--- title: "Pornichet : le maire critique les municipalités qui rémunèrent leurs médecins" url: https://www.nouvelouest.com/pornichet-le-maire-critique-les-municipalites-qui-remunerent-leurs-medecins.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2025-01-17T22:06:35+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:59:20+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/01/-61.webp description: "Le débat qui agite les communes de la presqu'île depuis deux ans tient en une question de caisse : faut-il que la mairie sorte son chéquier pour salarier un médecin..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Pornichet : le maire critique les municipalités qui rémunèrent leurs médecins Le débat qui agite les communes de la presqu'île depuis deux ans tient en une question de caisse : faut-il que la mairie sorte son chéquier pour salarier un médecin ? En janvier 2025, le maire de Pornichet a répondu non, publiquement, alors que plusieurs communes voisines faisaient le choix inverse. Son argument n'est pas médical, il est arithmétique : embaucher un praticien avec l'argent des habitants ne fabrique pas un médecin de plus, cela **déplace** celui du bourg d'à côté. C'est ce raisonnement qu'il faut regarder de près, parce qu'il vaut bien au-delà de Pornichet. ![Le maire de Pornichet lors d'une prise de parole publique en mairie](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/01/-60.webp) **Ce que dit le maire, en une phrase** Salarier un médecin sur le budget communal ne crée aucune consultation supplémentaire à l'échelle du bassin de vie. Cela réoriente vers la commune la plus offrante des praticiens qui exerçaient déjà ailleurs. Le maire de Pornichet a donc refusé d'entrer dans cette surenchère. ## D'où vient la tentation du salariat municipal La mécanique est simple à comprendre pour un élu. Un cabinet ferme, le médecin part à la retraite sans successeur, le standard du cabinet suivant sature, et les habitants viennent le dire en mairie. La commune n'a aucune compétence en matière de santé, ce n'est ni son métier ni sa ligne budgétaire, mais elle est la première à recevoir la plainte. Alors certaines franchissent le pas : elles ouvrent un centre de santé municipal, recrutent un ou deux généralistes sous contrat de travail, prennent en charge le loyer, le secrétariat, le logiciel métier, parfois le logement. Sur le papier, ça marche. Le médecin salarié arrive avec un salaire fixe, des congés payés, pas de comptabilité à tenir, pas de patientèle à racheter. Pour un jeune diplômé qui sort d'internat, la différence avec l'installation libérale classique est énorme : il ne prend aucun risque financier et il connaît ses horaires. Les communes qui ont ouvert ces centres l'ont d'ailleurs constaté, elles trouvent des candidats. **Le piège de l'enchère entre voisines** Quand une commune salarie, celle d'à côté perd son médecin ou doit surenchérir. Le nombre de généralistes en Loire-Atlantique, lui, ne bouge pas d'une unité. Le coût, en revanche, est désormais payé deux fois : par l'assurance maladie et par le contribuable local. ## Le calcul que fait une commune de 11 000 habitants Pornichet compte environ 11 000 habitants à l'année, et beaucoup plus l'été. Salarier un généraliste, ce n'est pas une dépense ponctuelle : c'est un **poste permanent**, avec les charges patronales, le remplacement pendant les absences, des locaux à mettre aux normes, une assurance. Une commune de cette taille qui s'engage là-dessus le fait pour dix ans au moins, sinon elle recrée elle-même le problème qu'elle voulait résoudre. Et elle le fait sur un budget déjà occupé par le chantier du front de mer, la voirie et l'entretien du bord de mer. Le maire ajoute un point qui gêne, mais qui se défend : une commune balnéaire aisée a plus de moyens de surenchérir qu'une commune rurale de l'intérieur du département. Si le salariat municipal devient la norme, ce sont les territoires les plus fragiles qui perdent la partie. Sur ce point, le calcul ne tient effectivement pas. On aurait inventé un marché où la santé suit le budget municipal. ## Ce qui reste dans les mains d'une mairie Refuser le chéquier ne veut pas dire rester les bras croisés. Une commune peut acheter ou construire un bâtiment et le louer à loyer modéré à une **maison de santé pluriprofessionnelle**, où les généralistes exercent aux côtés des infirmières, du kiné et parfois du dentiste. Elle peut régler le problème du logement, qui bloque beaucoup d'installations sur la Côte d'Amour, là où un studio à l'année se négocie au prix d'un meublé de saison. Elle peut faciliter l'accueil des internes en stage, parce qu'un interne qui a passé six mois dans un cabinet local revient souvent s'y installer. **Les leviers qui marchent sans salarier** Un local à loyer modéré pour une maison de santé, un logement disponible pour l'interne en stage, un dossier monté avec l'agence régionale de santé et l'assurance maladie : trois leviers à la main d'une mairie, sans créer de poste permanent. Ils sont plus lents. Ils ne se retournent pas contre la commune voisine. ## Un débat qui reviendra La position tiendra tant que Pornichet aura des généralistes. Le jour où deux départs à la retraite tombent la même année sans reprise, la pression des habitants sera d'un autre ordre, et l'argument budgétaire pèsera moins lourd qu'une salle du conseil pleine. C'est l'angle mort de la démonstration : elle est juste collectivement, et difficile à tenir localement quand la pénurie frappe la rue d'en face. La vraie réponse ne se joue pas à l'échelle communale. Elle se joue sur le nombre de médecins formés, sur la répartition des installations, sur ce que l'assurance maladie accepte de financer en zone sous-dotée. Une mairie de 11 000 habitants n'a aucun levier là-dessus. Elle a en revanche le droit de dire tout haut que la course au salaire entre communes est une réponse de façade, et c'est ce que le maire de Pornichet a fait en janvier 2025. **À surveiller** Les prochains départs à la retraite de généralistes sur Pornichet et autour de Saint-Nazaire diront si la ligne tient. Les arbitrages de ce type se prennent en général au moment du vote du budget, au premier trimestre. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !