Pornichet : Dernières opportunités pour explorer le Colonel Betty
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Pour voir Colonel Betty au Quai des Arts, il fallait d'abord réussir à passer au guichet. Du 25 janvier au 2 février 2025, la troupe du Théâtre de la Réplique a joué cette comédie de Christian Rossignol à Pornichet, avec une billetterie ouverte de 16h à 17h45, du mardi au vendredi, à partir du 8 janvier. Une heure quarante-cinq par jour, en semaine, aux heures de bureau : voilà ce qui filtre le public d'un spectacle amateur, bien plus que la jauge de la salle.
Un café normand en 1940, et un patron dépassé
La pièce se déroule dans un petit café de Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le patron voit défiler des clients qu'il n'attendait pas, les quiproquos s'empilent, et le mécanisme comique tient sur ce que le public sait et que les personnages ignorent. C'est de la comédie de situation classique, avec des portes, des entrées mal calculées et des identités qui se mélangent.
Le choix du décor historique n'est pas anodin pour une troupe amateur. L'Occupation fournit un ressort tout fait : le danger réel derrière chaque réplique donne du poids à des scènes qui, transposées dans un café de 2025, ne pèseraient rien. Le texte de Rossignol est écrit pour ça, et il est écrit pour des comédiens non professionnels, avec des rôles calibrés en nombre de répliques.
Ce que veut dire « décor fait maison »
La mise en scène est signée Gemma Sakho, et le décor a été construit par des bénévoles de la troupe. Derrière cette formule qui revient dans tous les articles sur le théâtre amateur, il y a des week-ends entiers passés à scier du contreplaqué dans un local prêté par la commune, des peintures achetées sur les recettes de la saison précédente, et un montage qui se fait la veille de la première parce que la salle n'est disponible qu'à ce moment-là.
Cela produit des décors moins nets que ceux d'une compagnie professionnelle, et souvent plus justes : un comptoir construit par quelqu'un qui a passé quarante heures dessus a une texture que le praticable loué n'a pas. La lumière reste le point faible, parce qu'elle demande du matériel et un régisseur formé.
L'économie discrète d'un spectacle amateur
Jouer un texte contemporain coûte de l'argent, même quand personne n'est payé. Un auteur vivant perçoit des droits sur chaque représentation, collectés par la SACD, et la troupe doit les déclarer avant de jouer. À ces droits s'ajoutent les costumes, les accessoires, l'assurance et parfois une participation aux frais techniques de la salle.
Face à ça, les recettes d'une série comme celle-ci se comptent en quelques centaines de places. Un spectacle amateur qui remplit sa salle rembourse ses frais et met un peu de côté pour la saison suivante. Il n'enrichit personne, et ce n'est pas son objet, mais il faut le rappeler quand on hésite à payer une place en se disant que ce sont des amateurs.
Pourquoi la première et le dimanche ne se valent pas
Sur une série de neuf jours, une troupe amateur n'est pas la même au début et à la fin. La première du samedi 25 janvier se joue avec le trac, des enchaînements parfois hésitants, et une salle remplie de proches qui rient à tout. La séance du dimanche 26, tout de suite après, profite déjà des corrections de la veille. Vers la fin de la série, le rythme est calé, mais la fatigue commence à se voir chez les comédiens qui travaillent en semaine.
Le meilleur créneau se situe au milieu de la série. L'avis vaut pour toutes les troupes amateurs.
Un équipement qui sert à quelque chose
Accueillir une compagnie locale pendant neuf jours en plein hiver, dans une commune balnéaire où la saison culturelle doit exister hors des mois d'été, c'est exactement ce qu'on attend d'une salle municipale comme le Quai des Arts. En janvier, à Pornichet, il n'y a pas grand-chose d'autre à faire un samedi soir. Une comédie en salle chauffée, jouée par des gens du coin, remplit ce créneau mieux que n'importe quelle programmation importée.
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