Les proverbes populaires sur l'amour
Sommaire4 sections
Prenez deux proverbes sur l'amour au hasard et il y a de bonnes chances qu'ils se contredisent. « Loin des yeux, loin du cœur » d'un côté, « l'absence est à l'amour ce que le vent est au feu » de l'autre. Les deux circulent depuis des siècles, les deux sonnent juste, et ils disent l'inverse. C'est le point de départ de cet article : la sagesse populaire sur l'amour ne forme pas un système cohérent, elle forme un stock de formules dans lequel chacun pioche celle qui arrange sa situation. Une fois qu'on a vu ça, on les lit autrement, et on les cite mieux.
Pourquoi les proverbes amoureux se contredisent
Un proverbe n'a pas d'auteur. Il s'est fixé parce qu'il servait, dans une situation précise, à trancher une discussion ou à consoler quelqu'un. On dit « qui aime bien châtie bien » à un père qui doute d'avoir été trop dur, et « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » à un ami qui ne s'explique pas son propre choix. Deux situations, deux outils. Les recueils de citations d'amour alignent tout cela côte à côte, ce qui donne l'impression d'un désordre, alors que chaque formule avait sa fonction.
Les formules qui reviennent le plus
Quelques-unes tiennent le haut du pavé depuis des générations, souvent citées de travers d'ailleurs. Voici les plus courantes, dans leur forme habituelle :
- « Loin des yeux, loin du cœur. »
- « Qui aime bien, châtie bien. »
- « Amour ne rime pas toujours avec toujours. »
- « En amour, le silence vaut mieux que les paroles. »
- « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal)
La dernière n'est d'ailleurs pas un proverbe : elle vient des Pensées de Pascal, et sa fortune populaire a fini par lui faire perdre son auteur. C'est un phénomène fréquent. D'autres proverbes célèbres sur l’amour ont suivi le chemin inverse, d'un dicton paysan vers une citation attribuée à tel ou tel écrivain.
Du côté des écrivains, même désaccord
Les auteurs qui ont écrit sur l'amour ne s'accordent pas davantage. Saint-Exupéry en fait une affaire de direction commune : « Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. » Jeremy Taylor le ramène à quelque chose de plus calme, « l'amour est une amitié enflammée ». Cocteau, lui, préfère la grammaire à la déclaration : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n'est jamais simple, son présent n'est qu'indicatif, et son futur est toujours conditionnel. »
Trois définitions, trois angles, et aucune ne rend les autres fausses. C'est probablement ce qui explique que le sujet ne s'épuise jamais.
Ce qu'on garde de tout ça
Ces phrases n'apprennent rien sur l'amour en général. Elles apprennent en revanche beaucoup sur les gens qui les ont répétées : ce qu'ils redoutaient, l'absence, la trahison, l'usure du temps, et ce qu'ils espéraient. Lues dans cet esprit, y compris celles qui se contredisent, elles deviennent moins des règles que des témoignages, et c'est bien plus intéressant.
Résumer cet article avec :
Partager :