Comment est-ce que la blockchain assure la fiabilité des BTC ?
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On demande si le Bitcoin est fiable, on s’entend répondre « la blockchain », et la discussion s’arrête là. La réponse mérite mieux que ce mot. La solidité du BTC s’achète : elle se paie tous les jours, en électricité et en bitcoins neufs, par des milliers de machines qui ne se font aucune confiance entre elles. C’est par le coût qu’on comprend le mieux pourquoi un registre sans banque ni notaire tient debout depuis janvier 2009. Le jour où ce budget s’effondre, la garantie s’effondre avec.
Un registre que n’importe qui peut recopier chez lui
Une blockchain est une base de données dupliquée. Pas une base hébergée quelque part, avec un administrateur qui donne les droits, mais le même fichier recopié sur des milliers d’ordinateurs répartis dans le monde, chacun tenant la liste complète des échanges depuis le premier jour. Personne ne détient l’original, puisque tout le monde en a une copie et que ces copies se comparent en permanence.
Sur ce point, la distinction entre chaîne publique et chaîne privée compte moins qu’on ne le dit. Une chaîne privée réserve la lecture et l’écriture à des participants invités par son gestionnaire, et elle réintroduit donc quelqu’un qui décide. Le Bitcoin fonctionne à l’opposé : n’importe qui télécharge le logiciel, récupère la chaîne entière et vérifie lui-même, sans demander la permission à personne.
La récompense de bloc, le vrai budget de la sécurité
Les mineurs ne valident pas les transactions par civisme. Ils font tourner des machines qui cherchent, par force brute, un résultat de calcul commençant par un certain nombre de zéros. Celui qui trouve avant les autres publie son bloc, encaisse une récompense en bitcoins créés pour l’occasion, plus les frais payés par les transactions qu’il a embarquées. Cette récompense, c’est le salaire de la sécurité du réseau.
Elle diminue de moitié tous les 210 000 blocs, soit environ tous les quatre ans. De 50 BTC par bloc en 2009, elle est passée à 25 en 2012, 12,5 en 2016, 6,25 en 2020, puis 3,125 en avril 2024. Le protocole s’arrête à 21 millions d’unités, un plafond qu’on atteindra vers 2140. Après quoi les mineurs vivront uniquement des frais de transaction, et personne ne sait aujourd’hui si ça suffira.
Pourquoi personne ne réécrit l’historique
Chaque bloc contient l’empreinte du bloc précédent. Toucher à une transaction vieille de six mois oblige à recalculer tous les blocs qui la suivent, et à le faire plus vite que l’ensemble du réseau qui continue d’avancer. En pratique, il faudrait rassembler plus de la moitié de la puissance de calcul mondiale dédiée au Bitcoin.
L’argument technique est connu. L’argument économique me paraît plus solide. Quelqu’un qui réunirait ce parc de machines aurait dépensé des centaines de millions d’euros, et le seul usage qu’il en ferait, annuler ses propres paiements, se verrait en quelques minutes sur tous les écrans de la planète. Le cours s’écroulerait, et avec lui la valeur de ce qu’il vient de voler. L’attaque est possible sur le papier, elle est absurde au portefeuille.
Vérifier soi-même en trois minutes
La transparence n’a d’intérêt que si on s’en sert. Un explorateur de blocs affiche la chaîne dans un navigateur : on y colle un identifiant de transaction, une adresse ou un numéro de bloc, et on voit le montant, l’horodatage, les frais payés et le nombre de confirmations accumulées. Aucun compte à créer, aucune autorisation à demander.
L’usage veut qu’on attende six confirmations, soit à peu près une heure, avant de considérer un paiement comme acquis. Pour un café, c’est excessif. Pour la vente d’une voiture, c’est le minimum, parce qu’un bloc isolé peut encore être supplanté par une branche concurrente pendant quelques minutes.
Fiable ne veut pas dire stable
Il faut séparer deux questions qu’on mélange sans arrêt. Le registre est fiable au sens où l’ordre des écritures ne se trafique pas. Le cours du BTC, lui, a perdu près des trois quarts de sa valeur entre novembre 2021 et novembre 2022, avant de repartir. La technique dit qui possède quoi, elle ne dit rien de ce que ça vaudra le mois prochain. Confondre les deux fiabilités mène à des désillusions coûteuses.
Le même mécanisme sert d’ailleurs ailleurs que dans la monnaie. Des industriels s’en servent comme registre d’entrées et de sorties, dans le médicament ou l’agroalimentaire, quand plusieurs entreprises concurrentes doivent partager un historique sans qu’aucune ne tienne le stylo. C’est un usage moins spectaculaire, et probablement plus durable.
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