Guide de la récupération de l'eau de pluie
Sommaire8 sections
- 01Ce que votre toit reçoit, en litres
- 02Pourquoi une cuve de 300 litres se vide en trois arrosages
- 03Ce que la réglementation française autorise
- 04Le circuit, poste par poste
- 05L'arrosage, l'usage qui rembourse le plus vite
- 06Eaux grises : un autre chantier
- 07Boire l'eau de son toit : la marche est haute
- 08Les questions qui reviennent le plus souvent
Un toit de 100 mètres carrés reçoit, sur la côte de Loire-Atlantique, de quoi remplir une piscine familiale chaque année. La question n'est donc pas de savoir s'il y a de l'eau à prendre au-dessus de votre tête : il y en a. Ce qui se joue, c'est la part que vous arriverez à garder, et le prix auquel le litre stocké vous revient une fois la cuve payée. Ce guide prend le sujet par le calcul plutôt que par les bonnes intentions.
Ce que votre toit reçoit, en litres
La formule qui circule sur les sites anglophones parle de pieds carrés, de pouces de pluie et d'un facteur de conversion à 0,62. Elle ne sert à rien ici. En métrique, tout se simplifie : on mesure la surface au sol que couvre la toiture (pas la surface réelle des pentes, la projection suffit), on multiplie par les millimètres tombés, et on retranche à peu près un cinquième. Ce cinquième part en évaporation sur les tuiles chaudes, reste dans les gouttières, ou file avec les premières eaux qui lavent le toit.
Météo-France publie les cumuls station par station. Sur la Côte d'Amour, on tourne autour de 750 à 800 mm par an, mais le total annuel ment. L'automne et l'hiver apportent les trois quarts du total. Juillet et août peuvent passer sous les 30 mm, exactement au moment où le jardin réclame. Toute la difficulté du dimensionnement tient dans ce décalage : vous devez stocker en février ce que vous consommerez en août.
Pourquoi une cuve de 300 litres se vide en trois arrosages
Un potager de 50 m2 en pleine chaleur boit entre 150 et 250 litres par passage. Faites le compte : le bidon vert du magasin de bricolage, celui qu'on pose au bas de la descente de gouttière, tient deux jours. Le reste du temps il déborde, parce qu'un orage de 15 mm sur une toiture de 60 m2 envoie 700 litres d'un coup dans un contenant qui en accepte 300.
Sur le coût, soyons francs. Une cuve aérienne de 1 000 litres se trouve autour de 150 à 300 euros, posée par vos soins en une après-midi. Une citerne béton de 5 000 litres enterrée, avec terrassement, pompe et raccordement, dépasse rapidement 4 000 euros. Si c'est pour arroser six pieds de tomates, le calcul ne tient pas, et personne ne vous le dira au moment du devis. Si c'est pour alimenter les toilettes d'une maison de quatre personnes, il tient très bien, parce que la chasse d'eau représente près du tiers de la consommation domestique et qu'elle tourne toute l'année.
Ce que la réglementation française autorise
C'est l'arrêté du 21 août 2008 qui fixe les règles, et il est plus permissif qu'on ne le croit à l'extérieur, plus strict qu'on ne l'espère à l'intérieur. Dehors, vous faites ce que vous voulez de l'eau de votre toit : arrosage, lavage, remplissage d'un bassin. Aucune formalité.
À l'intérieur, la liste est fermée. Sont admis l'alimentation des toilettes, le lavage des sols, et le lave-linge sous réserve d'un traitement adapté. Tout le reste est interdit : boisson, cuisine, douche, vaisselle. L'eau doit venir d'une toiture non accessible, hors amiante-ciment et hors plomb. Le réseau intérieur doit être entièrement séparé de celui de la ville, sans la moindre connexion, et chaque robinet concerné porte une plaque eau non potable. Dès que vous alimentez un usage intérieur, une déclaration en mairie devient obligatoire, parce que cette eau finit dans le réseau d'assainissement collectif et que la commune la facture.
Le circuit, poste par poste
Le système le plus court tient en trois éléments : une surface qui reçoit, une descente qui conduit, un volume qui garde. Entre les deux derniers, on gagne beaucoup à intercaler deux petites pièces que les kits d'entrée de gamme n'incluent pas. Une crapaudine sur la gouttière arrête les feuilles et les nids d'oiseaux. Un séparateur de premières eaux écarte les cinq à dix premiers litres de chaque pluie, ceux qui emportent la poussière, les fientes et le sel déposé par les embruns. Sur le littoral, ce second point compte plus qu'ailleurs.
La cuve elle-même doit être opaque. Une citerne translucide posée au soleil devient verte en trois semaines : la lumière fait le reste. Prévoyez aussi un trop-plein raccordé à l'évacuation, sinon le débordement finit contre le mur de la maison, et un couvercle verrouillé si des enfants passent dans le jardin.
L'arrosage, l'usage qui rembourse le plus vite
Sur la presqu'île, l'eau du robinet est calcaire. Les hortensias, les camélias et les rhododendrons, qui font la moitié des jardins entre Pornichet et Guérande, la supportent mal : les feuilles jaunissent entre les nervures, c'est de la chlorose. L'eau de pluie, elle, est douce et légèrement acide. Le gain ne se lit pas seulement sur la facture, il se voit sur la plante.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. La Loire-Atlantique a connu plusieurs étés sous arrêté préfectoral, avec interdiction d'arroser les pelouses en journée. Un arrêté de ce type vise l'usage de l'eau potable du réseau. L'eau tombée sur votre toit et gardée dans votre cuve n'entre pas dans ce cadre. Vérifiez malgré tout le texte de l'année en cours : certains préfets étendent les restrictions quand la crise s'aggrave.
Eaux grises : un autre chantier
On confond souvent les deux sujets. Les eaux grises sont les eaux usées de la maison qui ne viennent pas des toilettes : douche, lavabo, machine à laver. Elles contiennent du savon, des cheveux, des graisses, mais peu d'agents pathogènes, ce qui les rend plus faciles à traiter que les eaux vannes. Leur recyclage relève d'une autre réglementation, beaucoup plus contraignante en habitat individuel, et demande une filière de traitement complète. Les deux systèmes peuvent cohabiter dans une maison neuve, ils ne se remplacent pas.
Boire l'eau de son toit : la marche est haute
C'est techniquement faisable et administrativement bloqué en France pour un logement raccordé au réseau public. La chaîne complète demande une toiture inerte, une décantation, une filtration à sédiments, un charbon actif, une désinfection par ultraviolets ou par chloration, un contrôle bactériologique régulier et une autorisation préfectorale. Le coût d'installation dépasse celui d'un raccordement classique, pour une eau surveillée moins souvent. En zone isolée sans réseau, la question se pose autrement. Sur la côte nazairienne, elle ne se pose pas.
Les questions qui reviennent le plus souvent
Quelle taille de cuve ? Regardez d'abord votre usage, pas votre toit. Pour l'arrosage seul d'un jardin de 300 m2, 1 000 à 2 000 litres suffisent. Pour alimenter les toilettes en plus, comptez 3 000 à 5 000 litres, sinon vous basculerez sur le réseau dès la troisième semaine sans pluie.
L'eau se garde combien de temps ? Indéfiniment si la cuve est fermée, opaque et fraîche. Elle se dégrade en quelques jours dans un seau ouvert au soleil. Les moustiques, eux, pondent dans tout ce qui reste ouvert : une moustiquaire fine sur le trop-plein règle la question.
Y a-t-il des inconvénients ? Deux, honnêtement. L'entretien d'abord : filtres à nettoyer deux fois par an, cuve à vidanger tous les trois ou quatre ans. Le gel ensuite, qui fend une cuve aérienne pleine. On la vide aux trois quarts avant l'hiver, ou on la choisit enterrée.
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