--- title: "Sexe durant la grossesse : les réponses à vos questions" url: https://www.nouvelouest.com/sexe-durant-la-grossesse-les-reponses-a-vos-questions.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2023-09-05T07:53:45+02:00 date_modified: 2026-09-14T10:51:38+02:00 categories: ["Actualités"] image: https://www.nouvelouest.comhttps://www.nouvelouest.com/?attachment_id=134502 description: "Sur ce sujet, presque tous les articles disent la même chose : « rassurez-vous, c'est sans danger ». C'est vrai dans l'immense majorité des grossesses, et c'est..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Sexe durant la grossesse : les réponses à vos questions Sur ce sujet, presque tous les articles disent la même chose : « rassurez-vous, c'est sans danger ». C'est vrai dans l'immense majorité des grossesses, et c'est aussi une réponse incomplète, parce qu'elle escamote la seule question qui mérite une vérification médicale : votre grossesse fait-elle partie des cas où le médecin dit stop ? Ces cas existent, ils sont peu nombreux et ils portent des noms précis. Une fois qu'on les a écartés, tout le reste relève de ce que le couple a envie de faire, ni plus ni moins. **La question à poser en consultation** « Est-ce qu'il y a une raison médicale de suspendre les rapports dans mon cas ? » En une phrase, à la sage-femme ou au gynécologue, dès la première consultation. La réponse est non pour la plupart des grossesses. Elle est oui dans une poignée de situations identifiées, et il vaut mieux le savoir tôt que le deviner. ## Les vraies contre-indications, celles qui portent un nom Le professionnel qui vous suit conseille d'arrêter les rapports avec pénétration, temporairement ou jusqu'à la naissance, dans quelques situations bien définies. - Un **placenta praevia recouvrant**, c'est-à-dire un placenta qui couvre le col. - Une menace d'accouchement prématuré, avec col raccourci ou contractions régulières avant terme. - Une rupture prématurée des membranes, même partielle. - Des saignements inexpliqués au deuxième ou troisième trimestre. - Une béance cervico-isthmique ou un cerclage en place. - Une grossesse multiple avec facteurs de risque, selon l'avis de l'équipe. En dehors de cette liste, le sperme, l'orgasme et les contractions utérines qui l'accompagnent ne déclenchent pas d'accouchement sur une grossesse qui se déroule normalement. Le foetus est protégé par la poche des eaux, le muscle utérin et un bouchon muqueux qui ferme le col. La pénétration n'atteint pas le bébé, et la peur inverse, très répandue chez les partenaires, ne repose sur rien d'anatomique. **Ce qui doit faire arrêter et appeler** Un saignement, des douleurs abdominales qui persistent après le rapport, un écoulement de liquide clair, des contractions douloureuses qui reviennent toutes les cinq à dix minutes. On arrête et on appelle la maternité, sans attendre le lendemain. Un léger saignement de contact, sans douleur, est en revanche fréquent au premier trimestre : le col est très vascularisé, il saigne facilement, mais signalez-le quand même. ## Le désir, rarement synchronisé entre les deux Le schéma classique existe : libido en berne au premier trimestre à cause des nausées et de la fatigue, remontée nette au deuxième quand le flux sanguin pelvien augmente et que les seins deviennent plus sensibles, baisse au troisième par simple encombrement. Sauf que beaucoup de femmes ne suivent pas cette courbe du tout, et que le partenaire, lui, a la sienne. C'est ce décalage qui pose problème, plus que le niveau de désir de chacun. Une femme en plein regain au cinquième mois face à un partenaire tétanisé par l'idée de faire mal, ça produit des semaines de malentendus. L'inverse aussi : un homme qui insiste alors que sa compagne vomit trois fois par jour se prend un mur et ne comprend pas pourquoi. La peur du côté du partenaire est presque toujours sous-estimée dans les articles sur le sujet. Elle a deux sources : la crainte physique de blesser, et un basculement de représentation, la compagne devenant mère dans son regard. Ça se dit, ça s'entend, et ça passe. Ce qui ne passe pas, c'est le silence de six mois. ![Un homme tenant la main de sa compagne enceinte, assis à côté d'elle](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2023/03/Homme-teant-la-main-de-sa-femme-enceinte.webp) **Une conversation, pas un rapport** Le meilleur moment pour parler de ça n'est pas au lit. Une marche, un trajet en voiture, la vaisselle : les situations où on ne se regarde pas dans les yeux facilitent les phrases difficiles. Une question ouverte suffit à démarrer : « toi, tu en as envie ou pas en ce moment ? » ## Les positions, question pratique avant tout À partir du cinquième ou sixième mois, la position allongée sur le dos devient inconfortable, et elle est déconseillée longuement en fin de grossesse parce que l'utérus comprime la veine cave. Trois configurations restent praticables sans acrobatie : la cuillère, sur le côté, qui reste la plus reposante et la plus utilisée en fin de parcours ; la femme sur le dessus, qui laisse le contrôle de la profondeur et du rythme ; et la position assise au bord du lit, qui dégage complètement le ventre. La lubrification change aussi. Les sécrétions vaginales augmentent pendant la grossesse chez beaucoup de femmes, mais elles diminuent chez d'autres, notamment en fin de parcours. Un lubrifiant à base d'eau règle ça en trois secondes, sans risque. Et la pénétration n'est qu'une option parmi d'autres. Caresses, massages, masturbation mutuelle : beaucoup de couples y reviennent au troisième trimestre et découvrent que ça leur convient très bien. Le sexe oral reste possible, à une réserve près : on ne souffle jamais d'air dans le vagin d'une femme enceinte, le risque d'embolie gazeuse est rare mais réel. **Trois choses qui aident concrètement** Un lubrifiant à base d'eau, un coussin sous la hanche pour caler le bassin sur le côté, et un moment choisi dans la journée plutôt que le soir, quand la fatigue de fin de journée a tout écrasé. Le milieu d'après-midi du week-end revient souvent dans les témoignages. ## L'orgasme et les contractions qui suivent L'orgasme provoque des contractions utérines. Elles sont normales, elles durent quelques minutes et se calment au repos. Beaucoup de femmes les sentent nettement plus qu'avant, ventre qui se durcit pendant un moment, et s'inquiètent à tort. Sur une grossesse sans complication, ce n'est pas un signe de travail. Les sensations changent des deux côtés. La congestion pelvienne augmente la sensibilité, ce qui explique que certaines femmes disent atteindre l'orgasme plus facilement au deuxième trimestre, parfois pour la première fois. D'autres constatent l'inverse, avec des seins devenus douloureux au toucher. Une précision sur la fin de grossesse. On entend souvent que faire l'amour déclenche l'accouchement à terme, à cause des prostaglandines du sperme et de l'ocytocine libérée à l'orgasme. Les études menées sur le sujet ne montrent pas d'effet clair, et l'idée que ça « lance le travail » relève surtout de la légende de maternité. Si le col n'est pas prêt, il ne se passe rien. **Après l'accouchement, le vrai calendrier** Le délai souvent cité est de six semaines, jusqu'à la consultation postnatale. En pratique, ce qui compte est la fin des saignements, la cicatrisation d'une éventuelle épisiotomie ou césarienne, et l'envie, qui met souvent plus longtemps à revenir que le corps. Trois à six mois n'a rien d'anormal. La rééducation périnéale, prescrite systématiquement et prise en charge, joue beaucoup sur ce retour. ## Le regard des autres, et celui qu'on porte sur soi Un frein revient souvent dans les consultations de sages-femmes et il n'a rien de médical : la femme enceinte ne se reconnaît plus dans le miroir. Prise de poids, ligne brune sur le ventre, seins qui changent, vergetures. Se sentir désirable dans ce corps-là demande du temps, et les compliments automatiques du partenaire ne suffisent pas, ils sonnent souvent creux. Ce qui aide, d'après ce que racontent les couples : dire précisément ce qu'on trouve beau plutôt que répéter « tu es magnifique », et accepter que certains gestes soient exclus pendant un temps sans en faire un drame. Le corps redevient un terrain connu progressivement, pas d'un coup. ## Ce qui reste à surveiller La protection contre les infections sexuellement transmissibles ne se met pas en pause pendant la grossesse. En cas de nouveau partenaire, le préservatif reste nécessaire : une primo-infection à herpès génital en fin de grossesse ou une syphilis non traitée ont des conséquences sérieuses pour le nouveau-né. Une mycose vaginale, très fréquente pendant ces neuf mois à cause du changement de pH, rend les rapports douloureux et se traite en quelques jours avec un ovule adapté. Inutile de s'en passer pendant des semaines : un appel à la sage-femme suffit. Pour le reste, chaque couple trouve son rythme, et il n'y a pas de norme à atteindre. Certains couples n'ont aucun rapport pendant neuf mois et vont très bien. D'autres n'ont jamais autant fait l'amour. Le seul indicateur qui compte, c'est que les deux soient d'accord sur ce qui se passe et sur ce qui ne se passe pas. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !