Roger Federer : une légende du tennis ?

Sommaire5 sections
  1. 01Un revers à une main dans un tennis qui l'avait enterré
  2. 02De Bâle au circuit : une formation moins linéaire qu'on ne le raconte
  3. 03Le SABR, ou l'art de déranger un adversaire pour rien
  4. 04Les défaites qui restent
  5. 05Ce qu'il laisse au tennis suisse

Le 15 septembre 2022, quand Roger Federer a publié la lettre annonçant la fin de sa carrière, le chiffre repris partout a été celui des vingt titres du Grand Chelem. C'est le moins intéressant. Ce qui a rendu ce joueur particulier tient dans un geste que le tennis contemporain a presque abandonné : le revers à une main, frappé en avançant, sur une balle montante. Cet article regarde la carrière par le style plutôt que par le palmarès.

Le contexte de l'annonce compte aussi. Federer avait 41 ans, il n'avait plus joué un match officiel depuis son quart de finale perdu à Wimbledon en juillet 2021, et il sortait de trois opérations du genou droit en dix-huit mois. La lettre le disait sans détour : le corps avait envoyé son message. La Laver Cup de Londres, une semaine plus tard, était annoncée comme sa dernière apparition sur un court du circuit.

Un revers à une main dans un tennis qui l'avait enterré

Dans les années 2000, le circuit se remplissait de joueurs formés au revers à deux mains, plus sûr, plus facile à enseigner, plus solide sur les balles hautes. Federer a gardé la main unique et en a fait autre chose qu'un handicap : un coup d'attaque, pris tôt, souvent le long de la ligne, avec une prise de risque assumée. Le prix à payer, tout le monde l'a vu pendant dix ans face à Rafael Nadal, dont le lift croisé venait chercher ce revers à hauteur d'épaule sur terre battue.

C'est d'ailleurs ce déséquilibre qui rend le tournoi de 2017 intéressant. Après six mois d'arrêt, Federer est revenu avec un revers frappé plus à plat et plus tôt, résultat d'un travail avec Ivan Ljubicic. Il a battu Nadal en finale de l'Open d'Australie, en cinq sets, après avoir perdu la plupart de leurs confrontations précédentes. À 35 ans, il avait modifié un coup qu'il jouait depuis l'âge de six ans.

Roger Federer en pleine frappe de revers lors d'un match sur gazon

De Bâle au circuit : une formation moins linéaire qu'on ne le raconte

Federer est né le 8 août 1981 à Bâle. Il a commencé au TC Old Boys, club de quartier sans rien de prestigieux, avant d'entrer au centre national suisse d'Ecublens à quatorze ans, en Suisse romande, ce qui l'a obligé à apprendre le français. L'homme qui a le plus compté dans cette période s'appelait Peter Carter, un Australien passé par le circuit sans y percer, et qui est mort dans un accident de voiture en Afrique du Sud en 2002. Federer a dit à plusieurs reprises que c'est de lui que venait sa technique.

Les débuts professionnels n'ont rien eu de foudroyant. Titre junior à Wimbledon en 1998, premier titre ATP à Milan en 2001, et surtout cette victoire en huitième de finale à Wimbledon en 2001 contre Pete Sampras, quadruple tenant du titre. Le premier Grand Chelem n'est arrivé qu'en juillet 2003, à Wimbledon, contre Mark Philippoussis. Federer avait presque 22 ans, un âge où beaucoup de générations suivantes avaient déjà gagné.

Le SABR, ou l'art de déranger un adversaire pour rien

En 2015, à Cincinnati, Federer s'est mis à monter à l'intérieur du court pour prendre le service adverse à la volée, dès la deuxième balle. La presse a baptisé le coup SABR, pour « Sneak Attack by Roger ». Techniquement, le gain de points était modeste. Le vrai effet était ailleurs : le serveur voyait son adversaire à trois mètres de la ligne de fond au moment de lancer sa balle et devait repenser un geste automatique.

Ce genre d'invention en dit long sur le joueur. À 34 ans, avec dix-sept titres majeurs en poche, il cherchait encore à modifier les habitudes de ses adversaires plutôt qu'à recopier ce qui marchait. Tous les joueurs de ce niveau ne font pas ça.

Les défaites qui restent

Une carrière se lit aussi par ses matchs perdus. La finale de Wimbledon 2008 contre Nadal, terminée à la nuit tombante après presque cinq heures de jeu, reste le match que beaucoup citent en premier. La finale de Wimbledon 2019 contre Novak Djokovic aussi : Federer y a mené deux balles de match à 8-7 dans le cinquième set, sur son service, et a perdu au jeu décisif final. Il avait alors bientôt 38 ans.

Roland-Garros a longtemps résisté. Quatre finales perdues contre Nadal, puis le titre de 2009, l'année où Robin Söderling avait sorti l'Espagnol en huitièmes. Federer a saisi l'ouverture et complété son Grand Chelem en carrière. On peut trouver l'histoire injuste pour Nadal ; elle dit surtout que ce titre-là a tenu à un concours de circonstances, et Federer ne l'a jamais caché.

Ce qu'il laisse au tennis suisse

Le palmarès collectif tient en une ligne : la Coupe Davis 2014, gagnée avec Stan Wawrinka contre la France à Lille, devant plus de 27 000 spectateurs. C'était le seul trophée majeur qui manquait au tennis suisse. Federer avait longtemps été critiqué dans son pays pour son engagement irrégulier en Coupe Davis ; il a joué la campagne 2014 presque entièrement.

Reste la question du surnom. Légende, le mot est employé pour à peu près tout le monde dans le sport. Dans ce cas précis, il tient à une chose mesurable : des joueurs nés dans les années 2000 ont choisi le revers à une main après l'avoir vu jouer, alors que toute la logique de la formation les poussait ailleurs. Une carrière qui modifie ce que les enfants copient dans un club, c'est autre chose qu'un compteur de trophées.

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