hiver. Ils disent aussi quelque chose de l'air ambiant. Les lichens fruticuleux, ceux qui forment des barbes et des rameaux, disparaissent quand la pollution azotée augmente. Un tronc qui en porte beaucoup, comme on en voit sur les vieux pommiers de l'arrière-pays guérandais, signale un air plutôt propre. Leur abondance dépend surtout de l'humidité et de l'exposition, pas de la santé de l'arbre. **Le seul cas où il faut intervenir** Un tronc couvert de mousse épaisse et humide en permanence sur sa face nord peut retenir l'eau au niveau du collet, à la jonction du tronc et des racines. Là, le risque de pourriture existe. La solution n'est pas de brosser mais d'éclaircir la couronne pour faire entrer l'air et la lumière. ## Le paillage des jeunes plantations Puisque les trois premières années demandent un sol dégagé, autant le pailler plutôt que de le désherber. Les options se valent à peu près, chacune avec son défaut. Le broyat de branches est ce qui dure le plus longtemps, deux à trois saisons, mais il consomme de l'azote en se décomposant et il vaut mieux le poser sur un sol déjà fertilisé. Les feuilles mortes broyées ne coûtent rien et se ramassent en novembre, elles disparaissent en un an. Le compost bien mûr nourrit davantage qu'il ne couvre, on l'utilise en couche mince sous un autre paillis. La paille convient aux sols argileux et lourds parce qu'elle reste aérée, mais elle s'envole dès qu'il y a du vent, ce qui la rend peu pratique à moins de deux kilomètres de la côte. Une règle vaut pour toutes : cinq à sept centimètres d'épaisseur, et jamais de contact avec le tronc. Un paillis collé au collet garde l'humidité contre l'écorce et attire les campagnols, qui rongent la base en hiver à l'abri des regards. Laissez un anneau de dix centimètres dégagé autour du tronc. **Le calendrier des gelées tardives** Sur le littoral de Loire-Atlantique, le risque se concentre entre la mi-mars et la première quinzaine d'avril, juste au moment de la floraison des pruniers et des pêchers. Un voile d'hivernage posé la veille au soir et retiré le matin protège les fleurs. Une bâche plastique, elle, condense et brûle les pétales : ne l'utilisez pas au contact du végétal. ## Ce qu'il faut retenir Laisser l'herbe pousser au pied des arbres est une bonne pratique, à condition de savoir qu'elle s'applique aux sujets installés. Sur une plantation récente, elle relève de la négligence et se paye sur la reprise. Cette distinction n'a rien d'un détail : c'est elle qui explique pourquoi le même conseil produit des résultats opposés d'un jardin à l'autre. Une dernière remarque sur le choix des espèces. Un arbre adapté à son sol et à son climat demande beaucoup moins de soins qu'un arbre installé par goût. Sur la côte, la contrainte n'est pas le froid mais le sel et le vent : un laurier-rose passe l'hiver dehors sans problème à Pornichet alors qu'il gèle à trente kilomètres à l'intérieur des terres, et un pommier ancien local résiste mieux aux embruns qu'une variété de pépinière sélectionnée pour le rendement. --- ## À propos de l'auteur **Julien** — Je suis Administrateur Système et Réseaux, mais au delà des nouvelles technologie j'aime jardiner et trouver des solutions écologiques.