Saku Monsters : Le nouveau jeu play to earn sur mobile
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Le 11 février 2024, l'application qui occupait les fils Telegram crypto francophones tenait dans un seul geste : taper sur un oeuf dessiné à l'écran, le plus vite possible après la notification. Saku Monsters n'était disponible que sur iOS, ne proposait aucun jeton échangeable, et promettait un airdrop dont personne ne connaissait ni la date ni le montant. Voilà le décor exact au moment où cet article a été écrit, et il vaut mieux le poser franchement avant de parler de « play to earn ».
Un jeu de réflexe déguisé en jeu de collection
La comparaison avec Pokemon revenait dans presque tous les messages de joueurs, et elle était trompeuse. Dans Pokemon, on capture, on fait évoluer, on échange. Dans Saku Monsters, à ce stade de développement, on appuyait sur un bouton. Les monstres annoncés, ceux qui devaient sortir des oeufs et devenir revendables un jour, n'existaient pas encore dans l'application. Les développeurs parlaient d'une mise à jour, sans calendrier public.
Le classement, lui, fonctionnait. Il récompensait une seule qualité : être disponible. Quelqu'un qui garde son téléphone à portée de main toute la journée accumulait mécaniquement plus de points qu'un joueur qui travaille sans son écran sous les yeux. On peut appeler ça de la compétition, moi j'appelle ça une prime à la disponibilité permanente.
Comment on s'inscrivait, et ce que ça coûtait vraiment
L'installation passait par l'App Store américain : rendez-vous sur la fiche de l'application et téléchargez "Saku Monsters". Deux informations demandées, un pseudonyme et un numéro de mobile. Le numéro de téléphone, c'est le vrai prix d'entrée. Une application gratuite qui réclame un numéro vérifié construit une base de contacts, et cette base a une valeur marchande indépendante du sort du jeu.
Le système de parrainage ajoutait une couche : le code AYYMV2 circulait dans l'article d'origine et rapportait aux deux parties. Ce mécanisme fait grossir la base d'utilisateurs vite, ce qui aide ensuite à raconter une histoire de croissance à d'éventuels investisseurs. C'est un ressort classique, pas un scandale, mais autant le nommer.
Ce qui remontait des joueurs
Les retours recueillis à l'époque disaient tous la même chose, avec des mots différents : un Pokemon-like en cours de développement, où l'on cumule des jetons en étant réactif, avec des monstres à collectionner et une revente en cryptomonnaies annoncée pour plus tard. La partie au futur occupait plus de place que la partie au présent. C'est le signe habituel d'un produit sorti très tôt, ce que l'équipe assumait d'ailleurs : le projet avait moins de quarante-huit heures d'existence publique quand la vague de commentaires est partie.
Le site spécialisé mescryptonnaies avait publié la première présentation détaillée en français, et c'est de là qu'est venue la plus grosse partie de la traction hexagonale. Une couverture, un relais Telegram, et le mécanisme de parrainage : voilà toute la campagne de lancement.
Play to earn : le mot était juste à moitié
« Play » oui. « Earn », non, pas en février 2024. L'application affichait un solde de Saku Coins que rien ne permettait de dépenser, de retirer ou d'échanger. Le contrat suivi sur les explorateurs de blockchain montrait la situation telle quelle : les rumeurs évoquaient un airdrop pour les joueurs les plus assidus, bien qu'aucun jeton ne soit encore en circulation. Autrement dit, les points accumulés étaient une créance sur une promesse, pas un actif.
Ça n'a rien d'exceptionnel dans ce secteur. Beaucoup de projets font tourner une phase de collecte de points avant de décider s'ils émettent un jeton, et selon quel barème. Le joueur qui tape sur son oeuf trente fois par jour pendant six semaines accepte de travailler gratuitement pour un barème qui sera fixé après coup, par l'équipe, sans engagement écrit. Sur ce point, le calcul ne tient pas.
Fallait-il essayer ?
Pour qui aime suivre des projets à leur naissance et accepte de perdre son temps, c'était gratuit et sans engagement financier. Pour tous les autres, l'intérêt tenait en une phrase : un jeu de réflexe sans jeu, adossé à une promesse non datée. Si vous aviez installé l'application, l'attitude raisonnable était de couper les notifications au bout de quelques jours et de laisser tomber si rien de concret n'arrivait. Un jeu qui vous réveille pour taper sur un oeuf ne vous doit rien en retour.
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