Grève en France: les travailleurs unis contre la réforme des retraites !
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Le 7 mars 2023 a été la journée la plus suivie des quatorze mobilisations contre la réforme des retraites. Sur ce point tout le monde s'accorde, y compris le ministère de l'Intérieur. Là où la confusion s'installe, c'est sur le contenu du texte contesté : beaucoup de commentaires de l'époque décrivaient encore la fusion des 42 régimes en un système universel par points. Ce projet-là est mort en 2020, enterré par le covid. Celui de 2023 est différent, plus court, et c'est justement sa brutalité arithmétique qui a mis autant de monde dans la rue.
Ce que contenait vraiment le texte de 2023
La réforme portée par Élisabeth Borne tenait sur quelques mesures. L'âge légal de départ passait progressivement de 62 à 64 ans, à raison d'un trimestre par génération à partir de celle née en septembre 1961. La durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein était portée à 43 annuités dès 2027, au lieu de 2035 dans le calendrier précédent. Les régimes spéciaux de la RATP, des industries électriques et gazières ou de la Banque de France étaient fermés aux nouveaux embauchés, sans toucher aux droits des agents déjà en poste.
Le gouvernement défendait un besoin de financement du système, chiffré par le Conseil d'orientation des retraites à quelques milliards d'euros par an à l'horizon 2030. Les syndicats répondaient que ce déficit était modeste au regard des 340 milliards d'euros de prestations versées chaque année, et qu'il existait d'autres leviers que l'âge.
Sur l'estuaire, une mobilisation avec des points d'appui
À Saint-Nazaire, le cortège a traversé le centre-ville comme lors des journées précédentes. La ville a une particularité qui change la nature d'une grève : elle concentre à quelques kilomètres les Chantiers de l'Atlantique, Airbus, et la raffinerie de Donges, trois sites où l'arrêt du travail se voit immédiatement, bien au-delà du nombre de participants au défilé.
La raffinerie de Donges a été l'un des points sensibles de mars 2023, comme les six autres raffineries françaises. Le blocage des expéditions n'arrête pas la production du jour au lendemain, mais il vide les dépôts en quelques jours, et c'est ce qui remonte le plus vite dans les stations-service de Loire-Atlantique. Pour un habitant de Pornichet ou de La Baule, la réforme des retraites s'est d'abord traduite par une file d'attente au distributeur de carburant et par des cars scolaires supprimés.
Une intersyndicale qui a tenu, un texte qui est passé quand même
Le fait marquant du printemps 2023 n'est pas le nombre de manifestants, c'est l'unité syndicale. CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU ont signé les mêmes communiqués pendant des mois, ce qui n'était pas arrivé depuis 2010. Laurent Berger et Philippe Martinez, que peu de choses rapprochent, ont défilé côte à côte.
Cette unité n'a pas empêché l'adoption du texte. Le gouvernement a engagé sa responsabilité au titre de l'article 49 alinéa 3 le 16 mars, la motion de censure transpartisane a échoué à neuf voix près le 20 mars, et la loi a été promulguée le 14 avril après validation partielle par le Conseil constitutionnel.
Ce que le 7 mars a montré, c'est la capacité d'un mouvement syndical qu'on disait affaibli à faire descendre dans la rue plus d'un million de personnes un mardi ordinaire, dans un pays où le taux de syndicalisation tourne autour de 10 %. Ce qu'il n'a pas montré, c'est un chemin pour faire reculer un gouvernement décidé à passer en force. Les deux constats vont ensemble, et c'est ce qui rend cette séquence difficile à ranger dans la case victoire ou dans la case défaite.
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