--- title: "Les cryptomonnaies en 2023 : prévisions et perspectives" url: https://www.nouvelouest.com/les-cryptomonnaies-en-2023-previsions-et-perspectives.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T09:53:15+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:37+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Blockchain"] image: https://www.nouvelouest.comhttps://www.nouvelouest.com/?attachment_id=134478 description: "Toute prévision écrite début 2023 sur les cryptomonnaies devait commencer par regarder derrière elle. L’année 2022 avait vu s’effondrer un stablecoin à 40 milliards..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les cryptomonnaies en 2023 : prévisions et perspectives Toute prévision écrite début 2023 sur les cryptomonnaies devait commencer par regarder derrière elle. L’année 2022 avait vu s’effondrer un stablecoin à 40 milliards de dollars en mai, deux fonds et un prêteur majeurs cet été-là, puis la deuxième plateforme d’échange mondiale en novembre. Le marché entrait dans 2023 avec les deux tiers de sa valeur envolés et une méfiance générale envers tout ce qui ressemblait à une promesse de rendement. C’est ce décor, et pas les objectifs de cours, qui expliquait le mieux ce qui pouvait se passer ensuite. **Où en était le marché en janvier 2023** La capitalisation de l’ensemble des cryptomonnaies tournait autour de 800 milliards de dollars, contre près de 3 000 milliards au sommet de novembre 2021. Le bitcoin s’échangeait aux alentours de 16 500 dollars au 1er janvier, loin des 69 000 dollars du pic. L’ether évoluait autour de 1 200 dollars. Ces niveaux ramenaient le marché à peu près à ce qu’il valait à l’automne 2020. ## Ce qui s’est cassé en 2022, et pourquoi ça comptait pour la suite Trois chocs se sont enchaînés, et ils ne relevaient pas de la même mécanique. En mai, le stablecoin algorithmique Terra a perdu son ancrage au dollar : son mécanisme reposait sur un jeton frère dont la valeur devait absorber les à-coups, il n’a rien absorbé du tout. En juillet, le fonds Three Arrows Capital et le prêteur Celsius ont fait défaut, révélant à quel point les acteurs du secteur se prêtaient de l’argent entre eux, souvent contre le même collatéral. En novembre, FTX a déposé son bilan en quelques jours après la fuite d’un bilan interne, et son fondateur a été inculpé en décembre. Le point commun n’est pas technologique. Aucune blockchain n’est tombée en panne pendant cette séquence. Ce qui a cassé, ce sont des entreprises centralisées, avec une comptabilité opaque et des fonds clients mélangés aux fonds propres. Le paradoxe est cruel pour un secteur qui a fait de la transparence son argument de vente. **La règle que 2022 a rappelée** Les clients de FTX et de Celsius n’ont pas perdu leur argent à cause d’une chute des cours. Ils l’ont perdu parce que leurs jetons étaient inscrits au bilan d’une société qui les utilisait ailleurs. Des actifs déposés sur une plateforme appartiennent à la plateforme, pas à vous, tant que vous ne détenez pas les clés privées. Cette phrase circulait depuis dix ans, elle a coûté plusieurs milliards à ceux qui l’avaient prise pour du folklore. ## Bitcoin : une référence, pas un baromètre Le bitcoin a gardé début 2023 son rôle d’étalon du secteur, autour de 40 % de la capitalisation totale. Sa politique monétaire est écrite dans le protocole : 21 millions d’unités au maximum, avec une division par deux de l’émission tous les quatre ans environ, la suivante étant attendue au printemps 2024. **Sur les prévisions de cours, autant être direct : elles ne valent rien.** Des objectifs à six chiffres ont circulé en 2018, puis en 2021, généralement portés par des gens dont le métier consiste à vendre l’exposition à cet actif. Aucun modèle n’a démontré une capacité de prévision sur un actif dont la volatilité annualisée dépasse 60 %. Une prévision de cours à douze mois sur le bitcoin, c’est un chiffre inventé habillé en analyse. ## Ethereum a fait quelque chose que les autres n’ont pas fait Le 15 septembre 2022, Ethereum a changé de mécanisme de consensus en cours de route, sans interruption de service, en passant de la preuve de travail à la preuve d’enjeu. **L’opération, appelée la Fusion, a réduit la consommation électrique du réseau de plus de 99 %.** Sur le plan de l’ingénierie, c’est ce que le secteur a produit de plus sérieux cette année-là, et c’est passé presque inaperçu à côté du feuilleton FTX. ![Écran affichant les cours de plusieurs cryptomonnaies en baisse](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/03/cryptomonnaies-en-2023-21.webp) La conséquence pratique la plus commentée début 2023 concernait les frais. Ethereum restait cher à utiliser aux heures chargées, ce qui poussait les usages vers des réseaux annexes et vers des concurrents comme Solana ou Avalanche. L’AVAX cotait alors autour de 11 dollars, après un sommet à plus de 140 dollars en novembre 2021 : une division par plus de dix, chiffre qui donne une idée du sort réservé aux jetons de la couche applicative pendant la baisse. ## Le cas Binance Coin Le BNB s’échangeait autour de 250 à 280 dollars en janvier 2023. Sa valeur tient d’abord à l’activité de la plateforme Binance, qui traitait à l’époque plus de la moitié du volume mondial des échanges au comptant. Détenir ce jeton revenait donc à parier sur une seule entreprise, dans un secteur qui venait de montrer ce qu’il advenait des plateformes trop grosses pour être surveillées. Après novembre 2022, la question de la solidité des réserves de Binance était sur toutes les tables. **Le calendrier réglementaire de l’époque** Le règlement européen MiCA, sur lequel un accord politique avait été trouvé en juin 2022, devait être voté par le Parlement au printemps 2023 pour une application échelonnée à partir de 2024. En France, toute plateforme s’adressant au public devait déjà être enregistrée comme prestataire de services sur actifs numériques auprès de l’AMF. C’était le principal changement annoncé pour le secteur, bien avant n’importe quelle prévision de cours. ## Les NFT après la fête Les volumes d’échange de jetons non fongibles avaient chuté de plus de 90 % entre le début 2022 et la fin de la même année. Les collections vedettes de 2021 se revendaient à une fraction de leur prix d’émission, et une partie des places de marché avaient supprimé les commissions pour retenir ce qui restait d’activité. Ce qui a survécu à cette purge était plus discret : billetterie, certificats, actifs de jeux vidéo, expérimentations sur les droits d’auteur. La spéculation sur les images de profil, elle, était terminée. Il fallait s’en souvenir en lisant les articles qui, début 2023, présentaient encore les NFT comme un domaine « en plein essor ». ## Ce qu’il fallait vraiment regarder Une remarque de méthode avant les indicateurs. Un article qui annonce un cours cible sans dire d’où vient le chiffre, sans nommer l’auteur de l’estimation ni son intérêt dans l’affaire, n’a aucune valeur informative. C’est vrai des prévisions haussières comme des annonces de disparition définitive du bitcoin, dont on a compté plusieurs centaines d’occurrences dans la presse depuis 2011. Trois indicateurs valaient mieux qu’un objectif de cours. L’adoption réelle d’abord : nombre d’adresses actives, volumes des stablecoins utilisés pour des paiements, transferts transfrontaliers dans les pays à monnaie faible. Le cadre légal ensuite, puisque c’est lui qui décide si une banque européenne peut proposer de la conservation d’actifs numériques. Et la solidité des intermédiaires enfin : preuves de réserves, audits, séparation des fonds clients. **Les précautions qui tenaient déjà debout** Ne placer que ce qu’on accepte de perdre entièrement. Sortir de la plateforme d’échange ce qu’on ne compte pas vendre à court terme, vers un portefeuille dont on détient les clés. Se méfier de tout rendement annoncé supérieur à 8 % par an, qui suppose toujours un risque logé quelque part. Et tenir un relevé des opérations, parce que les plus-values sont imposables et que reconstituer un historique après coup relève du cauchemar. Sur le fond, mon avis n’a pas changé en relisant ces prévisions : la partie intéressante du secteur est celle qui construit des infrastructures de paiement et de règlement, et elle progresse à la vitesse d’une infrastructure, c’est-à-dire lentement. La partie bruyante est celle qui vend des multiples à douze mois, et elle recommencera au prochain cycle avec les mêmes arguments. Reconnaître laquelle des deux vous lisez reste le seul filtre qui fonctionne. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !