Pornichet : La rencontre transformative entre Marina et Tessy
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L'histoire de Marina et Tessy, publiée à Pornichet à la veille de Noël 2024, a été racontée comme une jolie parenthèse d'amitié. Elle mérite mieux que ça. Ce que raconte cette rencontre, c'est une question très concrète : quand on est née avec une atrophie du nerf optique, comment fait-on pour marcher sur le sentier côtier, monter sur un voilier, se repérer dans une ville où presque tout est pensé pour les yeux ? Le reste, l'entraide, la confiance retrouvée, découle de réponses pratiques à cette question. C'est par là qu'il faut prendre le récit.
Marina vient d'Aquitaine. Sa déficience visuelle est de naissance : le nerf optique s'est mal développé, la lumière lui parvient, les formes beaucoup moins. Tessy voit normalement et traversait, elle, une période de doute professionnel. Deux situations qui n'ont rien à voir, sauf qu'elles se sont croisées ici, sur une côte où l'on marche beaucoup et où l'on navigue toute l'année.
Marcher entre Sainte-Marguerite et le port quand on ne voit presque rien
Le sentier des douaniers, qui longe la côte de Pornichet vers Sainte-Marguerite et la pointe du Bé, n'a rien d'un chemin plat et lisse. Racines, escaliers de pierre, portions où le revêtement s'arrête net, passages où l'on entend la mer sous les pieds. Pour une personne malvoyante, ce genre de terrain se lit à l'oreille et à la canne autant qu'aux restes de vision. La présence d'un accompagnant change tout : elle divise par deux ou trois le temps qu'il faut pour décider où poser le pied.
C'est ce rôle qu'a joué Tessy au début, sans y avoir été formée. Guider quelqu'un ne s'improvise pas complètement : on annonce les marches à voix haute, on dit « à droite dans trois pas », on ne tire jamais le bras, on laisse la personne tenir le coude. Ce sont des gestes qui s'apprennent en une demi-journée et que presque personne ne connaît.
Le voilier, le seul endroit où la vue compte moins
La navigation revient souvent dans leurs échanges, et ce n'est pas un hasard. Sur un bateau, une bonne partie de l'information passe par le corps : la gîte, le claquement de la voile qui faseye, le bruit de l'étrave, le vent sur la joue qui indique l'angle d'allure. Un équipier malvoyant peut border, choquer, tenir la barre au cap donné, souvent avec plus de finesse qu'un débutant voyant qui regarde partout sauf où il faut.
Le port de Pornichet, avec ses pontons et son école de voile, offre ce terrain-là à dix minutes du centre. Les sorties encadrées y sont fréquentes d'avril à octobre, et la baie, abritée entre la pointe de Chémoulin et Le Pouliguen, laisse le temps d'apprendre sans se faire secouer.
Une ville qui reste compliquée à traverser
Il faut dire l'envers du décor. Pornichet, comme la plupart des stations balnéaires, s'est construite pour la promenade et la voiture, pas pour la canne blanche. Les terrasses qui débordent sur le trottoir l'été, les mobiliers urbains posés au milieu du cheminement, les traversées sans bande podotactile, les vélos couchés contre un mur : chacun de ces détails est une collision possible. Un mètre quarante de trottoir libre, c'est la règle. Elle n'est pas toujours tenue, ici comme ailleurs.
Sur ce point, le discours sur la beauté du cadre ne suffit pas. Le boulevard des Océanides est magnifique et reste, sur plusieurs centaines de mètres, désagréable à parcourir sans voir. C'est réparable, avec des choses simples : des repères sonores aux carrefours, des contrastes de couleur sur les nez de marche, un balisage tactile continu jusqu'à la plage.
Ce qu'elles veulent en faire
Les deux femmes parlaient fin 2024 de monter des rencontres entre personnes valides et personnes en situation de handicap, autour d'activités de plein air. Rien n'était formalisé à ce stade, et on ne sait pas ce que le projet est devenu. L'idée, elle, tient debout : on comprend beaucoup plus vite ce qu'est la déficience visuelle en marchant une heure aux côtés de quelqu'un qu'en lisant dix pages sur le sujet.
Sur la Côte d'Amour, plusieurs structures travaillent déjà dans ce sens, entre les sections handivoile des clubs nautiques et les associations départementales qui organisent des sorties accompagnées. La difficulté n'est presque jamais le matériel. C'est de trouver, du côté valide, assez de gens disponibles un samedi matin.
Reste le décor, qui pour une fois n'est pas qu'un argument de brochure. La baie s'entend avant de se voir : le clapot sur le sable de Sainte-Marguerite ne fait pas le même bruit que celui des Libraires, les drisses claquent sur les mâts du port dès que le vent monte, l'odeur change à quelques dizaines de mètres du rivage. Marina décrit Pornichet comme un endroit lisible. Venant d'elle, c'est un compliment plus précis que tous ceux qu'on lit d'habitude sur cette côte.
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