--- title: "Les pompes à chaleur en réhausse de chaleur fatale : une solution innovante pour valoriser l’énergie perdue" url: https://www.nouvelouest.com/les-pompes-a-chaleur-en-rehausse-de-chaleur-fatale-une-solution-innovante-pour-valoriser-lenergie-perdue.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2025-02-05T09:53:46+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:59:49+02:00 categories: ["Energie"] tags: ["pac", "pompes à chaleur"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/02/les-pompes-a-chaleur-en-rehausse-de-chaleur-fatale-une-solution-innovante-pour-valoriser-lenergie-perdue.webp description: "Une usine qui rejette de la chaleur à 35 °C toute l'année et un réseau de chauffage qui en réclame à 70 °C : entre les deux, il manque un compresseur. C'est tout le..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les pompes à chaleur en réhausse de chaleur fatale : une solution innovante pour valoriser l’énergie perdue Une usine qui rejette de la chaleur à 35 °C toute l'année et un réseau de chauffage qui en réclame à 70 °C : entre les deux, il manque un compresseur. C'est tout le sujet de la pompe à chaleur en réhausse de température sur chaleur fatale. La technologie fonctionne, elle est vendue par une dizaine de fabricants européens, et pourtant les projets calent souvent au même endroit. Pas sur le rendement de la machine, mais sur une question de calendrier : la chaleur est disponible quand personne n'en a besoin. **Le gisement et la machine** L'industrie française rejette environ 109,5 TWh de chaleur fatale par an. Une PAC de réhausse affiche un COP de 3 à 5, soit 3 à 5 kWh de chaleur restituée pour 1 kWh d'électricité consommée. Sur un site qui chauffait au gaz, la facture de gaz recule de 20 à 25 %, et jusqu'à 50 % dans les configurations favorables. ## Comment la machine remonte la température Le principe est celui de n'importe quelle pompe à chaleur domestique, avec une source froide plus intéressante. Un fluide frigorigène s'évapore au contact du rejet tiède, un compresseur l'écrase, sa température monte, il cède cette chaleur au circuit à réchauffer en se condensant, puis un détendeur le ramène à la pression de départ. Quatre étapes, un cycle fermé, une seule pièce mobile qui consomme : le **compresseur**. Ce qui change par rapport à une PAC de maison, c'est l'écart de température à franchir. Une PAC air/eau part de 5 °C dehors pour atteindre 45 °C dans un plancher chauffant. Une PAC de réhausse part d'un rejet à 25, 30 ou 40 °C, déjà tiède, et vise 70, 90 parfois 120 °C. L'écart est comparable, mais la source ne s'effondre pas quand il gèle. C'est ce qui explique les COP élevés et surtout leur stabilité sur l'année. Les configurations se déclinent en air/air, air/eau et eau/eau selon la nature du rejet et de l'usage final. L'eau/eau domine dans l'industrie, parce qu'un circuit d'eau de refroidissement ou d'eaux usées de process transporte beaucoup plus d'énergie par mètre cube d'échangeur qu'un flux d'air chaud. La **[pac en réhausse de chaleur fatale](https://www.calculcee.fr/article/ind-ut-137-pompe-a-chaleur-en-rehausse-de-temperature-de-chaleur-fatale-recuperee/)** fait d'ailleurs l'objet d'une fiche standardisée de certificats d'économies d'énergie, ce qui donne une idée du niveau de maturité industrielle du sujet. ## Où la chaleur se trouve, et à quelle température Tous les rejets ne se valent pas. La **température du gisement** décide de presque tout : plus le rejet est chaud, moins le compresseur travaille, meilleur est le COP. Dans l'agroalimentaire, les groupes froids et les eaux de lavage fournissent un gisement à 25-35 °C, disponible chaque jour de production, et le besoin est juste à côté : préchauffer l'eau de nettoyage à 60 °C. C'est le cas d'école, celui qui s'amortit le plus vite. La chimie et la papeterie offrent des rejets plus chauds mais des besoins déjà largement couverts par de la récupération directe, sans machine intermédiaire. Les data centers, eux, produisent un flux propre, régulier, à 30-40 °C, et n'en ont aucun usage sur place : leur chaleur ne vaut quelque chose que s'il existe un réseau urbain à moins de deux ou trois kilomètres. **Le piège du foisonnement** Un rejet disponible 8 000 heures par an et un besoin de chauffage concentré sur 1 500 heures d'hiver, ça ne fait pas un projet rentable. Sans stockage ou sans usage estival (eau chaude sanitaire, process, réseau de froid), la machine tourne à vide une bonne partie de l'année et le temps de retour double. ## Ce que coûte réellement l'installation La PAC elle-même représente rarement plus de la moitié de l'addition. Il faut y ajouter les échangeurs côté source, souvent en inox ou en titane quand l'effluent est chargé, le réseau hydraulique entre le point de rejet et le point de besoin (le poste qui explose dès que les deux ne sont pas dans le même bâtiment), le raccordement électrique renforcé, et l'automatisme qui arbitre entre la PAC et la chaudière d'appoint. Sur ce point, le calcul mérite d'être fait sans optimisme. Un COP de 4 ne devient un gain financier que si le rapport entre le prix du kWh électrique et celui du kWh gaz reste inférieur à 4. En France, ce rapport a longtemps tourné autour de 3 pour un industriel, ce qui laisse de la marge. Il s'est resserré en 2022-2023 avec la flambée des prix de l'électricité, et plusieurs études de faisabilité lancées à cette période se sont arrêtées là. ## Le COP de la plaque et le COP réel Le coefficient annoncé par le fabricant est mesuré à un point de fonctionnement précis, source et sortie données. Sur site, la source dérive avec la production, la sortie remonte quand il fait froid, la machine module ou s'arrête. Le rapport entre la chaleur utile fournie sur l'année et l'électricité consommée sur la même période, souvent appelé SCOP ou COP saisonnier, tombe couramment de 15 à 25 % sous la valeur du catalogue. Un conseil de terrain : exigez que le comptage soit prévu dès l'appel d'offres, avec un compteur d'énergie thermique sur le circuit de distribution et un compteur électrique dédié au groupe. Sans ces deux points de mesure, personne ne saura dire au bout de trois ans si l'installation a tenu ses promesses, et les discussions avec l'exploitant tourneront à l'estimation. ## Le tertiaire, poussé par la réglementation Le parc tertiaire français représente près d'un milliard de mètres carrés chauffés. Le dispositif Éco Énergie Tertiaire, issu de la loi Élan, impose aux bâtiments de plus de 1 000 m² une baisse de 40 % de leur consommation d'énergie finale d'ici 2030, par rapport à une année de référence choisie entre 2010 et 2019. Cette échéance-là fait bouger les maîtres d'ouvrage bien plus que les arguments environnementaux. Les gisements y sont différents de l'industrie : condenseurs de groupes froids, salles informatiques, eaux grises de cuisines collectives ou de piscines. Plus petits, plus dispersés, mais avec un besoin de chaleur souvent au même étage. Un hôtel qui récupère la chaleur de sa production de froid pour préchauffer l'eau des chambres reste l'installation la plus simple à justifier. **Le calendrier** 2030 pour les 40 % du décret tertiaire. 2027 pour l'objectif gouvernemental d'un million de pompes à chaleur produites par an en France. Entre les deux, comptez douze à dix-huit mois entre l'étude de faisabilité et la mise en service d'une installation industrielle, délais de raccordement électrique compris. ## Jusqu'où monte la température de sortie La limite technique a reculé. Les machines à très haute température atteignent aujourd'hui 150 °C en sortie, ce qui ouvre le séchage, la distillation et une partie de la vapeur basse pression. Cela reste une famille de produits chère, avec des fluides frigorigènes spécifiques et un nombre restreint de références sur le marché européen. Pour l'immense majorité des sites, le sujet n'est pas là. Il est dans les 60 à 90 °C, une plage largement couverte par les machines de série, où la vraie question reste la même : trouver un besoin de chaleur qui tombe en même temps que le rejet, assez près pour que la tuyauterie ne mange pas le gain. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !