Comment chauffer une maison avec une pompe à chaleur ?
Sommaire7 sections
- 01Regardez vos radiateurs avant de regarder les catalogues
- 02Air-eau, air-air, géothermie : ce qui les sépare vraiment
- 03Le COP annoncé et celui que vous obtiendrez
- 04Le dimensionnement, là où se jouent les vrais problèmes
- 05Faut-il garder un appoint ?
- 06L'eau chaude sanitaire, à traiter séparément
- 07Ce que la maison doit valoir avant
Une pompe à chaleur ne chauffe pas une maison toute seule. Elle fabrique de l'eau tiède, ou de l'air tiède, et ce sont les radiateurs, le plancher ou les bouches de soufflage qui font le reste du travail. C'est cette pièce du puzzle, l'émetteur, qui détermine si l'installation sera économique ou décevante. Choisir la machine avant d'avoir regardé ce qui diffuse la chaleur dans les pièces, c'est prendre le problème par le mauvais bout.
Regardez vos radiateurs avant de regarder les catalogues
Prenez la température de la surface d'un radiateur en plein hiver, la main posée dessus pendant quelques secondes. S'il brûle, l'ancienne chaudière envoyait de l'eau à 65 ou 70 degrés, et une pompe à chaleur branchée telle quelle sur ce réseau tournera mal. S'il est simplement chaud, autour de 45 degrés, le terrain est bon.
Les vieux radiateurs en fonte ont ici un avantage inattendu : leur inertie et leur grande surface d'échange leur permettent souvent de fonctionner à basse température, à condition que la maison ait été isolée entre-temps. Les petits panneaux en acier posés dans les années 90, dimensionnés au plus juste pour du 70 degrés, sont bien plus problématiques. Sur ce point, le calcul est simple : passer de 70 à 45 degrés divise la puissance d'un radiateur par deux environ, il faut donc doubler la surface, ou remplacer les émetteurs des pièces les plus froides.
Le plancher chauffant hydraulique reste la meilleure association, avec des départs entre 28 et 35 degrés. Les ventilo-convecteurs, moins courants chez les particuliers, s'en sortent aussi très bien parce qu'ils compensent la basse température par un débit d'air.
Air-eau, air-air, géothermie : ce qui les sépare vraiment
Les trois familles se distinguent par la source d'énergie qu'elles ponctionnent et par ce qu'elles restituent.
- L'air-eau prend les calories dans l'air extérieur et les transmet au circuit de chauffage central existant. C'est le modèle massivement posé en rénovation en France, précisément parce qu'il se greffe sur les tuyaux déjà en place.
- L'air-air souffle de l'air chauffé par des unités murales. Pas de circuit d'eau, donc pas d'eau chaude sanitaire, mais une pose légère et un prix d'entrée nettement plus bas.
- La géothermie puise dans le sol par capteurs horizontaux ou sondes verticales. Le sol reste à 10 ou 12 degrés toute l'année, ce qui donne un rendement stable même en février, mais le forage coûte cher et suppose du terrain.
Il existe aussi les modèles eau-eau, qui prélèvent la chaleur d'une nappe. Ils affichent les meilleurs rendements du lot mais supposent un forage, un débit suffisant et une déclaration en préfecture. Sur la presqu'île guérandaise, entre nappes salées et zones protégées, autant dire que peu de projets aboutissent.
Le COP annoncé et celui que vous obtiendrez
Le coefficient de performance affiché sur la fiche produit est mesuré à 7 degrés extérieurs et 35 degrés de départ. Deux conditions de laboratoire. Le chiffre à regarder est plutôt le SCOP, moyenne saisonnière, qui intègre les journées à zéro degré et les cycles de dégivrage.
En pratique, sur la côte atlantique, l'hiver est doux et humide. Doux, c'est bon pour le rendement. Humide, beaucoup moins : le givre se forme sur l'évaporateur autour de 3 à 7 degrés avec une forte humidité, et chaque dégivrage coûte de l'énergie. Une maison à Pornichet et une maison en Auvergne ne sollicitent pas la même machine, et un installateur qui propose le même matériel partout n'a pas fait son travail.
Le dimensionnement, là où se jouent les vrais problèmes
Une pompe à chaleur trop puissante démarre, chauffe vite, s'arrête, redémarre. Ce cycle court use le compresseur et fait chuter le rendement réel bien en dessous des chiffres du catalogue. C'est le défaut le plus répandu sur les installations posées à la hâte pendant la flambée des prix de l'énergie en 2022.
Le bon dimensionnement se calcule à partir des déperditions du logement, pas de la surface habitable. Une maison de 130 mètres carrés isolée par l'extérieur en 2018 et une maison de 130 mètres carrés à simple vitrage n'ont pas les mêmes besoins, avec un écart qui peut aller du simple au double. Exigez cette note de calcul, elle tient sur deux pages.
Faut-il garder un appoint ?
Presque toutes les pompes à chaleur air-eau embarquent une résistance électrique de secours. Elle prend le relais quand la température extérieure descend sous le point de bascule, ou lors des dégivrages. Sur le littoral atlantique, où les épisodes sous moins 3 degrés se comptent en quelques jours par an, cet appoint sert peu.
L'autre montage consiste à conserver la chaudière existante en relève, si elle fonctionne encore et si l'énergie n'est pas du fioul. Le système hybride bascule sur la chaudière quand la pompe à chaleur perd son rendement. C'est plus complexe à régler, mais cela évite de surdimensionner la machine pour les cinq jours les plus froids de l'année.
L'eau chaude sanitaire, à traiter séparément
Une pompe à chaleur air-eau peut produire l'eau chaude de la maison, en général via un ballon de 200 litres intégré ou indépendant. La contrainte : l'eau sanitaire réclame 55 à 60 degrés pour limiter le risque de légionelle, soit une température bien plus haute que celle du chauffage. La machine y perd du rendement pendant ce cycle.
Beaucoup d'installateurs préfèrent découpler et poser un chauffe-eau thermodynamique dédié, qui puise la chaleur dans l'air du garage ou du cellier. Deux appareils au lieu d'un, mais chacun travaille dans sa plage optimale. La question mérite d'être posée au moment du devis plutôt qu'après.
Ce que la maison doit valoir avant
Une pompe à chaleur posée sur une passoire thermique donne un résultat médiocre, quel que soit le matériel. Les déperditions par les combles représentent 25 à 30 % du total dans une maison non isolée, et une laine de 30 cm soufflée sous toiture coûte quelques milliers d'euros, soit une fraction du prix de la machine. L'ordre logique consiste à isoler, puis à dimensionner, puis à poser.
Ce raisonnement se heurte à la réalité : quand une chaudière tombe en panne en janvier, personne n'attend le printemps pour refaire les combles. Dans ce cas, dimensionnez la machine sur la maison telle qu'elle sera après travaux et prévoyez l'appoint pour la première saison. Une pompe à chaleur légèrement sous-dimensionnée avec un appoint reste préférable à une machine surpuissante qui cyclera pendant quinze ans.
La qualification RGE de l'entreprise conditionne l'accès aux aides publiques, et elle se vérifie en ligne avant la signature. Elle ne garantit rien sur la qualité du réglage, en revanche. Le vrai marqueur d'un bon chantier reste la mise en service : une courbe de chauffe réglée pièce par pièce, un équilibrage des radiateurs, et un retour de l'installateur quelques semaines plus tard pour ajuster. C'est ce passage-là qui sépare une installation à 4 de COP réel d'une installation à 2,5.
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