--- title: "plongée dans l'univers des sensations" url: https://www.nouvelouest.com/plongee-dans-lunivers-des-sensations.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2025-05-11T08:32:13+02:00 date_modified: 2026-09-14T11:01:37+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/05/-21.webp description: "« L'univers des sensations » n'est pas un lieu où l'on plonge, et aucun stage de trois jours ne rend les sens plus fins. Ce qui change, c'est la quantité..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # plongée dans l'univers des sensations « L'univers des sensations » n'est pas un lieu où l'on plonge, et aucun stage de trois jours ne rend les sens plus fins. Ce qui change, c'est la quantité d'attention qu'on accorde à ce qui passe déjà devant soi. La bonne nouvelle, c'est que l'exercice ne coûte rien et qu'il marche mieux dans un endroit qu'on connaît bien que dans une exposition immersive à dix-huit euros l'entrée. Cet article prend donc le sujet par le concret : une année sensorielle sur la Côte d'Amour, du sel de février aux huîtres de décembre, et ce que la physiologie explique réellement de ces effets. ![Gros plan sur du sable humide strié par le retrait de la marée, lumière rasante](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/05/-20.webp) Un préalable désagréable : la plupart des conseils qui circulent sur ce thème sont interchangeables. « Écoutez le chant des oiseaux », « savourez chaque bouchée ». Personne n'a jamais changé sa façon de percevoir en lisant cela. Ce qui fonctionne, en revanche, c'est de s'imposer une contrainte précise, dans un lieu précis, à un moment précis. Le reste vient tout seul. ## Pourquoi l'odorat frappe si fort **L'odorat est le seul des cinq sens dont l'information n'est pas relayée par le thalamus** avant d'atteindre le cortex. Le bulbe olfactif est directement connecté à l'amygdale et à l'hippocampe, deux structures qui traitent l'émotion et la mémoire. C'est la raison anatomique pour laquelle une odeur ramène un souvenir entier, avec sa date et son décor, alors qu'une photo du même moment ne produit qu'une reconnaissance polie. Sur le littoral, l'odeur de référence n'est pas celle de l'iode, contrairement à ce qu'on répète. **L'iode est presque inodore.** Ce qu'on sent à marée basse, c'est le diméthylsulfure émis par les algues en décomposition et le plancton. Cela n'enlève rien au plaisir, mais cela vaut la peine d'être su avant de le raconter à quelqu'un. **Une odeur va plus vite qu'une image** Le circuit olfactif court-circuite le thalamus et arrive directement sur l'amygdale et l'hippocampe. D'où la brutalité du souvenir déclenché par une odeur : il arrive avant qu'on ait eu le temps de l'identifier. Aucun autre sens ne fait cela. ## Le calendrier sensoriel de la baie Février sent le sel et le vent froid, et la digue est déserte. La lumière est basse toute la journée, ce qui donne aux façades une couleur qu'elles n'ont jamais en août. Avril amène le bruit : les drisses qui tapent sur les mâts au port, les premiers moteurs de dériveur, les cris des gamins qui se jettent dans une eau à quatorze degrés. En juin, l'odeur change complètement, elle devient végétale, tilleul et pin maritime en arrière des villas. Août, franchement, est le pire mois pour cet exercice. Trop de monde, trop de bruit de fond, trop d'odeurs de friture et de crème solaire qui écrasent tout le reste. Septembre rattrape tout : l'eau reste à sa température maximale, la lumière rase arrive plus tôt, et le sable garde la chaleur jusqu'au soir. Décembre, enfin, c'est le goût, avec les huîtres du Croisic et de la baie de Bourgneuf, ouvertes sur le port. **Le meilleur moment, si vous n'en testez qu'un** Une marée basse de fort coefficient, un matin de septembre, sur une plage face à l'ouest. Vous avez plusieurs centaines de mètres d'estran découvert, un silence rare et une lumière qui vient de derrière. Il n'existe pas d'installation immersive payante qui produise cet effet-là. ## Le toucher, le sens qu'on néglige La peau distingue des écarts de température d'une fraction de degré et détecte des reliefs de l'ordre du micron sous le bout du doigt. Ce sens travaille en permanence et on ne le remarque presque jamais. Marcher pieds nus sur trois surfaces successives en dix minutes suffit à s'en rendre compte : le sable sec qui glisse et brûle, le sable humide et compact qui rend l'appui, la vase des ruisseaux d'estran qui aspire le pied. Trois textures, trois sensations qui n'ont rien à voir, et un trajet de deux cents mètres. Le travail manuel produit le même effet en atelier. La poterie est l'exemple classique, avec une raison précise : la terre au tour réagit à une pression de quelques grammes, et le potier corrige par le toucher bien avant de voir le défaut. C'est un des rares gestes où la main précède l'œil. ## Le goût, qui est surtout de l'odorat La langue distingue cinq qualités : sucré, salé, acide, amer et umami. **Tout le reste de ce qu'on appelle le goût vient du nez**, par voie rétronasale. La démonstration est immédiate : pincez-vous les narines et mangez un morceau de pomme puis un morceau d'oignon cru. La différence s'efface presque complètement. C'est aussi pour cela qu'un rhume rend les repas ennuyeux alors que les papilles fonctionnent parfaitement. **L'expérience à faire une fois** Deux huîtres du même parc, l'une avalée immédiatement, l'autre mâchée dix secondes avant. Ce ne sont pas les mêmes. La première donne du salé et du froid, la seconde libère les composés volatils qui remontent par le nez, avec la note de noisette. Le prix est identique. ## Ce que valent vraiment les expositions immersives Les salles de projection à trois cent soixante degrés se sont multipliées, et je les trouve surestimées. Elles saturent la vue et l'ouïe pendant quarante minutes, ne sollicitent ni l'odorat ni le toucher, et le corps reste immobile. C'est un spectacle, ce qui est déjà bien, mais cela ne travaille pas la perception. L'art immersif intéressant est celui qui déplace le visiteur, l'oblige à choisir un parcours, ou joue sur des matières qu'on peut approcher. Il existe une version gratuite et supérieure de la même promesse : entrer dans une chapelle ou une église en pierre un jour de pluie, s'asseoir et attendre cinq minutes. L'acoustique, l'écart de température, l'odeur d'humidité et la lumière filtrée par les vitraux font le travail. Aucun casque n'est nécessaire. ## Trois contraintes qui marchent Refaire un trajet quotidien en cherchant uniquement les sons, sans regarder ce qui les produit. Cuisiner un plat connu en supprimant un ingrédient et en essayant de le nommer à l'aveugle. S'arrêter deux minutes au même endroit à trois moments de la journée et noter ce qui a changé. Ce sont des exercices bêtes, et ils fonctionnent parce qu'ils imposent une limite. L'attention n'aime pas les grands espaces, elle aime les cadres étroits. Reste une question honnête : est-ce que cela rend la vie meilleure ? Par moments, oui. Le jour où l'on identifie l'odeur de la vase avant même de voir la mer, on sait qu'on est arrivé, et cela n'a rien de spectaculaire. C'est probablement ce qui fait sa valeur. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !