Trouver l'amour dans le métro parisien : Les lignes les plus propices aux rencontres
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Le classement revient sur les réseaux à chaque Saint-Valentin : la ligne 1 serait la meilleure du métro parisien pour rencontrer quelqu'un, la 3bis la pire. Le chiffre vient de l'application Happn, qui a suivi la géolocalisation de 781 abonnés pendant leurs trajets. 781 personnes, dans un réseau qui transporte plus de quatre millions de voyageurs par jour. Ce palmarès ne mesure pas la chance amoureuse, il mesure l'endroit où se trouvent les célibataires urbains qui ont installé cette application. Lu comme ça, il devient beaucoup plus intéressant.
Le palmarès des lignes, et ce qu'il compte réellement
Happn fonctionne sur un principe simple : l'application enregistre les profils que vous avez physiquement croisés, à quelques dizaines de mètres près. Les données ont été collectées sur les trajets du matin et sur les retours de week-end, deux moments où le métro est plein de gens qui font le même déplacement tous les jours. Voici le classement tel qu'il a été publié.
- Ligne 1 : 31 % des célibataires y croisent quelqu'un qui leur plaît
- Lignes 14 et 4 : 18 % des usagers sont charmés
- Ligne 9 : 17 % de chances de croiser quelqu'un qui vous plaît
- Ligne 13 : 16 % de chances
En bas de tableau, les lignes 8, 10, 11, 3bis et 7bis, entre 3 et 13 %. Regardez la carte deux secondes et le mystère tombe : la 3bis compte quatre stations, de Gambetta à Porte des Lilas, et se parcourt en trois minutes. La 7bis en fait huit, dans un bout du 19e arrondissement. Sur ces deux navettes, on ne croise pas grand monde parce qu'on y reste très peu de temps, et parce qu'elles ne desservent aucun pôle d'emploi.
Pourquoi la ligne 1 arrive loin devant
La ligne 1 traverse Paris d'est en ouest, de Château de Vincennes à La Défense, en passant par Bastille, Châtelet, le Louvre, les Champs-Élysées et Charles de Gaulle Étoile. Elle relie les deux plus gros bassins de bureaux de la région à la totalité des lieux touristiques du centre. Elle est automatique depuis 2012, donc rapide, donc préférée. Résultat : elle concentre les 25-35 ans qui travaillent dans le tertiaire, c'est-à-dire exactement la population des applications de rencontre.
La ligne 13 arrive quatrième pour une raison moins flatteuse. Elle est saturée depuis des années, elle dessert Saint-Denis, Asnières et Châtillon, et aux heures de pointe on y est collé à ses voisins de rame sans avoir choisi. La promiscuité produit mécaniquement des regards. Elle ne produit pas des histoires.
Les annonces de Wanted Community et ce qu'elles racontent
L'autre source d'histoires, ce sont les groupes d'entraide. Sur Wanted Community, sur X, sur les comptes qui relaient les messages perdus, on lit chaque semaine la même annonce : une station, une heure, la couleur d'un manteau, et l'espoir que la personne reconnaisse la scène. Quelques-unes aboutissent. La plupart non, et c'est logique : un usager régulier prend le métro sur une plage horaire assez large, change de wagon, part en congés.
Ces annonces disent surtout autre chose. Elles racontent des gens qui ont eu envie de parler et qui n'ont pas osé, puis qui passent trois jours à rédiger un texte public pour rattraper les dix secondes qu'ils n'ont pas prises. Sur ce point, je trouve le phénomène plutôt touchant. Il reste que la solution était sur le quai.
Une remarque pour les lecteurs qui montent à Paris depuis Nantes ou Saint-Nazaire : le TGV produit exactement le même effet, en mieux. Deux heures assis face à quelqu'un, un wagon qu'on ne quitte pas, et une conversation qui a le temps de commencer autrement que par une phrase lâchée entre deux portes. Les habitués du 8 h 04 le savent, c'est là que se nouent la plupart des discussions, pas dans le couloir de correspondance de Montparnasse.
Aborder quelqu'un dans une rame : ce qui passe, ce qui ne passe pas
Le métro est un espace clos dont on ne sort pas avant la station suivante. C'est ce qui change tout par rapport à un bar. La personne en face de vous ne peut pas s'éloigner de trois mètres pour signifier qu'elle n'a pas envie de discuter, elle n'a que le regard baissé et les écouteurs.
Ce qui fonctionne tient en peu de choses. Une phrase courte, liée à la situation. Un regard, un sourire, et surtout la lecture de la réponse : si elle ne vient pas dans la seconde, l'affaire est close. Insister dans un wagon bondé, c'est mettre quelqu'un dans une pièce fermée avec une conversation qu'il n'a pas demandée.
Là où on rencontre vraiment des gens
Le métro produit des coups d'œil, rarement des relations. Ce qui marche mieux, c'est n'importe quel endroit où l'on revient plusieurs fois avec les mêmes personnes : un cours du soir, un club de course, une chorale, une association de quartier, une salle d'escalade. La répétition fait le travail que dix secondes entre deux stations ne feront jamais. On a le temps de savoir à qui on parle avant de décider si on a envie de continuer.
Les bars et les soirées gardent leur fonction, avec un biais connu : on y est plus détendu et beaucoup moins lucide. Les applications sont devenues le premier canal de rencontre en France, elles ont l'avantage de la clarté (tout le monde sait pourquoi il est là) et l'inconvénient du catalogue. Le voyage marche bien parce que les gens en vacances parlent à des inconnus, chose qu'ils ne font plus une fois rentrés.
Les endroits où l'on ne drague pas
Il y a des lieux où l'approche met l'autre en position de ne pas pouvoir répondre librement. Le travail en fait partie, surtout quand il existe un lien hiérarchique : la personne qui décline sait qu'elle recroisera son interlocuteur tous les matins. Les services hospitaliers, les cabinets médicaux, les funérailles, les lieux de culte relèvent de la même logique. On y est vulnérable, en deuil, ou simplement venu pour autre chose.
La question est la même que dans la rame : est-ce que la personne en face peut dire non sans que ça lui coûte quelque chose ? Si la réponse est non, on s'abstient. Le reste relève du bon sens plutôt que de la morale.
Reste que le métro parisien continue de fabriquer des histoires, y compris des mariages et des enfants, simplement parce que quatre millions de personnes s'y frôlent chaque jour. La ligne 1 n'y est pas pour grand-chose. Le fait de lever les yeux, oui.
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