--- title: "Ristourne sur le gazole: Total stimule la concurrence ou déséquilibre le marché?" url: https://www.nouvelouest.com/ristourne-sur-le-gazole.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T06:16:38+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:35+02:00 categories: ["Actualités"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/03/.webp description: "Le seuil suffit à désigner la cible. Une remise sur le gazole réservée aux achats de plus de 500 litres s’adresse aux flottes, aux artisans et aux transporteurs..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Ristourne sur le gazole: Total stimule la concurrence ou déséquilibre le marché? Le seuil suffit à désigner la cible. Une remise sur le gazole réservée aux achats de plus de 500 litres s’adresse aux flottes, aux artisans et aux transporteurs : **c’est une remise de gros**, comme en pratique n’importe quel grossiste, et l’automobiliste du dimanche soir n’en verra jamais la couleur. Le débat qui a suivi sur la distorsion de concurrence a largement raté ce point, alors qu’il explique presque tout. ## 500 litres, faites le calcul Un réservoir de berline diesel contient entre 50 et 60 litres. Il faut donc une dizaine de pleins pour atteindre le seuil. Un ménage qui roule 13 000 kilomètres par an, la moyenne française, brûle autour de 800 litres sur l’année entière. Aucun particulier n’achète 500 litres d’un coup, sauf à posséder une cuve, ce qui suppose une exploitation agricole ou une entreprise. À l’inverse, un artisan couvreur qui fait la tournée des chantiers entre Saint-Nazaire, Guérande et Savenay avec deux fourgons dépasse ce volume en un mois et demi. Un transporteur y arrive en une semaine. La remise leur est destinée, et elle se règle en général par carte professionnelle, avec une facturation mensuelle et une récupération de TVA. **Deux mondes séparés à la pompe** Un ménage consomme de l’ordre de 800 litres de carburant par an. Un fourgon d’artisan qui roule 30 000 kilomètres en avale près de 2 400. Sur une remise de quelques centimes au litre, le premier économise le prix d’un menu au restaurant sur l’année, le second de quoi payer une semaine d’assurance de véhicule. La même annonce ne veut pas dire la même chose selon le côté de la barrière où l’on se trouve. ## Pourquoi le groupe court après les volumes professionnels Le réseau de stations d’un pétrolier coûte cher à faire tourner : personnel, cuves aux normes, foncier en bord de route. Depuis vingt ans, les hypermarchés ont pris la majorité des volumes de carburant vendus en France, autour de 60 %, avec des marges minuscules assumées parce que le carburant sert à faire venir le client au magasin. Un pétrolier ne peut pas jouer ce jeu-là sur le particulier, il n’a pas de rayon épicerie derrière. Sur le client professionnel, la partie est différente. Le client à cuve ou à carte est fidèle, prévisible, contractualisé sur un ou deux ans, et il roule aussi hors des zones commerciales, sur les axes et les autoroutes où les hypermarchés sont absents. Verrouiller ce segment avec une remise au volume est une manœuvre commerciale banale, celle que pratique n’importe quel grossiste. **Ce que l’annonce cherchait à faire** Fidéliser des clients contractualisés plutôt que baisser le prix affiché sur le panneau. Une remise ciblée sur les gros volumes coûte moins cher au groupe qu’une baisse générale de quelques centimes appliquée à tous les passages, et elle sécurise des recettes sur plusieurs mois. Le particulier n’était pas visé, il n’a d’ailleurs rien vu changer sur le totem à l’entrée de la station. ## Distorsion de concurrence : l’argument mérite d’être trié Les critiques entendues à l’époque mélangeaient deux choses. Une remise quantitative accordée à un client qui achète en gros est parfaitement légale et pratiquée dans tous les secteurs. **Ce qui est interdit en France, c’est la revente à perte**, encadrée par le code de commerce, et c’est justement pour cette raison que les distributeurs organisent des opérations à prix coûtant plutôt qu’à prix cassé : ils rognent la marge jusqu’à zéro, pas en dessous. Le vrai risque de déséquilibre se situe ailleurs, et il est réel. Une station indépendante en zone rurale, celle qui dépanne à 21 heures dans un bourg de deux mille habitants, vit d’un mélange de volumes particuliers et de quelques clients professionnels du coin. Si les artisans partent vers les cartes des grands réseaux, elle perd sa base la plus régulière. C’est ainsi que le maillage s’est éclairci depuis les années 1980 : la France comptait environ 40 000 stations-service en 1980, il en reste à peu près 11 000 aujourd’hui. **Le point de vigilance** La disparition d’une station dans un bourg ne se voit pas dans les statistiques nationales de prix, mais elle ajoute quinze kilomètres aller-retour à chaque plein pour ceux qui habitent autour. Sur la presqu’île, entre Guérande, Herbignac et La Turballe, cette question se pose déjà pour d’autres commerces. Le carburant suit la même pente. ## Ce qu’il reste à faire pour payer moins cher Pour un particulier, aucune remise volume n’est accessible ; les leviers sont ailleurs. Comparer sur le site officiel prix-carburants.gouv.fr, qui recense les prix déclarés par les stations elles-mêmes et offre un tri par commune. Éviter les aires d’autoroute, où l’écart avec un hypermarché atteint couramment 15 à 25 centimes par litre. Et regarder les opérations à prix coûtant des grandes surfaces, annoncées quelques jours à l’avance, quitte à décaler son plein d’une semaine. Pour un professionnel, la comparaison ne se joue pas que sur le centime affiché : la souplesse de paiement, le maillage du réseau sur ses tournées et le suivi de consommation par véhicule pèsent souvent plus lourd sur l’année qu’une remise de deux centimes. Sur ce point précis, les commerciaux des pétroliers ont un avantage que les hypermarchés n’ont jamais cherché à leur reprendre. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !