Bitcoin : toujours en baisse, que disent les spécialistes ?

Sommaire6 sections
  1. 01Une offre gravée dans le code, une demande qui fait le reste
  2. 02Le premier moteur : le prix de l'argent
  3. 03Le deuxième moteur : l'effet de levier
  4. 04Le troisième moteur : la confiance dans les intermédiaires
  5. 05Le quatrième moteur : qui achète, et pour combien de temps
  6. 06Ce qu'il faut retenir avant de lire le prochain titre alarmiste

Le cours descend pendant six mois, remonte en trois semaines, puis redescend. À chaque épisode, on trouve un spécialiste pour expliquer que c'était prévisible, et un autre pour expliquer l'inverse. Le problème vient de la question posée. Le bitcoin n'a pas de chiffre d'affaires, pas de dividende, pas de bénéfice à comparer au prix. Son offre est écrite dans le code une fois pour toutes. Tout ce qui bouge se trouve donc du côté de la demande, et cette demande obéit à quatre mécanismes qu'on peut nommer. Vous ne trouverez aucun niveau de prix ici : cet article porte sur ce qui les fabrique.

Une offre gravée dans le code, une demande qui fait le reste

Le protocole plafonne la création à 21 millions d'unités. Les nouveaux bitcoins arrivent par la récompense versée aux mineurs à chaque bloc validé, et cette récompense est divisée par deux tous les 210 000 blocs, soit à peu près tous les quatre ans. C'est ce qu'on appelle le halving. La conséquence est simple : personne ne peut décider d'émettre davantage parce que le prix monte, ni de retirer des unités du marché parce qu'il baisse.

Un marché d'actions absorbe une hausse de la demande par des augmentations de capital ; le marché des changes, par l'intervention d'une banque centrale. Ici, rien de tout cela. Un flux d'achat un peu massif se traduit directement dans le prix, un flux de vente aussi. D'où ces journées à 5 % de variation sans qu'aucune nouvelle particulière ne soit tombée.

Une pièce dorée à l'effigie du bitcoin posée à côté de billets en euros

Le premier moteur : le prix de l'argent

Quand les banques centrales remontent leurs taux directeurs, un placement sans risque se met à rapporter quelque chose. L'arbitrage devient défavorable à tous les actifs qui ne versent rien et dont on n'attend qu'une plus-value. Le bitcoin est le cas extrême de cette catégorie. C'est pour cette raison que ses grands mouvements de baisse coïncident avec des phases de resserrement monétaire, et ses phases de hausse avec des périodes de taux bas ou de détente annoncée.

L'idée d'un actif refuge déconnecté des marchés traditionnels a été mise à mal par les faits. En période de tension, le bitcoin se comporte comme une action technologique très volatile. Il monte quand les investisseurs acceptent le risque, il tombe quand ils le fuient. Sur ce point, le discours commercial du secteur et les données ne disent pas la même chose.

Le deuxième moteur : l'effet de levier

Une grande partie des volumes se traite en produits dérivés, avec un levier que certaines plateformes poussent très haut. L'acheteur immobilise une fraction de la position et emprunte le reste. Tant que le marché monte, l'effet est spectaculaire. Dès que le prix passe sous un seuil, la position est liquidée d'office, ce qui déclenche une vente, ce qui fait baisser le prix, ce qui liquide la position suivante.

D'où la forme si reconnaissable des chutes : quelques heures de glissement lent, puis une bougie verticale au milieu de la nuit. Une réaction en chaîne de comptes fermés automatiquement, sans qu'aucun avis sur la valeur du bitcoin n'ait changé entre-temps.

Le troisième moteur : la confiance dans les intermédiaires

Le protocole n'a jamais été piraté. Les intermédiaires, si. L'histoire du secteur est jalonnée de plateformes qui se sont effondrées avec les avoirs de leurs clients : Mt. Gox en 2014, FTX en novembre 2022. À chaque fois, le même enchaînement. Les utilisateurs retirent leurs fonds en urgence, les plateformes vendent pour honorer les retraits, le cours décroche, et la méfiance se propage à des acteurs qui n'avaient rien à voir avec l'affaire.

Ces épisodes ont laissé une trace réglementaire. En France, les prestataires doivent être enregistrés auprès de l'AMF, et le règlement européen MiCA impose depuis fin 2024 un agrément harmonisé dans toute l'Union. Vérifier qu'un intermédiaire figure sur la liste publiée par l'AMF prend deux minutes et écarte une bonne partie des mauvaises surprises.

Le quatrième moteur : qui achète, et pour combien de temps

La composition de la demande compte autant que son volume. Un particulier qui achète 200 euros par mois et ne regarde pas son application ne vend pas dans la panique. Un fonds qui doit justifier ses positions chaque trimestre, lui, vend. L'arrivée d'acteurs institutionnels a donné de la profondeur au marché ; elle a aussi importé leurs contraintes de gestion.

Ce qu'il faut retenir avant de lire le prochain titre alarmiste

Un article qui annonce une baisse et cite « les spécialistes » décrit un état du marché à une date. Trois mois plus tard il est faux, dans un sens ou dans l'autre. Les quatre mécanismes ci-dessus, eux, tiennent : offre rigide, sensibilité aux taux, levier qui amplifie, dépendance à la solidité des intermédiaires.

La règle de prudence tient en une ligne : n'engagez que ce que vous pouvez laisser dormir trois ans sans y toucher. Le reste, les analyses de cours à court terme comprises, relève du commentaire sportif.

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