Quel est le niveau requis pour effectuer une formation blockchain ?

Sommaire5 sections
  1. 01Le niveau académique affiché, et le niveau réel
  2. 02Les cinq bases sans lesquelles rien ne rentre
  3. 03Trois chemins, trois profils
  4. 04Choisir sa formation sans se faire avoir
  5. 05Les débouchés, en restant honnête

La question du niveau requis pour entrer en formation blockchain arrive presque toujours dans le désordre. On la pose comme s'il existait une filière blockchain à part, avec son concours et son diplôme. Il n'y en a pas. On entre dans ce domaine par la porte de l'informatique, et la vraie question n'est pas « quel niveau faut-il », mais « qu'est-ce que je dois déjà savoir faire le jour de la rentrée ». La réponse tient en trois lignes de compétences, et elle est plus exigeante que ce que laissent entendre les brochures.

Le niveau académique affiché, et le niveau réel

Sur le papier, les spécialisations blockchain se situent au niveau master, donc bac+4 ou bac+5. Quelques écoles ouvrent la porte plus tôt : l'ESGI, école supérieure de génie informatique, propose une orientation blockchain dès la troisième année de son cursus, une fois les bases de programmation et de réseau acquises. Les formations courtes destinées aux salariés, elles, s'affichent souvent sans prérequis de diplôme.

Ce niveau affiché n'a pas grand rapport avec ce qui se passe en cours. Un module de smart contracts démarre sur du code au bout de deux séances. Si vous n'avez jamais écrit de boucle ni compilé un programme, vous ne suivrez pas, quel que soit votre bac+5. À l'inverse, un développeur back-end de trente ans sans master rattrape le programme en quelques semaines.

Les cinq bases sans lesquelles rien ne rentre

La blockchain n'est pas une discipline autonome. C'est un assemblage de choses qui existaient déjà, et chacune se travaille séparément :

  • La programmation, au sens de savoir écrire, tester et déboguer un programme, pas de connaître la syntaxe d'un langage ;
  • Les réseaux, parce qu'une chaîne de blocs est d'abord un réseau pair à pair qui diffuse des messages ;
  • La cryptographie appliquée : fonctions de hachage, signature à clé publique, ce que chacune prouve et ce qu'elle ne prouve pas ;
  • Les structures de données et l'algorithmique, arbres et files en tête ;
  • La sécurité, comprise comme la capacité à raisonner sur ce qu'un attaquant peut tenter.

Les mathématiques interviennent, mais moins que la légende ne le raconte. Le niveau de terminale scientifique suffit pour comprendre une signature elliptique dans les grandes lignes. C'est en travaillant sur la théorie des jeux et les mécanismes de consensus que le besoin de formalisme se fait sentir, et cela vient plus tard.

Trois chemins, trois profils

L'étudiant qui démarre après le bac

Trois ans de licence informatique ou d'école d'ingénieurs, puis une spécialisation. C'est la route la plus longue et la plus sûre. Elle a un avantage sous-estimé : si le marché de la blockchain se resserre, comme il l'a fait en 2018 puis en 2022, un diplôme d'informatique générale reste employable partout. Une formation trop étroite, non.

Le développeur déjà en poste

Le profil le plus rapide à convertir. Ce qui manque tient dans un trimestre de travail sérieux : Solidity, le modèle de gaz, les pièges de l'immuabilité, les outils de test. La difficulté n'est pas technique, elle est mentale. On code sans pouvoir corriger après le déploiement, avec de l'argent réel en jeu, et ce changement d'habitude déroute plus que la syntaxe.

Le profil non technique

Juriste, chef de projet, analyste financier : ces gens ont leur place dans les équipes, et souvent une valeur rare. Il faut être clair sur l'objectif : suivre un cours de vulgarisation ne fera de personne un développeur. La bonne cible est le poste de consultant ou de chef de produit, où la compréhension du mécanisme compte davantage que la capacité à l'implémenter.

Choisir sa formation sans se faire avoir

Le marché de la formation blockchain a grossi plus vite que la demande d'emploi, et tout n'y est pas sérieux. Quatre questions suffisent à trier.

Le programme cite-t-il des outils précis et des versions, ou reste-t-il au niveau des grands principes ? Un plan de cours qui parle d'enjeux et d'écosystème pendant trente heures sans jamais nommer un langage vend du vent. Y a-t-il un projet noté qu'on peut montrer ensuite ? Qui enseigne, et ce qu'ils ont livré ? Sur des technologies qui bougent tous les six mois, un intervenant qui n'a pas déployé de code depuis deux ans transmet des habitudes périmées.

Les formations privées courtes se facturent volontiers plusieurs milliers d'euros. Avant de signer, comparez avec ce que couvre le catalogue public : les MOOC universitaires et la documentation officielle des principaux réseaux sont gratuits et souvent mieux tenus à jour que le support d'un organisme privé.

Les débouchés, en restant honnête

Développeur de smart contracts, architecte de réseau, auditeur de code, consultant, analyste de chaîne : les intitulés existent et les offres aussi. Elles se concentrent dans les grandes villes, chez un nombre limité d'employeurs, et beaucoup exigent deux ou trois ans d'expérience en développement classique avant même de regarder la partie blockchain.

Ce n'est pas une raison pour renoncer. C'est une raison pour construire son dossier autrement qu'avec une ligne de diplôme : du code visible, un projet qu'on peut défendre pendant vingt minutes d'entretien, et la capacité à expliquer pourquoi telle architecture a été choisie plutôt que telle autre. Ce dernier point départage plus de candidats que le niveau d'entrée en formation.

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