--- title: "« Lassé par la rancœur et les divisions », cet Américain vivant à Pornichet aspire à l'harmonie" url: https://www.nouvelouest.com/lasse-par-la-rancoeur-et-les-divisions-cet-americain-vivant-a-pornichet-aspire-a-lharmonie.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2024-11-07T07:37:52+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:57:17+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2024/11/-23.webp description: "Dire qu'on veut de l'harmonie ne coûte rien. C'est la suite qui est difficile : à quoi ça ressemble, exactement, un mardi de novembre, dans une commune de dix mille..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # « Lassé par la rancœur et les divisions », cet Américain vivant à Pornichet aspire à l'harmonie Dire qu'on veut de l'harmonie ne coûte rien. C'est la suite qui est difficile : à quoi ça ressemble, exactement, un mardi de novembre, dans une commune de dix mille habitants où il pleut et où la moitié des volets sont fermés jusqu'à Pâques. Le témoignage de cet Américain installé à Pornichet a été publié le 7 novembre 2024, deux jours après l'élection présidentielle américaine. Le contexte n'est jamais nommé, mais il pèse sur chaque phrase. Reste une question qui vaut pour lui comme pour n'importe quel nouvel arrivant : par où on commence quand on veut vraiment parler à des gens qui ne pensent pas comme nous ? ![Vue du front de mer de Pornichet sous un ciel couvert de fin d'automne](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2024/11/-22.webp) ## Ce que le témoignage dit, et ce qu'il ne dit pas Il faut le reconnaître d'emblée : on ne sait presque rien de cet homme. Ni son âge, ni son métier d'avant, ni depuis combien de temps il vit ici, ni de quel État il vient. Il parle de fatigue, de rancœur, de son envie de bâtir des ponts. Des mots larges, qu'un lecteur pressé rangera au rayon des bonnes intentions. Le sujet, lui, n'a rien de creux. Une famille américaine qui s'installe sur la Côte d'Amour pour fuir un climat politique, c'est un mouvement discret mais réel, que les notaires de la région croisent depuis des années. Ce qui manque au récit, ce sont les détails qui le rendent vérifiable. **Le point qu'on oublie** Un Américain qui s'installe à Pornichet ne laisse pas son pays derrière lui : il reste redevable de sa déclaration de revenus auprès de l'IRS, à vie, où qu'il habite. Les États-Unis et l'Érythrée sont les deux seuls pays au monde à imposer leurs citoyens sur ce principe. On peut vouloir tourner la page, l'administration, elle, ne tourne pas. ## La mécanique d'une installation, avant les grands sentiments Avant de parler de dialogue entre les cultures, un Américain qui pose ses valises en Loire-Atlantique passe des mois sur des formalités. Le visa long séjour, puis la carte de séjour à renouveler en préfecture. L'ouverture d'un compte bancaire, souvent refusée par plusieurs agences à cause de la réglementation FATCA, qui oblige les banques françaises à déclarer leurs clients américains au fisc des États-Unis. Le permis de conduire, échangeable ou pas selon l'État d'origine : la Pennsylvanie et la Floride ont un accord de réciprocité avec la France, la Californie et New York n'en ont pas, et il faut alors repasser le code et la conduite en français. Ces tracas ont un effet secondaire intéressant. Ils obligent à demander de l'aide. Un voisin qui explique comment prendre rendez-vous en ligne à la sous-préfecture de Saint-Nazaire fait plus pour l'intégration que dix discours sur la compréhension mutuelle. **Le conseil qui marche vraiment** Les nouveaux arrivants qui s'intègrent le mieux ne sont pas ceux qui parlent le meilleur français. Ce sont ceux qui rendent un service : garder un chien, prêter une remorque, tenir une buvette. La conversation vient après, autour d'une tâche partagée, pas à la place. ## Une ville qui n'a pas la même taille en février et en août Pornichet compte un peu plus de dix mille habitants à l'année. L'été, la population est plusieurs fois supérieure, avec les résidences secondaires du boulevard des Océanides et les locations du quartier de Sainte-Marguerite. Cette respiration change tout pour quelqu'un qui cherche à créer du lien. En juillet, la ville est pleine de gens de passage avec qui on échange trois phrases sur la plage des Libraires. En février, il reste les habitants, le marché du samedi, les clubs, les conseils de quartier, et un rythme beaucoup plus lent. C'est en hiver que l'on sait si quelqu'un est vraiment installé. Le port fonctionne toute l'année, l'hippodrome tourne l'été, et les associations recrutent en septembre avant de manquer de bénévoles en janvier. Un nouvel arrivant a plus de chances au forum des associations qu'en attendant qu'on vienne le chercher. ## Le désaccord n'est pas la division Sur ce point, je pense que le texte d'origine se trompe de cible. Il oppose la division à l'harmonie, comme si le but était de faire taire les désaccords. Une commune où personne ne s'engueule au conseil municipal n'est pas une commune apaisée, c'est une commune où plus personne ne vient. À Pornichet comme ailleurs, les sujets qui fâchent sont connus : la pression foncière, le prix au mètre carré qui écarte les jeunes ménages, la circulation sur l'avenue de Mazy en juillet, l'érosion du trait de côte, les usages de la plage. Ce sont de vraies divergences d'intérêts entre résidents permanents, propriétaires de résidences secondaires et professionnels du tourisme. Elles ne se règlent pas par de l'écoute bienveillante. Elles se règlent par des arbitrages, en réunion publique, où quelqu'un finit par perdre. Ce qu'on peut demander, c'est que la discussion reste tenable : qu'on s'y parle sans se caricaturer, et qu'on continue à se dire bonjour à la boulangerie le lendemain. **Le piège de l'exotisme** Le récit du nouvel arrivant qui apporterait un regard neuf a ses limites. Personne à Pornichet n'attend qu'un étranger vienne réconcilier la commune avec elle-même. Ce qui fonctionne, c'est l'inverse : arriver, écouter deux hivers, et ne prendre la parole qu'une fois qu'on connaît les dossiers. ## Ce qu'il reste, en pratique La leçon de ce témoignage tient en peu de choses. Quitter un pays pour fuir un climat de conflit ne met pas à l'abri du conflit, ça change seulement l'échelle. On passe des chaînes d'information continue aux réunions de copropriété et aux débats sur le stationnement. C'est moins spectaculaire, et c'est probablement plus réparateur, parce que les personnes avec qui on n'est pas d'accord ont un visage, un chien et une adresse à trois rues. Les occasions ne manquent pas ici : un club nautique, une chorale, une association de quartier, le bénévolat sur les animations de la médiathèque. Rien de spectaculaire. Une présence régulière, pendant des années. C'est comme ça qu'on devient quelqu'un d'ici, et c'est bien plus lent que ce que le mot harmonie laisse croire. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !