Cameroun : toujours pas de maillot officiel à un mois de la coupe du monde

Sommaire6 sections
  1. 01Un divorce qui ne portait pas d'abord sur le maillot
  2. 02Ce que perd un vendeur de maillots
  3. 03L'appel d'offres de septembre : une tentative de reprise en main
  4. 04Pourquoi ce dossier dépassait le cas camerounais
  5. 05Un précédent qui pesait sur le dossier
  6. 06Ce qu'on savait, et ce qu'on ne savait pas, à un mois du tournoi

À la mi-octobre 2022, à un mois du coup d'envoi de la Coupe du monde au Qatar, un commerçant de Douala ou de Yaoundé qui voulait remplir ses rayons de maillots des Lions indomptables se heurtait à un problème simple : il n'y avait rien à vendre. Pas de tenue officielle, pas de date de sortie, pas de circuit de distribution. Ce vide représente une saison commerciale entière qui passe à côté, et il vient d'un conflit contractuel entre une fédération, un équipementier français et un équipementier américain.

Le Cameroun était alors la seule des cinq sélections africaines qualifiées à ne pas avoir présenté son maillot. Le Ghana, le Sénégal et le Maroc, tous équipés par Puma, ainsi que la Tunisie, habillée par Kappa, avaient dévoilé leurs tenues plusieurs semaines auparavant. Au niveau mondial, selon les décomptes publiés à l'époque, deux autres sélections étaient dans le même cas : l'Iran et le Danemark.

Un divorce qui ne portait pas d'abord sur le maillot

La Fédération camerounaise de football justifiait la rupture par le non-respect d'engagements de son partenaire, au premier rang desquels l'ouverture de boutiques dédiées sur le territoire camerounais. Le reproche n'est pas anodin dans un pays où le maillot de la sélection est un produit populaire et où presque tout ce qui se porte dans la rue vient de la contrefaçon. Une fédération qui ne vend pas ses propres maillots chez elle ne touche rien sur un marché qui existe pourtant.

Le Coq Sportif a répondu par la voie judiciaire en France, estimant la rupture abusive. La marque a confirmé sa démarche le 27 septembre 2022, en indiquant attendre la décision des tribunaux. De son côté, One All Sports, équipementier américain surtout connu dans le sport automobile, a lui aussi saisi la justice pour faire valoir son contrat. Résultat : deux procédures en cours et une sélection qui a continué à jouer, pendant plusieurs semaines, avec les tenues fournies par l'équipementier dont elle s'était séparée.

Étal de rue proposant des maillots de football aux couleurs du Cameroun

Ce que perd un vendeur de maillots

Le calendrier commercial d'un Mondial est très court et très concentré. Les ventes se font sur les six à huit semaines qui précèdent le tournoi, puis pendant la phase de groupes, et elles s'effondrent dès l'élimination. Un maillot présenté à un mois de la compétition, sans stock disponible dans le pays, arrive trop tard pour la plus grande partie de cette fenêtre.

Les commerçants interrogés à l'époque décrivaient une désaffection nette pour les tuniques encore en rayon, celles de l'ancien équipementier, que les supporters ne voulaient plus acheter en sachant qu'un nouveau modèle allait sortir. C'est le pire des scénarios pour un détaillant : l'ancien produit devient invendable avant que le nouveau n'existe.

L'appel d'offres de septembre : une tentative de reprise en main

Début septembre 2022, la fédération a ouvert un appel d'offres destiné aux entrepreneurs et commerçants camerounais souhaitant commercialiser les produits officiels de la sélection dans le pays. Un responsable de la Fecafoot expliquait à l'AFP que l'objectif était de créer un réseau de distribution local, faute duquel la contrefaçon occupe tout le terrain. L'ancien contrat, disait la fédération, n'avait jamais prévu ce maillage.

L'idée tient debout sur le papier. Elle supposait toutefois que les produits arrivent, et à ce stade One All Sports n'avait diffusé sur les réseaux sociaux que des visuels de survêtements et de blousons. Le maillot de match, celui que les supporters achètent en priorité, restait invisible.

Pourquoi ce dossier dépassait le cas camerounais

Les contrats d'équipementier des fédérations africaines sont, en général, moins rémunérateurs que ceux des grandes nations européennes, et le gros de leur valeur repose sur la vente de produits dérivés hors du pays d'origine. Un maillot du Cameroun se vend à Paris, à Bruxelles ou à Londres, dans la diaspora, autant que sur le sol camerounais. Cela explique pourquoi la question des boutiques locales est devenue le point de rupture : la fédération demandait à son partenaire d'investir sur un marché intérieur que les équipementiers considèrent souvent comme secondaire.

Le choix d'un partenaire venu du sport automobile, plutôt que d'une marque installée dans le football, correspondait à une stratégie assumée. Une petite structure signe un contrat plus favorable et accepte des contreparties qu'un grand équipementier refuse. Le revers, on l'a vu à l'automne 2022 : moins d'expérience sur les délais de production, sur l'homologation FIFA des tenues et sur la logistique d'une compétition mondiale.

Un précédent qui pesait sur le dossier

Le Cameroun avait déjà eu des démêlés d'équipement avec les autorités du football. En 2002, la sélection s'était présentée à la Coupe d'Afrique des nations au Mali avec un maillot sans manches dessiné par Puma, que la FIFA avait ensuite interdit. En 2004, un maillot d'une seule pièce, short et haut solidaires, avait valu au pays un retrait de six points en qualifications, sanction finalement annulée. Ces épisodes ont laissé une réputation d'audace vestimentaire, et ils rappellent surtout que la tunique des Lions indomptables est un objet suivi de près bien au-delà des frontières du pays.

C'est ce qui rendait le silence de l'automne 2022 d'autant plus visible. Une sélection dont les maillots ont fait l'objet d'articles pendant vingt ans se présentait à un Mondial sans rien à montrer, au moment précis où les autres nations africaines déroulaient leurs campagnes de lancement.

Ce qu'on savait, et ce qu'on ne savait pas, à un mois du tournoi

On savait que le contrat avec Le Coq Sportif était rompu, que deux procédures judiciaires étaient engagées en France, que One All Sports était le nouveau partenaire annoncé, et que les Lions indomptables continuaient de s'entraîner et de jouer avec l'ancien équipement. On ne savait ni la date de présentation du maillot, ni son prix, ni les points de vente au Cameroun, ni l'issue des procédures.

Pour les supporters, l'affaire s'est résumée à une attente et à une gêne : porter les couleurs de son équipe pendant un Mondial fait partie du rendez-vous, et cette fois le rendez-vous a été manqué à l'entrée. Sur ce point, la responsabilité est partagée entre une fédération qui a rompu un contrat huit mois avant son terme, en pleine préparation de la compétition, et un équipementier français qui n'avait pas tenu ses engagements sur le marché camerounais depuis des années.

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