--- title: "Rencontre inspirante à Pornichet : deux élèves dialoguent avec le talentueux dessinateur Clément Lefèvre" url: https://www.nouvelouest.com/rencontre-inspirante-a-pornichet-deux-eleves-dialoguent-avec-le-talentueux-dessinateur-clement-lefevre.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2025-03-18T07:34:36+01:00 date_modified: 2026-09-10T09:01:31+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] description: "Deux élèves, un dessinateur professionnel, une heure d'entretien : le dispositif est banal, il est proposé chaque année dans des centaines d'établissements. Ce qui..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Rencontre inspirante à Pornichet : deux élèves dialoguent avec le talentueux dessinateur Clément Lefèvre Deux élèves, un dessinateur professionnel, une heure d'entretien : le dispositif est banal, il est proposé chaque année dans des centaines d'établissements. Ce qui en sort dépend presque uniquement d'une chose, la préparation des questions. À Pornichet, en mars 2025, deux collégiens ont rencontré le dessinateur Clément Lefèvre dans le cadre d'un festival de bande dessinée, avec leurs planches sous le bras. C'est ce détail, **les planches apportées**, qui a fait basculer l'exercice du côté utile. ## Une rencontre d'auteur, ça se prépare ou ça se subit Le scénario habituel de ces rendez-vous est connu des enseignants. L'auteur s'installe, personne n'ose parler, et la première question tombe au bout de deux minutes de silence : « depuis quand vous dessinez ? » Suivent « combien de temps pour une planche ? » et « d'où viennent vos idées ? ». L'auteur répond, poliment, pour la cinq centième fois. Le format change de nature dès qu'un élève arrive avec un travail à montrer. La conversation quitte le registre de l'interview et devient une correction. Le professionnel regarde une case, dit ce qui accroche l'œil et ce qui bloque la lecture, propose de recadrer. Vingt minutes de ce régime valent un trimestre d'arts plastiques, parce que le retour porte sur le dessin de l'élève et sur rien d'autre. **La règle des trois questions** Trois questions écrites à l'avance, précises, portant sur un point technique identifié dans le travail de l'auteur, suffisent à changer le niveau d'un échange. « Comment vous choisissez votre cadrage quand deux personnages se parlent ? » ouvre une vraie réponse. « D'où viennent vos idées ? » n'en ouvre aucune. Les deux élèves de Pornichet avaient fait ce travail. Ils ont interrogé Clément Lefèvre sur sa méthode, sur ses références, sur la façon dont on tient une série dans la durée. Ils ont aussi montré leurs pages et écouté ce qu'on leur en disait, ce qui demande un certain aplomb à 13 ou 14 ans. ## Ce qu'un professionnel raconte vraiment du métier Les auteurs invités en milieu scolaire disent tous à peu près la même chose, et ce n'est pas ce que les élèves attendent. Le dessin occupe une **part minoritaire du temps de travail**. Le reste, c'est de la documentation, du storyboard refait trois fois, des allers-retours avec un éditeur, de la mise en couleur, et beaucoup d'attente entre deux contrats. Les chiffres du secteur sont publics et peu réjouissants. Les enquêtes menées par les États généraux de la bande dessinée depuis 2016 ont montré qu'une part importante des auteurs de BD vit sous le seuil de pauvreté, et que la majorité complète ses revenus par une autre activité, souvent l'illustration de commande ou l'enseignement. Un auteur honnête le dit aux élèves. C'est plus respectueux que de vendre un rêve. **Le passage qui déçoit, et qu'il faut garder** Vivre uniquement de la bande dessinée reste rare en France. Les enquêtes de la profession situent une large part des auteurs en dessous du seuil de pauvreté, avec des revenus complétés par l'illustration, l'affiche, l'atelier scolaire. Le dire à des collégiens ne casse aucune vocation : ceux qui continuent le font en connaissance de cause. L'autre message qui passe mal et qui est pourtant le plus utile concerne le volume. On ne devient pas dessinateur en dessinant bien, on le devient en **dessinant beaucoup, longtemps**, y compris des choses ratées. Les carnets d'auteurs professionnels, quand ils acceptent de les montrer, sont remplis de croquis médiocres. Cette révélation-là fait plus pour un élève que n'importe quel encouragement. ## Pourquoi ces rencontres ont lieu à Pornichet Un festival de bande dessinée dans une commune de 11 000 habitants tient à une poignée de bénévoles et à une salle disponible. Le quai des Arts, l'équipement culturel de la ville, sert de point d'ancrage à ce type d'événement, et les établissements scolaires du secteur, à Pornichet comme à La Baule ou Saint-Nazaire, envoient leurs classes pendant les heures de cours. Le calcul des organisateurs est simple : un auteur qui se déplace pour deux jours de dédicaces coûte le même prix qu'il rencontre des élèves ou non. Autant remplir le vendredi matin. Pour les collèges, c'est une sortie à quinze minutes de bus, sans nuitée et sans budget transport significatif, ce qui explique que le dispositif tienne d'une année sur l'autre. **Comment ça s'organise** La demande part en général de l'enseignant à l'automne, auprès des organisateurs du festival ou du service culturel de la commune. Les créneaux scolaires se calent sur le vendredi précédant l'ouverture au public. Il faut compter deux à trois mois entre la première prise de contact et la rencontre. Reste à savoir ce qu'il en restera dans cinq ans. Sans doute pas grand-chose de précis pour la plupart des élèves présents ce jour-là. Pour les deux qui sont venus avec leurs planches, l'effet est d'une autre nature : ils ont montré leur travail à quelqu'un dont c'est le métier, et il l'a pris au sérieux. À cet âge, c'est ce qui décide qu'on continue ou qu'on range le carnet dans un tiroir. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !