Tout savoir sur la blockchain et le Bitcoin !
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On présente souvent la blockchain comme une invention qui aurait accouché du Bitcoin. L'ordre est inverse. Satoshi Nakamoto cherchait à faire circuler de l'argent entre deux inconnus sans banque au milieu, s'est heurté à un obstacle vieux de vingt ans, la double dépense, et la chaîne de blocs est la mécanique qu'il a assemblée pour le contourner. Comprendre ce problème, c'est comprendre pourquoi le Bitcoin ressemble à ça et pas à autre chose.
La double dépense, ou pourquoi l'argent numérique a mis vingt ans à exister
Un fichier se copie. C'est même la seule chose qu'un fichier sache faire vraiment bien. Si votre monnaie est un fichier, rien ne vous empêche d'envoyer le même à deux commerçants dans la même minute. Les deux voient un paiement valide, un seul sera payé.
La solution classique tient en un mot : un teneur de comptes. Votre banque sait combien vous avez, débite une fois, refuse la seconde. Le problème est réglé parce qu'une autorité arbitre. Les tentatives de monnaie numérique des années 1990, DigiCash de David Chaum en tête, reposaient toutes sur un serveur central de ce type. Quand la société fait faillite en 1998, la monnaie disparaît avec elle.
Ce que Nakamoto a réellement inventé, et ce qu'il a emprunté
Le document fondateur fait neuf pages. Il est publié le 31 octobre 2008 sur une liste de diffusion de cryptographes, en pleine faillite de Lehman Brothers, et le premier bloc est produit le 3 janvier 2009. Presque toutes les briques y sont empruntées : les fonctions de hachage, les signatures à clé publique, l'horodatage par chaînage de Haber et Stornetta au début des années 1990, la preuve de travail reprise de Hashcash, imaginée à l'origine contre le spam.
L'apport propre tient dans une règle d'arbitrage : quand deux versions de l'histoire circulent, la bonne est celle qui a coûté le plus de calcul. Réécrire un paiement vieux d'une heure oblige à refaire tout le travail accumulé depuis, plus vite que le reste du réseau ne l'accumule. Personne ne l'interdit. Ça devient juste beaucoup trop cher.
La chaîne de blocs n'empêche donc pas la fraude, elle la rend économiquement absurde. Cette nuance change tout le raisonnement : on ne remplace pas la confiance par une certitude mathématique, on la remplace par un calcul de rentabilité.
Comment un paiement se retrouve gravé
Vous signez un ordre avec votre clé privée. Il part sur le réseau, atterrit dans une file d'attente commune, et des machines le regroupent avec quelques milliers d'autres dans un bloc. Chaque bloc contient l'empreinte du précédent. Modifier une ligne dans un bloc ancien change son empreinte, donc celle du suivant, donc toute la suite : la falsification se voit immédiatement.
Un paiement inscrit dans un bloc n'est pas encore acquis. Les plateformes attendent en général six blocs, soit une heure environ, avant de considérer qu'un dépôt ne bougera plus. Ce délai n'a rien d'arbitraire : plus la chaîne s'allonge au-dessus de votre transaction, plus il devient coûteux de la déloger.
Deux objets distincts que l'on confond en permanence
Le Bitcoin est une unité de compte et un réseau de paiement. La blockchain est la structure de données qui tient ses comptes. On peut construire une chaîne de blocs sans monnaie, des consortiums bancaires le font depuis 2016 pour suivre des crédits documentaires. On ne peut pas construire le Bitcoin sans elle, parce que sans registre partagé il n'y a plus rien pour départager deux dépenses concurrentes.
Ce que ça implique quand on manipule des bitcoins
Il n'y a pas de compte à votre nom quelque part. Il y a des clés. Une clé publique, que vous communiquez pour recevoir, et une clé privée qui signe vos ordres. Perdre la seconde, c'est perdre l'accès : aucun service client ne rouvrira la porte, aucune procédure de récupération n'existe. Des sommes considérables dorment ainsi dans des adresses dont plus personne n'a la clé.
Le stockage se fait soit chez un intermédiaire, plateforme d'échange ou établissement enregistré auprès de l'Autorité des marchés financiers pour les acteurs français, soit sur un portefeuille dont vous gardez seul les clés, logiciel ou boîtier dédié. Le premier cas vous expose au risque de défaillance de l'intermédiaire, l'épisode FTX en novembre 2022 l'a rappelé brutalement. Le second vous expose à vos propres erreurs.
Reste une question que la technique ne tranche pas. Le registre atteste qu'un paiement a bien eu lieu et qu'il ne sera pas rejoué. Il ne dit rien de ce que vaut l'unité échangée, ni de ce que vaudra demain. Le cours du bitcoin dépend uniquement de ce que des acheteurs acceptent de payer, il varie fortement, et aucune institution n'est là pour amortir les chutes. La chaîne de blocs résout un problème d'informatique répartie. Elle n'a jamais prétendu résoudre celui de la valeur.
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