L'Histoire du Branding Astral
Sommaire5 sections
L'histoire du branding astral tient en une trentaine d'années, pas en quatre mille. C'est le premier point à poser, parce que la plupart des présentations de la discipline commencent par les Babyloniens et les Grecs, ce qui donne une profondeur historique flatteuse mais fausse. Utiliser des signes du zodiaque pour vendre quelque chose est une pratique de presse populaire née dans les années 1930, industrialisée par le marketing de segmentation, puis relookée par les applications de smartphone après 2017. Voilà la vraie ligne du temps.
1930 : le zodiaque entre dans le journal du dimanche
La date de départ est assez précise. En août 1930, le Sunday Express confie à R. H. Naylor une colonne astrologique à l'occasion de la naissance de la princesse Margaret. Le succès est immédiat, les autres titres suivent, et l'horoscope quotidien devient une rubrique de presse comme la météo ou les mots croisés. Ce qui compte pour notre sujet, c'est le modèle économique : la colonne n'existe pas pour dire l'avenir, elle existe parce qu'elle fait revenir le lecteur tous les jours. Le premier usage commercial de l'astrologie est un outil de fidélisation, et il l'est resté.
Les symboles célestes sur les produits, avant le marketing
Bien avant la presse, des artisans gravaient des soleils, des lunes et des constellations sur leurs enseignes et leurs marchandises. On retrouve ces motifs sur des faïences, des montres, des cartes à jouer. Il serait tentant d'y voir l'ancêtre du branding astral. La ressemblance s'arrête à l'image : personne, à l'époque, ne construisait un discours de marque autour du thème natal d'un client. Le motif céleste servait d'ornement et parfois de protection supposée, pas de segment de clientèle.
Ce que la segmentation par signe a réellement produit
Dans les années 1970 et 1980, les études de marché cherchent des variables au-delà de l'âge et du revenu. Le signe astrologique se glisse dans les questionnaires, à côté du groupe sanguin dans certains pays. Les résultats n'ont jamais montré de corrélation stable entre signe et comportement d'achat, et la variable a été abandonnée par les instituts sérieux. Ce qui a survécu, c'est l'usage éditorial : décliner une collection en douze variantes donne douze prétextes à publier, douze objets à collectionner et douze déclencheurs d'achat étalés sur l'année.
Ce que les applications ont changé après 2017
Co-Star sort en 2017, suivi par une poignée de concurrents. Le tournant n'est pas dans le contenu, qui reste de l'horoscope, mais dans la forme : typographie sèche, fond noir, notifications courtes et brutales, illustrations gravées XIXe siècle. Cette direction artistique a été copiée à peu près partout, dans la cosmétique, la papeterie, les boissons et la mode. Quand une marque française parle aujourd'hui de branding astral, elle emprunte le plus souvent ce vocabulaire visuel-là, pas une tradition ésotérique.
La génération qui a adopté ces applications entretient d'ailleurs un rapport ambigu à l'astrologie. Beaucoup d'utilisateurs disent n'y croire qu'à moitié et s'en servent comme d'un langage pour parler de soi. Une marque qui ignore cette distance et prend le zodiaque au premier degré sonne faux.
Ce qu'on peut en faire sans se mentir
Reste la question pratique : est-ce que ça sert à quelque chose pour une marque ? Oui, à condition de savoir ce qu'on achète. On achète un système de douze catégories familier de tout le monde, chargé d'imaginaire, gratuit de droits, qui donne un calendrier éditorial tout fait et des déclinaisons produit évidentes. Comme dispositif narratif, ça fonctionne très bien. Comme outil d'analyse de clientèle, ça ne vaut rien, et les instituts l'ont vérifié il y a quarante ans.
La limite que personne n'aime rappeler
Une marque construite entièrement sur le zodiaque a une durée de vie courte, parce qu'elle dépend d'un cycle de mode. Les marques qui tiennent utilisent le registre astral comme une couche, sur une identité qui existerait sans lui. Si vous retirez les symboles et qu'il ne reste rien, le problème n'est pas l'astrologie, c'est qu'il n'y avait pas de marque au départ.
Dernier mot sur le vocabulaire : parler d'authenticité à propos d'un procédé décoratif, comme le font beaucoup d'agences du secteur, brouille la discussion. Assumer le côté ludique serait plus honnête, et plus vendeur auprès d'un public qui n'est pas dupe.
À lire sur Astro Branding
Résumer cet article avec :
Partager :