--- title: "Pornichet : la rencontre inattendue entre la bande dessinée et le cinéma, comment est-ce possible ?" url: https://www.nouvelouest.com/pornichet-la-rencontre-inattendue-entre-la-bande-dessinee-et-le-cinema-comment-est-ce-possible.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2024-06-25T08:39:31+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:55:40+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2024/06/-79.webp description: "Il n'y a pas de mystère à élucider. Si la bande dessinée et le cinéma se sont retrouvés côte à côte à Pornichet en juin 2024, c'est parce qu'ils racontent tous les..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Pornichet : la rencontre inattendue entre la bande dessinée et le cinéma, comment est-ce possible ? Il n'y a pas de mystère à élucider. Si la bande dessinée et le cinéma se sont retrouvés côte à côte à Pornichet en juin 2024, c'est parce qu'ils racontent tous les deux avec des images découpées, et qu'ils se parlent depuis un siècle. La question qui vaut le déplacement est ailleurs : qu'est-ce que chacun des deux sait faire que l'autre ne peut pas ? ## Le storyboard, ou la BD comme outil de tournage ![Planche de bande dessinée posée à côté d'un clap de tournage](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2024/06/-78.webp) Avant de tourner une scène compliquée, un réalisateur la dessine. Cases, cadrages, flèches de mouvement : un **storyboard** est une bande dessinée de travail, jamais publiée, dont l'unique fonction est de mettre l'équipe d'accord sur ce qu'on va filmer. Hitchcock en faisait un usage méthodique. Les films à effets numériques ne s'en passent plus, parce qu'il faut valider un plan avant de dépenser trois semaines à le fabriquer. Le lien entre les deux formes est donc technique avant d'être artistique. **La réponse en une phrase** La BD et le cinéma partagent le même vocabulaire : plan large, gros plan, champ et contrechamp, ellipse. Un auteur de BD qui passe derrière une caméra ne change pas de grammaire, il change de contrainte de temps. ## Ce que l'une contrôle et que l'autre subit La différence tient à une chose : **qui décide de la durée**. Au cinéma, le film impose son rythme, seconde par seconde, et personne dans la salle ne peut ralentir. En bande dessinée, le lecteur fixe le tempo. Il s'arrête sur une case pendant trente secondes, il en survole quatre d'un coup, il revient en arrière. Un auteur travaille cette latitude : la taille des cases, la coupure de page, le blanc entre deux images, tout sert à suggérer une durée qu'il ne maîtrise jamais complètement. C'est pour ça que les adaptations ratent souvent. Transposer une planche en plan filmé donne parfois une image très fidèle et un récit qui ne fonctionne plus, parce que le temps de lecture qui faisait tout l'effet a disparu. **Le piège de l'adaptation fidèle** Reproduire les cases à l'écran ne produit pas un bon film. Les réussites, de *Persepolis* en 2007 aux longs métrages d'Enki Bilal, viennent d'auteurs qui ont accepté de réécrire leur propre récit pour un support qui ne se relit pas. ## Pourquoi une ville de bord de mer organise ce genre de rencontre Une station balnéaire vit une bonne partie de l'année en effectif réduit. La programmation culturelle y sert à deux choses : occuper l'hiver pour les habitants, et étoffer l'offre de juin, quand les premiers vacanciers arrivent mais que la haute saison n'a pas commencé. Croiser deux publics qui ne se recoupent qu'en partie, les lecteurs de BD et les habitués de la salle de cinéma, revient à remplir une soirée avec deux fois moins de communication. Le format habituel de ce genre de rendez-vous ne réserve pas de surprise : une exposition de planches originales, un ou deux auteurs présents, une projection, une discussion après la séance. C'est modeste, et c'est ce qui le rend faisable dans une ville d'environ 11 000 habitants. **Ce qui marche vraiment dans ces soirées** Les planches originales. Voir un crayonné avec ses repentirs, ses traits de construction et ses corrections au blanc apprend plus sur le métier qu'une heure de conférence. Et ça se visite en dix minutes, ce qui convient à un public de passage. ## Ce qu'il faut arrêter d'écrire sur le sujet On lit régulièrement que ces rencontres « préfigurent un art sans frontières entre les médiums », qu'elles « stimulent l'innovation narrative » ou qu'elles feraient d'une commune un pôle créatif. C'est du vide. Une exposition de planches et une projection dans une salle de cent places, ça fait une bonne soirée culturelle, pas une refondation des arts visuels. Le dire franchement rend d'ailleurs service à l'événement : personne ne se déplace pour assister à une révolution, on vient parce qu'un dessinateur explique comment il construit une double page. **Si le sujet vous intéresse** Posez la question du découpage à l'auteur présent. C'est le point de contact réel entre les deux disciplines, et celui dont les dessinateurs parlent le plus volontiers, bien plus que de leurs influences cinématographiques. Pour un lecteur qui habite Pornichet, l'intérêt de ce type de soirée se mesure à quelque chose de simple : discuter dix minutes avec quelqu'un dont on lit les albums, à quelques centaines de mètres de chez soi. Le détail du programme de juin 2024 est resté du côté de la presse locale, qui l'a couvert sur le moment. Source : [www.ouest-france.fr](https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/pornichet-44380/la-bandes-dessinee-et-le-cinema-sunissent-32b517a7-8fa1-4a51-9005-9400a88f0425) --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !