--- title: "La Thaïlande un décor de choix pour le cinéma international" url: https://www.nouvelouest.com/la-thailande-un-decor-de-choix-pour-le-cinema-international.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-11-16T17:00:53+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:53+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["voyage"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/11/la-thailande-un-decor-de-choix-pour-le-cinema-international.webp description: "Un tournage à l'étranger se décide rarement sur la beauté d'une baie. Il se décide sur un tableau de coûts, et la Thaïlande a passé un demi-siècle à rendre ce..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # La Thaïlande un décor de choix pour le cinéma international Un tournage à l'étranger se décide rarement sur la beauté d'une baie. Il se décide sur un tableau de coûts, et la Thaïlande a passé un demi-siècle à rendre ce tableau attirant : autorisations rapides, techniciens locaux formés, matériel sur place, fiscalité allégée pour les productions étrangères depuis 1977. Le royaume loue des jours de tournage moins chers qu'ailleurs. Ce raisonnement a fabriqué des images célèbres, et une addition que le pays règle encore, plage par plage. **Trois dates qui résument le dossier** 1974 : "L'homme au pistolet d'or" installe une île de la baie de Phang Nga dans l'imaginaire mondial, au point qu'elle a perdu son nom au profit de "James Bond Island". 1977 : Bangkok allège la fiscalité sur les productions étrangères. 2018 : Maya Bay, la plage du film de Danny Boyle, ferme au public pour laisser le corail repousser. Le cinéma a ouvert le robinet, l'administration a dû le refermer. ## Ce que le royaume met réellement sur la table La Thaïlande est un pays de 70 millions d'habitants coincé entre le Myanmar, le Laos, le Cambodge et la Malaisie, seul de la zone à n'avoir jamais été colonisé. Cette continuité administrative compte pour un producteur : les services qui délivrent les autorisations de tournage ont l'habitude, et un directeur de production sait à peu près combien de semaines il devra attendre. À Bangkok, on trouve des loueurs de caméras, des grues, des cascadeurs et des fixeurs qui parlent anglais. C'est ce **tissu technique**, plus que les cocotiers, qui fait revenir les équipes. Le pays offre aussi une **variété de décors dans un rayon réduit**. Une production installée à Krabi filme la mer d'Andaman le matin et la jungle en fin de journée. Le nord, autour de Chiang Mai, fournit des montagnes et des villages qui passent à l'écran pour n'importe quel pays de la région. Un film qui change trois fois d'univers économise ainsi deux transports d'équipe. ## "La Plage", ou le film qui coûte cher longtemps après En 2000, Danny Boyle tourne "La Plage" avec Leonardo DiCaprio sur Maya Bay, une crique de Phi Phi Leh. Le tournage a déclenché une polémique : l'équipe avait modifié la végétation pour la rendre conforme à l'image qu'elle se faisait du paradis. La suite a été pire. Le film a transformé une crique confidentielle en passage obligé du circuit touristique, avec des bateaux déversant des milliers de visiteurs par jour sur quelques centaines de mètres de sable. **Le retour de flamme touristique** Maya Bay a fermé en juin 2018 parce que le récif corallien de la baie était en grande partie mort. La réouverture, début 2022, s'est faite sous conditions : nombre de visiteurs plafonné, durée de visite limitée, bateaux interdits de mouiller dans la baie. Un film de 2000 pilote encore la politique d'accès d'un parc national vingt-cinq ans plus tard. Le cas n'est pas isolé, seulement le plus spectaculaire. "Very Bad Trip 2", tourné par Todd Phillips en 2011, a eu un effet comparable sur certains quartiers de Bangkok, des agences vendant l'itinéraire du film comme un produit. Le calcul mérite d'être fait honnêtement : les recettes touristiques d'un blockbuster arrivent vite, l'usure des sites vient lentement, et ce ne sont pas les mêmes budgets qui encaissent l'une et l'autre. ## Les productions françaises, clientes régulières Les équipes françaises viennent depuis longtemps, souvent pour des comédies qui utilisent le dépaysement comme moteur comique. Il existe une [liste des films français tournés en Thaïlande](https://farangset.fr/category/films-tournes-en-thailande/film-francais/) qui donne une idée du volume. Parmi les titres les plus vus : - "Pattaya", de Franck Gastambide (2016), tourné en partie dans la station balnéaire du golfe de Thaïlande dont il porte le nom ; - "Les naufragés", de David Charhon (2016) ; - "Les Bodin's en Thaïlande" (2021), qui emmène Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet au pays du sourire. Pour une production française de taille moyenne, l'avantage est bête mais réel : la journée de tournage avec équipe locale coûte moins qu'en Europe du Sud, et le décor exotique est acquis sans effet spécial. Le calcul tient tant que le transport des comédiens et le fret du matériel ne mangent pas la différence, ce qui **exclut de fait les tournages de trois jours**. **Deux fenêtres à éviter dans un plan de travail** La mousson touche la côte ouest de mai à octobre : filmer en extérieur à Phuket ou Krabi en septembre relève du pari. Mi-avril, le Songkran, le Nouvel An thaïlandais, paralyse le pays trois jours durant lesquels les rues se transforment en bataille d'eau généralisée. Une équipe qui ignore ces deux contraintes perd des jours entiers. ## La concurrence régionale a rattrapé son retard Le Vietnam, la Malaisie et l'Indonésie proposent aujourd'hui la même mer, les mêmes montagnes et des devis souvent plus courts. Chacun de ces pays a compris qu'un tournage laisse de l'argent sur place : hôtels, restauration, transport, salaires de techniciens, location de véhicules. Les gouvernements ont donc bâti leurs propres dispositifs d'aide et leurs propres bureaux d'accueil des productions, en copiant le modèle thaïlandais et en le rendant plus généreux. ![Falaises calcaires et eau turquoise dans une baie du sud de la Thaïlande](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/11/la-thailande-un-decor-de-choix-pour-le-cinema-international-1.jpg) La réponse de Bangkok a consisté à relever ses aides et à démarcher les studios asiatiques, chinois et indiens surtout, dont les tournages sont longs et les équipes nombreuses. Un film indien de trois semaines pèse davantage dans l'économie locale qu'un spot publicitaire européen de deux jours, même si le second fait plus parler. **Ce qui reste après le clap de fin** Le bénéfice durable d'un tournage n'est pas le film, c'est la compétence. Les chefs opérateurs, machinistes et régisseurs thaïlandais formés sur des productions étrangères travaillent ensuite pour le cinéma national et pour les séries diffusées dans toute l'Asie du Sud-Est. Cette main-d'oeuvre-là ne repart pas avec les caméras. Reste la question que le pays n'a pas tranchée : jusqu'où laisser l'image fabriquée à l'écran commander la fréquentation réelle des sites. Maya Bay y a répondu par l'absurde, en fermant. Les parcs nationaux appliquent depuis des quotas sur plusieurs autres îles, et les producteurs le savent : des plages qui figuraient dans les repérages des années 2000 ne sont plus louables. Le décor de choix se gère maintenant comme une ressource, avec un compteur. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !