Un recueil des citations les plus inspirantes et captivantes

Les dictionnaires de citations proverbes et dictons
Sommaire6 sections
  1. 01La phrase qui n'a pas d'auteur
  2. 02Ce que le contexte change
  3. 03Proverbes et dictons : une autre logique
  4. 04S'en servir sans écraser son propre texte
  5. 05Un outil de lecture, pas seulement de rédaction
  6. 06Ce que ces recueils font à la langue

Voltaire n'a jamais écrit la phrase qu'on lui attribue à chaque débat sur la liberté d'expression. « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous ayez le droit de le dire » sort d'un livre d'Evelyn Beatrice Hall, publié en 1906, plus d'un siècle après la mort de Voltaire. Elle résumait sa pensée, elle ne le citait pas. C'est pour ce genre de mésaventure qu'on ouvre un recueil de citations : d'abord pour vérifier, ensuite seulement pour trouver.

La phrase qui n'a pas d'auteur

Le mécanisme est toujours le même. Une formule frappante cherche un parrain prestigieux, et elle le trouve. Personne ne remonte à la source, parce que la phrase sonne juste et que ça suffit. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » ne figure dans aucun texte de Gandhi. Einstein n'a jamais défini la folie comme le fait de refaire la même chose en espérant un résultat différent : la formule apparaît dans des brochures des Alcooliques anonymes bien après sa mort.

Un dictionnaire ne règle pas tout, mais il oblige à ralentir. Les dictionnaires de citations classent les phrases par auteur, par thème et par ouvrage, ce qui rend visible l'absence de référence. Quand une citation apparaît sans titre d'œuvre, il y a une raison, et elle est rarement bonne.

Ce que le contexte change

La deuxième raison d'ouvrir un recueil est moins évidente : la phrase juste peut être authentique et quand même trahie. Une réplique de théâtre est prononcée par un personnage, pas par l'auteur. Une maxime de La Rochefoucauld est écrite dans un système, celui de l'amour-propre qui explique tout, et perd la moitié de son mordant quand on la sort du paquet. Pascal écrit « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » au milieu d'un raisonnement sur la foi, pas pour excuser une rupture.

Un bon recueil donne le voisinage de la phrase. C'est ce qui distingue un dictionnaire d'une liste d'images sur un réseau social. On y lit la maxime, puis les deux qui l'entourent, et on comprend souvent qu'on s'apprêtait à lui faire dire l'inverse.

Proverbes et dictons : une autre logique

Les proverbes fonctionnent à l'envers des citations. Personne ne les signe. Ils viennent de l'usage, se transmettent à l'oral, et leur forme s'est polie à force d'être répétée : rythme court, souvent deux membres, une rime ou une assonance qui aide à s'en souvenir. « Qui vole un œuf vole un bœuf » tient debout parce qu'il rime, pas parce qu'il est vrai.

Les dictons, eux, ont longtemps servi de calendrier agricole. « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » désigne la fin novembre comme bonne période de plantation, et n'importe quel pépiniériste le confirme. D'autres relèvent de la météo populaire et se trompent une fois sur deux. Un recueil permet au moins de trier ceux qui reposent sur une observation.

S'en servir sans écraser son propre texte

Le vrai piège de la citation n'est pas l'erreur d'attribution, c'est l'usage décoratif. Un discours de mariage qui s'ouvre sur Saint-Exupéry, une copie de terminale qui commence par « comme le disait si bien Nietzsche », un rapport d'entreprise qui place Sun Tzu en exergue : dans les trois cas, la phrase empruntée sert à ne pas prendre position.

Une citation travaille quand elle contredit, ou quand elle apporte une formulation qu'on n'atteindrait pas soi-même. Placée au milieu d'un raisonnement, elle sert d'appui. Placée en ouverture, elle sert de vitrine. Mon avis est net : une par page suffit, et il vaut mieux la commenter que l'admirer.

Un outil de lecture, pas seulement de rédaction

Il reste un usage dont on parle peu : le recueil comme porte d'entrée dans une œuvre qu'on n'a pas lue. On tombe sur trois phrases d'un auteur, on les trouve bien tournées, on va chercher le livre. Ça marche pour les moralistes et les aphoristes, dont les textes se lisent par fragments : La Bruyère, Chamfort, Cioran, Jules Renard et son journal. Ça marche beaucoup moins bien pour les romanciers, parce qu'extraire une phrase de Proust revient à retirer une pierre d'une voûte.

Ce que ces recueils font à la langue

Un dictionnaire de citations est aussi une coupe transversale dans l'état du français à différentes époques. On y voit le subjonctif imparfait vivant chez les auteurs du dix-septième siècle, la phrase longue de Bossuet, la phrase sèche des moralistes, puis l'oralité qui entre dans le roman au vingtième siècle. Lire cent citations à la suite fait entendre ces écarts mieux qu'un cours de grammaire.

Pour qui écrit, l'exercice a un rendement immédiat. On repère des constructions qu'on n'utilise jamais, des inversions, des rythmes. C'est une des raisons pour lesquelles ces recueils restent utiles à quiconque veut travailler sa langue française sans passer par un manuel : la matière est courte, variée, et chaque phrase est un modèle achevé.

Reste la question de la confiance. Beaucoup de sites recopient les mêmes listes sans jamais remonter aux textes. Le critère est simple : un recueil qui indique ses sources accepte d'être contredit, un recueil qui n'en indique aucune vous demande de le croire sur parole. Pour une phrase qu'on va porter en public, la différence compte.

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