Quelles sont les différentes applications concrètes du système de la blockchain ?
Sommaire6 sections
- 01Rappel utile : ce qu’une blockchain fait, et ce qu’elle ne fait pas
- 02Le transfert de valeur : le seul usage qui n’a jamais faibli
- 03Traçabilité alimentaire et logistique : ça marche, mais pas pour la raison annoncée
- 04Les contrats automatisés : de la caution locative à l’assurance récolte
- 05Diplômes, actes de propriété, documents officiels
- 06Ce qui n’a pas pris, et pourquoi il faut le dire
Entre 2016 et 2021, il ne s’est pas passé un trimestre sans qu’une grande entreprise annonce son projet blockchain. Des centaines de communiqués, des consortiums, des noms de code. Une décennie plus tard, l’inventaire est court : une poignée d’usages tournent réellement, en production, avec des utilisateurs qui ne sont pas des ingénieurs de l’équipe pilote. Le reste est retourné au tiroir. Cet article fait le tri entre les deux.
Rappel utile : ce qu’une blockchain fait, et ce qu’elle ne fait pas
Le principe date d’octobre 2008 : le document signé Satoshi Nakamoto décrit un registre où chaque bloc contient l’empreinte du précédent. Le premier bloc de Bitcoin est miné le 3 janvier 2009. Le mécanisme se retrouve partout depuis : une liste d’écritures ordonnée, copiée sur des milliers de machines, dont on ne peut modifier une ligne ancienne sans recalculer tout ce qui suit.
Ce que cela apporte tient en un mot : personne n’a besoin d’arbitre. Deux parties qui ne se connaissent pas s’accordent sur l’historique sans passer par une banque, une chambre de compensation ou un notaire. Ce qu’on oublie plus souvent, c’est la limite : la chaîne ne vérifie jamais que ce qu’on y écrit est vrai. Elle scelle l’écriture, pas l’honnêteté de celui qui tape au clavier.
Le transfert de valeur : le seul usage qui n’a jamais faibli
Bitcoin fait circuler de l’argent depuis quinze ans sans interruption de service notable. Le débit reste faible, environ sept transactions par seconde sur la chaîne principale, contre plusieurs milliers pour un réseau de cartes bancaires.
L’usage qui a vraiment décollé est moins glamour : les stablecoins, ces jetons indexés sur le dollar. Ils servent surtout à envoyer des dollars à l’autre bout du monde un dimanche soir, ce qu’aucun virement bancaire ne fait. Sur un envoi de 200 euros à sa famille, un travailleur paie quelques centimes de frais, contre 5 à 7 % chez un opérateur de transfert classique. Sur ce point, l’avantage n’est pas discutable.
Traçabilité alimentaire et logistique : ça marche, mais pas pour la raison annoncée
Carrefour a lancé en 2018 sa traçabilité du poulet fermier d’Auvergne sur la plateforme IBM Food Trust, elle-même bâtie sur Hyperledger Fabric. Le dispositif a ensuite été étendu à des dizaines de références. Le client scanne un QR code et remonte à l’élevage.
Dans ces projets, ce qui a changé la donne tient à un point d’organisation : avoir obligé une trentaine d’acteurs (éleveurs, abattoirs, transporteurs, logisticiens) à saisir leurs données dans un format commun, avec le même identifiant de lot. Une base partagée aurait rendu le même service. La blockchain a surtout servi d’argument pour convaincre tout le monde de s’y mettre, puisque aucun des acteurs n’hébergeait le registre chez lui.
Les contrats automatisés : de la caution locative à l’assurance récolte
Un contrat intelligent est un bout de programme déposé sur la chaîne, qui s’exécute quand une condition est remplie. Ethereum, lancé en juillet 2015, a rendu la chose banale. L’exemple de la caution locative bloquée jusqu’au départ du locataire n’a jamais dépassé la démonstration en France, faute d’articulation avec le droit du bail.
L’assurance dite paramétrique, elle, fonctionne. Le principe : au lieu d’expertiser un sinistre, on indemnise automatiquement quand un indice mesuré dépasse un seuil. Moins de 20 millimètres de pluie sur une période donnée, l’agriculteur est payé sans dossier. Des produits de ce type existent pour les retards de vol et pour l’agriculture en Afrique de l’Est. Le contrat automatisé déclenche le paiement sans que l’assuré ait à croire l’assureur sur parole.
Diplômes, actes de propriété, documents officiels
Le MIT délivre depuis 2017 des attestations de diplôme vérifiables par empreinte cryptographique, avec le format Blockcerts. Plusieurs universités françaises ont suivi. L’intérêt se mesure vite : un recruteur vérifie un diplôme en dix secondes au lieu d’écrire à un service scolarité qui répondra en trois semaines.
Sur les registres fonciers, la Géorgie et la Suède ont mené des programmes remarqués à partir de 2016. Le résultat est mitigé : la chaîne horodate et scelle les actes, mais l’administration reste celle qui décide de qui est propriétaire. Le gain porte sur la fraude documentaire, pas sur la gouvernance.
Ce qui n’a pas pris, et pourquoi il faut le dire
Le vote électronique par blockchain revient dans chaque campagne. La difficulté vient du bulletin lui-même : un système doit à la fois prouver qu’un vote a été compté et empêcher qu’on prouve pour qui on a voté, sous peine d’achat de voix. Aucun déploiement à grande échelle n’a réglé cette contradiction. Le scrutin du Sierra Leone en 2018, souvent cité, n’était qu’un décompte parallèle mené par un prestataire privé, sans valeur légale.
Pour les objets connectés, l’argument de départ était la fin du serveur unique à pirater. Dans les faits, un capteur de température alimenté par une pile plate n’a ni la puissance ni l’énergie pour tenir un nœud de réseau. Les architectures retenues font remonter les mesures à une passerelle, qui est un serveur unique. Le problème a juste été déplacé.
Reste que le socle a changé de nature en septembre 2022, quand Ethereum est passé à la preuve d’enjeu et a divisé sa consommation électrique par plus de cent. L’objection énergétique, qui bloquait beaucoup de comités de direction, ne vaut plus pour cette chaîne. Elle vaut toujours pour Bitcoin.
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