--- title: "Trahie par son propre petit-fils : une grand-mère de 92 ans victime d'un détournement de fonds à Pornichet" url: https://www.nouvelouest.com/trahie-par-son-propre-petit-fils-une-grand-mere-de-92-ans-victime-dun-detournement-de-fonds-a-pornichet.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2024-11-12T07:45:13+01:00 date_modified: 2026-09-10T07:51:47+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] description: "Ce qui frappe, dans l'affaire jugée le 5 novembre 2024 devant le tribunal de Saint-Nazaire, ce n'est pas le montant. C'est la durée. Pendant des mois, un homme de..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Trahie par son propre petit-fils : une grand-mère de 92 ans victime d'un détournement de fonds à Pornichet Ce qui frappe, dans l'affaire jugée le 5 novembre 2024 devant le tribunal de Saint-Nazaire, ce n'est pas le montant. C'est la durée. Pendant des mois, un homme de 44 ans a puisé sur les comptes de sa **grand-mère de 92 ans**, chez qui il logeait à Pornichet, et personne autour d'elle ne s'en est aperçu. Le dossier s'est jugé en une audience. La question qu'il laisse ouverte est plus longue à traiter : qui, dans la vie quotidienne d'une femme de 92 ans qui vit encore chez elle, était en position de voir passer ces retraits ? ## Vivre sous le même toit, c'est déjà avoir les clés Le petit-fils habitait chez sa grand-mère. Cette proximité explique presque tout du mécanisme. Pas de faux, pas de montage sophistiqué. Il y a eu une **carte bancaire à portée de main**, un code connu, du courrier bancaire qui arrivait dans une boîte aux lettres partagée, et une personne âgée qui ne lisait plus ses relevés ligne par ligne. Les sommes sont sorties mois après mois, à un rythme assez régulier pour ne déclencher aucune alerte automatique chez la banque. **Ce que la loi appelle abus de faiblesse** L'article 223-15-2 du code pénal punit de trois ans de prison et 375 000 euros d'amende le fait d'abuser de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne vulnérable pour la conduire à un acte qui lui est gravement préjudiciable. La vulnérabilité liée à l'âge suffit à caractériser l'infraction. Quand l'auteur est un membre de la famille, la peine n'est pas atténuée : la proximité est justement ce qui a rendu les faits possibles. ## Pourquoi ces retraits se voient si tard Une personne de 92 ans qui vit à domicile a des dépenses faibles et des revenus stables : une pension, parfois un loyer perçu. Le compte grossit doucement, personne ne le surveille puisqu'il n'y a rien à surveiller. Quand quelqu'un commence à y prélever, le solde cesse simplement de monter, ce qui ne ressemble à rien d'anormal vu de loin. Ajoutez la honte. La victime comprend souvent avant les autres, et se tait : dénoncer son petit-fils, c'est accepter de le perdre et d'admettre en public qu'on s'est trompé sur quelqu'un. Le dossier de Saint-Nazaire est arrivé jusqu'à l'audience, donc quelqu'un a parlé. C'est déjà l'exception. **Le signal le plus fiable n'est pas financier** Avant les retraits, il y a presque toujours un resserrement. La personne âgée voit moins de monde, son téléphone sonne dans le vide, un proche répond systématiquement à sa place, les rendez-vous médicaux sont pris et accompagnés par la même personne. L'isolement organisé précède la ponction. Il se repère sans consulter le moindre relevé bancaire. ## Les gens qui passent la porte À Pornichet comme ailleurs, la maison d'une personne très âgée n'est jamais tout à fait fermée. Une aide à domicile deux matins par semaine, le portage de repas du centre communal d'action sociale, l'infirmière libérale qui fait le pilulier, le kiné, le facteur qui monte le courrier quand la boîte est en bas. Ces passages sont ce qui reste de veille sociale autour d'une personne isolée. Les auxiliaires de vie sont bien placées pour remarquer qu'un frigo se vide, qu'une facture d'électricité traîne impayée sur la table, qu'une dame qui allait chez le coiffeur tous les mois n'y va plus. Elles sont aussi les moins bien armées pour en faire quelque chose : plannings serrés, salaires bas, peur de perdre une mission en se mêlant des affaires de la famille. Tant que le risque de signaler reste sur leurs épaules, la vigilance dépendra du courage individuel. **Les outils qui fonctionnent vraiment** L'habilitation familiale, créée en 2016, autorise un proche à gérer les affaires d'une personne qui ne peut plus le faire seule, sous contrôle du juge des contentieux de la protection. Le mandat de protection future, lui, se signe tant qu'on va bien : on choisit soi-même qui décidera plus tard, et on peut désigner une personne différente pour l'argent et pour la santé. C'est le seul dispositif qui laisse le choix à la personne concernée plutôt qu'à sa famille. ## Protéger une personne âgée sans la déposséder La tentation, après une affaire comme celle-ci, est de tout verrouiller : plafonner la carte, confier les comptes à un tiers, retirer les moyens de paiement. C'est une mauvaise réponse. Une personne de 92 ans qui ne peut plus acheter son pain elle-même perd en quelques semaines ce qui la maintenait debout. Les mesures utiles sont plus fines et moins spectaculaires. **Séparer un compte courant de fonctionnement**, avec de quoi vivre au mois, d'un livret que personne ne touche. Demander à la banque des alertes par courrier sur les retraits au-delà d'un seuil. Faire lire les relevés par une deuxième personne qui n'est pas celle qui vit sur place. Rien de tout cela n'aurait rendu le dossier de Pornichet impossible, mais chacune de ces mesures aurait raccourci les mois de silence. **Un numéro à connaître** Le 3977 est la ligne nationale de signalement des maltraitances envers les personnes âgées et les adultes handicapés. On peut l'appeler pour un doute, pas seulement pour une certitude, et sans donner son identité. En Loire-Atlantique, l'appel est repris par une antenne locale qui peut orienter vers le procureur ou vers les services du département. Reste la partie du dossier qu'aucun dispositif ne règle. Une femme de 92 ans a hébergé son petit-fils, et a fini par apprendre dans quelles conditions il vivait sous son toit. La justice statue sur des sommes et des mois. Le reste, elle ne le répare pas. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !