--- title: "Un phoque gris accompagné de huit dauphins se retrouve sur les plages de la presqu'île de Guérande" url: https://www.nouvelouest.com/un-phoque-gris-accompagne-de-huit-dauphins-se-retrouve-sur-les-plages-de-la-presquile-de-guerande.html author: "Geoffrey Miron" date_published: 2025-02-06T22:02:22+01:00 date_modified: 2026-09-14T10:59:52+02:00 categories: ["Actualités"] tags: ["Côte d'amour"] image: https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/02/-19.webp description: "Un phoque gris couché sur le sable de la presqu'île, ce n'est pas une scène de détresse par défaut. Fin janvier 2025, l'animal repéré sur une plage guérandaise a..." site: "Nouvel Ouest" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Un phoque gris accompagné de huit dauphins se retrouve sur les plages de la presqu'île de Guérande Un phoque gris couché sur le sable de la presqu'île, ce n'est pas une scène de détresse par défaut. Fin janvier 2025, l'animal repéré sur une plage guérandaise a déclenché les réflexes habituels : on s'approche, on photographie, on se demande s'il faut le remettre à l'eau. La réponse tient en deux gestes : **reculer et appeler**. Quant aux huit dauphins évoqués le même jour, ils relèvent d'une autre histoire, celle des échouages d'hiver sur la côte atlantique, et mélanger les deux ne rend service à personne. ![Un phoque gris allongé sur le sable humide d'une plage de la presqu'île guérandaise](https://www.nouvelouest.com/wp-content/uploads/2025/02/-18.webp) ## Deux observations distinctes, un même week-end D'un côté, un pinnipède seul, posé sur l'estran. De l'autre, plusieurs petits cétacés retrouvés sur le littoral. Le récit qui circule les relie en une amitié improbable entre espèces. Sur ce point, le calcul ne tient pas : un phoque gris et un groupe de dauphins ne voyagent pas ensemble, ils ne chassent ni aux mêmes profondeurs ni de la même façon. Ce qu'ils partagent, c'est **la saison**. Janvier et février concentrent chaque année le plus grand nombre de signalements sur les plages de Loire-Atlantique. **Ce qu'il faut retenir de la scène** Un phoque à terre est le plus souvent en train de se reposer, pas de mourir. Il sort de l'eau pour digérer, sécher son pelage et refaire ses réserves de chaleur. Le geste utile : s'éloigner d'une centaine de mètres et prévenir. Le geste nuisible : le repousser vers la mer. ## Pourquoi le phoque monte sur la plage Le phoque gris passe une partie de sa journée hors de l'eau. Besoin physiologique, pas accident. Les colonies stables de la façade atlantique sont en Bretagne, à Molène et à Sein, mais des individus isolés descendent la côte et s'arrêtent là où la plage est tranquille. Les jeunes de l'année, sevrés en début d'hiver, vont le plus loin. Un animal de 130 kilos qui dort sur le sable de La Turballe n'est pas forcément perdu. Le problème commence quand **une trentaine de personnes forment un cercle autour de lui**. Le phoque se remet à l'eau pour fuir, brûle l'énergie qu'il était venu récupérer, et recommence trois plages plus loin. Répété sur une journée de week-end, ce dérangement épuise l'animal bien plus sûrement que sa fatigue initiale. **Trois erreurs classiques** Le remettre à l'eau : on lui retire ce qu'il était venu chercher. Le toucher : un phoque gris adulte mord, et sa gueule transmet des bactéries qui infectent salement une main. Lâcher un chien à proximité : c'est la première cause de fuite en catastrophe signalée sur les plages françaises. ## Qui appeler, et ce qui se passe ensuite Les échouages de mammifères marins sont suivis par le Réseau national échouages, coordonné depuis La Rochelle par l'Observatoire Pelagis. Des correspondants formés y sont rattachés dans chaque département littoral, Loire-Atlantique comprise. Ce sont eux qui se déplacent, examinent l'animal et décident s'il faut le laisser tranquille, l'orienter vers un centre de soins ou, quand il est mort, prélever. En pratique, on passe par la mairie ou par les pompiers, qui relaient. Les postes de secours et les gardes du littoral connaissent la procédure. L'information utile tient en quatre points : le nom exact de la plage, l'heure, l'état apparent de l'animal (respire, bouge, blessures visibles) et le niveau de la marée. Une photo prise de loin vaut mieux qu'une description approximative. **Ce qui marche vraiment** Là où un périmètre est posé rapidement, quelques piquets et un bénévole qui explique, l'animal repart de lui-même à la marée suivante. Cette mise à distance coûte une heure de présence humaine et évite un transport vers un centre de soins, opération stressante pour un phoque sauvage. ## Les dauphins, un dossier autrement plus lourd Les petits cétacés retrouvés morts sur le littoral en hiver posent une question différente, et bien documentée. Chaque année, Pelagis relève plusieurs centaines à plusieurs milliers de dauphins communs échoués entre la Vendée et le Pays basque, avec des pics en janvier et février. Une large part des carcasses porte des marques de capture accidentelle dans des engins de pêche : sections de nageoires, empreintes de filet, rostre cassé. Le nord de la Loire est moins exposé que le sud, mais la presqu'île reçoit sa part. Voir arriver huit animaux en quelques jours n'a rien de mystique : c'est le signal saisonnier d'un problème qui se joue à trente ou soixante milles au large. **Le calendrier de la côte** De décembre à mars, les signalements grimpent : coups de vent d'ouest, courants qui rabattent vers l'estran, jeunes phoques en dispersion après le sevrage. À partir d'avril, le rythme retombe nettement. C'est cette fenêtre d'hiver qu'il faut avoir en tête quand on marche sur les plages de la presqu'île. ## Ce qu'on ne sait pas Sans examen sur place, personne ne peut affirmer que le phoque de fin janvier était malade. Les correspondants mesurent, pèsent, notent l'état des dents et l'épaisseur du lard avant de conclure, et n'aboutissent pas toujours à une réponse. Le raccourci du phoque escorté par des dauphins dit surtout notre envie d'y lire un signe. **La côte n'envoie pas de signes** : elle dépose ce que la mer lui rend. Reste la conduite à tenir, inchangée depuis vingt ans : garder ses distances, tenir son chien, appeler la mairie, laisser approcher les gens formés. --- ## À propos de l'auteur **Geoffrey Miron** — Je suis un fervent défenseur de la cause des animaux et de la communauté vegan, je m'intéresse à toutes les espèces et surtout à leur protection. J'adore découvrir de nouvelles espèces à l'international et leurs petites particularités !