À Pornichet, le Père Noël se transforme en facteur en recevant plus de 160 lettres d'enfants

Sommaire5 sections
  1. 01Où vont les enveloppes après la boîte
  2. 02Le délai, le vrai sujet
  3. 03Ce que les enfants écrivent vraiment
  4. 04Le reste du programme de fin d'année
  5. 05Pourquoi les commerçants s'y mettent

Cent soixante lettres déposées à Pornichet en décembre 2024, et une question que les enfants posent tous les ans sans obtenir de vraie réponse : qui les lit, et qu'est-ce qui revient dans la boîte ? Il y a un circuit derrière ces enveloppes, avec un bâtiment, des saisonniers, un délai et des règles. Le raconter n'abîme rien de la magie, ça explique juste pourquoi une réponse arrive, et pourquoi elle met parfois trois semaines.

Pornichet compte un peu plus de 6 000 habitants à l'année. Rapporté à la population d'âge scolaire, 160 lettres en quelques semaines, c'est un chiffre élevé : cela suppose que les classes ont écrit en groupe, comme c'est presque toujours le cas dans les communes qui installent une boîte du Père Noël.

Où vont les enveloppes après la boîte

Le secrétariat du Père Noël existe depuis 1962. Il est installé à Libourne, en Gironde, et il est opéré par La Poste. Une équipe de lutins saisonniers y traite chaque année plus d'un million de courriers venus de France et d'une centaine de pays. La règle de maison n'a pas bougé : toute lettre reçoit une réponse, et le timbre n'est pas nécessaire. Une enveloppe avec « Père Noël » écrit dessus suffit à la faire arriver.

La réponse, elle, est standardisée : une carte illustrée, différente chaque année, glissée dans une enveloppe au nom de l'enfant. Ce n'est pas une lettre personnalisée, et il vaut mieux le savoir avant de promettre à un enfant de six ans que le Père Noël répondra point par point à sa liste. Ce qui compte pour lui, de toute façon, c'est le nom sur l'enveloppe et le fait qu'elle lui soit adressée en propre.

Le délai, le vrai sujet

Une lettre postée mi-décembre revient rarement avant Noël. Le secrétariat ouvre en général autour de la mi-novembre et le pic de courrier tombe dans la première quinzaine de décembre, au moment exact où les enfants écrivent. Pour recevoir une réponse à temps, il faut poster fin novembre. Les communes qui installent leur boîte début décembre, comme c'est le cas à Pornichet, ont donc souvent des réponses qui atterrissent entre Noël et le Nouvel An.

Ce que les enfants écrivent vraiment

Les personnes qui dépouillent ce courrier le disent depuis des années : la liste de jouets n'occupe pas toute la page. Beaucoup d'enfants racontent leur année, s'excusent d'avoir été pénibles, demandent des nouvelles des rennes, ou glissent une demande qui n'a rien à voir avec un catalogue, la santé d'un grand-parent, le retour d'un chat perdu, un déménagement qu'ils voudraient annuler.

À Pornichet, les enveloppes déposées mêlaient dessins, gommettes, feutres qui bavent et écritures de grande section. Les enseignants qui font écrire leurs élèves y trouvent un exercice pratique : c'est souvent la première fois qu'un enfant rédige un texte destiné à quelqu'un d'autre que sa maîtresse, avec une adresse, une formule d'appel et une signature.

Le reste du programme de fin d'année

La boîte aux lettres n'était qu'un morceau d'un décembre bien rempli sur le front de mer. Le Père Noël était déjà arrivé par la mer quelques jours plus tôt, un rendez-vous devenu habituel dans la station, dont nous avons raconté l'arrivée par les flots. Le samedi 21 décembre, la ville organisait sa soirée d'illuminations, avec les animations de ce Noël lumineux réparties dans le centre.

Côté solidarité, des jeunes de Loire-Atlantique montaient au même moment une collecte pour les chiens et chats abandonnés, qui a récupéré croquettes, couvertures et jouets pendant tout le mois. Les plus téméraires avaient rendez-vous dans l'eau : les bains de Noël organisés à Saint-Brévin et à Pornichet attirent chaque hiver des nageurs déguisés dans une eau à douze degrés. Le casino, enfin, avait programmé ses propres soirées de fin d'année, détaillées dans notre article sur son programme.

Pourquoi les commerçants s'y mettent

Les boutiques du centre relaient volontiers l'opération, avec des vitrines décorées et parfois un point de dépôt supplémentaire. L'intérêt commercial est évident et personne ne s'en cache : décembre représente une part disproportionnée du chiffre d'affaires annuel dans une station balnéaire qui vit surtout de l'été. Faire venir les familles en centre-ville un mercredi après-midi de décembre, c'est une opération de fréquentation avant d'être un geste poétique.

Cela ne rend pas la chose moins agréable. Une boîte aux lettres rouge posée devant la mairie coûte peu, mobilise trois personnes et produit 160 enfants qui guettent le facteur pendant deux semaines. Rapporté au budget d'animation d'une commune, il y a peu d'opérations avec ce rendement.

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