Se protéger de l'inflation avec le Bitcoin (BTC)

Sommaire5 sections
  1. 01Ce que l’épisode 2022 a montré
  2. 02Le bitcoin s’est comporté en actif de risque, pas en refuge
  3. 03Ce qui reste solide : la rareté est programmée, elle
  4. 04Là où l’argument tient debout
  5. 05Si l’on veut quand même en détenir

La thèse du bitcoin comme protection contre l’inflation a eu droit à son test grandeur nature, et il s’est déroulé sous nos yeux entre 2021 et 2022. Pour la première fois depuis la création du réseau en 2009, les pays occidentaux ont connu une vraie poussée inflationniste. Si l’argument tenait, c’était le moment de le vérifier. Il n’a pas tenu : au moment où les prix montaient le plus vite en Europe depuis quarante ans, le bitcoin perdait environ deux tiers de sa valeur. Cet article part de ce constat, regarde pourquoi la corrélation a joué à l’envers, et examine ce qui reste défendable dans l’argument de la rareté une fois qu’on a retiré l’habillage.

Ce que l’épisode 2022 a montré

Le bitcoin a touché son plus haut, autour de 69 000 dollars, le 10 novembre 2021. Il terminait l’année 2022 sous les 17 000 dollars. Sur la même période, l’inflation en France s’établissait à 5,2 % en moyenne annuelle selon l’Insee, et à 8,4 % sur la zone euro. Un épargnant qui aurait suivi le conseil de se couvrir en achetant du bitcoin fin 2021 aurait perdu, en un an, l’équivalent de plus de dix ans d’érosion monétaire.

Cette contre-performance n’a rien d’un accident de parcours. Elle s’explique par un mécanisme identifiable, et c’est ce mécanisme qui pose problème à la thèse, pas la baisse elle-même.

Le bitcoin s’est comporté en actif de risque, pas en refuge

Pour lutter contre l’inflation, la Réserve fédérale américaine a relevé ses taux directeurs à un rythme qu’on n’avait pas vu depuis les années 1980. Quand l’argent coûte cher, les investisseurs quittent les actifs qui ne versent rien et dont la valorisation repose sur des promesses lointaines. Les valeurs technologiques ont plongé. Le bitcoin a plongé avec elles, et sa corrélation avec le Nasdaq a atteint sur 2022 des niveaux jamais observés auparavant.

Pièces dorées à l’effigie du bitcoin tenues devant un écran de cotation

Autrement dit, le bitcoin ne réagit pas à l’inflation, il réagit aux taux d’intérêt réels. Les deux vont ensemble dans le monde réel : l’inflation monte, les banques centrales serrent, les actifs risqués baissent. Un instrument qui baisse quand l’inflation accélère ne peut pas servir de couverture contre l’inflation. Sur ce point, le calcul ne tient pas, et il vaut mieux le dire clairement que de renvoyer les investisseurs à un horizon de dix ans dès qu’on leur montre le graphique.

Ce qui reste solide : la rareté est programmée, elle

L’argument de fond n’est pas faux, il est simplement mal formulé. Le protocole plafonne l’émission à 21 millions d’unités, et ce plafond est écrit dans le code que font tourner des dizaines de milliers de nœuds. Aucune autorité ne peut décider d’en créer davantage sans l’accord de l’ensemble du réseau, ce qui n’est jamais arrivé. La comparaison avec une banque centrale, qui peut élargir son bilan par décision d’un comité, est légitime sur ce plan.

La distribution de ces unités suit un calendrier fixe. Tous les 210 000 blocs, environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Le rythme de création de nouveaux bitcoins baisse mécaniquement, et il continuera de baisser jusqu’au dernier, attendu vers 2140.

Là où l’argument tient debout

Il existe des endroits où la thèse fonctionne, et ce ne sont pas ceux où on la vend le plus. En Turquie, l’inflation officielle dépassait 85 % à l’automne 2022. En Argentine, elle approchait les 95 % sur l’année. Au Liban, la monnaie a perdu presque toute sa valeur en quelques années, avec des dépôts bancaires bloqués par les banques elles-mêmes.

Dans ces contextes, l’intérêt n’est pas de battre l’inflation à la performance. Il est de sortir un patrimoine du système bancaire local sans passer par une frontière et sans autorisation. Un actif portable, mémorisable sous forme de douze mots, qui traverse un contrôle des changes, répond à un besoin que 5 % d’inflation en France ne crée pas. Confondre les deux situations est le principal glissement de raisonnement dans ce débat.

Si l’on veut quand même en détenir

Détenir du bitcoin peut se défendre comme un pari asymétrique sur l’adoption d’un réseau, à condition de l’appeler par son nom. Trois règles limitent la casse. Ne mettre qu’une part du patrimoine qu’on accepte de voir divisée par trois sans changer ses projets. Acheter progressivement, par montants réguliers, plutôt qu’en une fois sur un cours qui semble bas. Sortir les avoirs des plateformes vers un portefeuille dont on détient les clés, les faillites de 2022 ayant montré ce que valait la promesse de garde d’un intermédiaire.

Côté fiscal, la plus-value est imposée à 30 % au moment de la sortie vers l’euro, et le sursis d’imposition entre crypto-monnaies ne repousse la note que jusqu’à cette sortie.

Le bitcoin restera peut-être une réserve de valeur sur vingt ans, personne n’en sait rien aujourd’hui. Mais l’épisode qui vient de se dérouler mérite d’être regardé en face plutôt que rangé de côté : on lui a posé une question précise, il a donné une réponse claire, et cette réponse était non.

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