House of The Dragon : Aemond n'arrive plus à contrôler Vhagar, son dragon
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Une phrase revient dans les commentaires depuis la diffusion du dernier épisode de la première saison de House of the Dragon, à l'automne 2022 : Aemond a raté son coup. C'est exact, et ça n'explique rien. Ce que met en scène la séquence au-dessus d'Accalmie, c'est un rapport de force, pas un accident de pilotage. Vhagar obéit quand elle veut bien. Ce soir-là, elle n'a pas voulu, et le petit Lucerys Velaryon en est mort avec son dragon.
La scène dure moins de trois minutes. Elle arrive après un épisode 9 entièrement consacré au couronnement d'Aegon, pendant que Rhaenyra envoie ses deux fils porter des messages aux maisons vassales pour rappeler les serments prêtés à sa succession. Lucerys tire Accalmie, chez les Baratheon. Aemond y est déjà. Le duel n'était pas prévu, ni par les personnages, ni, visiblement, par les dragons.
Aemond voulait faire peur, pas tuer
Le montage insiste sur un point que beaucoup de spectateurs ont lu trop vite. Quand Arrax lâche sa flamme le premier, contre l'ordre explicite de Lucerys, Aemond réagit par un cri de rage, pas par une attaque coordonnée. Il poursuit. Il veut l'oeil, la dette qu'il réclame depuis l'enfance, une humiliation à ramener à Port-Réal. La caméra reste sur son visage à la seconde où Arrax se casse en deux dans les nuages : ce n'est pas la satisfaction d'un vainqueur, c'est un homme qui vient de comprendre ce qu'il a déclenché.
Ewan Mitchell joue ce basculement en une expression, sans réplique. C'est le premier moment de doute moral du personnage sur toute la saison, et le seul. Aemond passe dix épisodes à encaisser les moqueries de sa famille, à s'entraîner, à réclamer réparation. Il obtient sa vengeance et découvre qu'elle a un prix qu'il n'a pas fixé.
Le duel au-dessus d'Accalmie ne désigne pas un coupable. Il installe une règle pour la suite : dans cette guerre, les dragons décideront d'une partie des issues, et personne sur leur dos n'aura le dernier mot.
George R. R. Martin dit à peu près la même chose dans Feu et Sang, le livre dont la série est tirée. Le récit y est fragmentaire, rapporté par des chroniqueurs qui se contredisent, et aucune version ne présente la mort de Lucerys comme un assassinat froidement décidé. La série tranche pour l'accident, et elle a raison : un meurtre prémédité aurait fait d'Aemond un simple méchant, ce qui est beaucoup moins intéressant que ce qu'il devient.
Ce que l'épisode 10 installe pour la suite
Le dernier plan de la saison, c'est Rhaenyra qui apprend la nouvelle. Emma D'Arcy ne dit rien pendant de longues secondes, tourne lentement la tête vers la caméra, et la saison s'arrête là. Le message est clair pour qui connaît la suite du récit : la Danse des Dragons commence, et elle commence par un deuil.
Sur le plan de l'écriture, cette scène règle un problème que la série traînait depuis le premier épisode. Les dragons y sont montrés comme des montures, des moyens de transport, presque des animaux de compagnie dynastiques. Syrax vient quand Rhaenyra siffle. Caraxes se couche devant Daemon. On finissait par croire à un dressage. L'épisode 10 casse ça net.
Il y a une différence entre chevaucher un dragon et le commander. Les Targaryen la connaissent, ils la répètent dans leurs textes, et ils l'oublient dès qu'ils sont en l'air. Vhagar a chassé Arrax comme un faucon chasse un pigeon, sans consulter l'homme accroché entre ses épaules.
Il y a aussi une lecture plus terre à terre de cette séquence, celle des équipes techniques. Le duel se déroule de nuit, sous l'orage, au-dessus d'une mer agitée : trois conditions qui coûtent cher en rendu et qui, prises ensemble, servent surtout à cacher ce qu'on ne peut pas montrer. On ne voit jamais les deux dragons entiers dans le même plan large et net. Le combat se lit par fragments, une aile, une gueule, un cavalier ballotté. Ce choix de mise en scène n'est pas seulement économique, il fabrique la confusion que vivent les personnages : Aemond ne comprend pas mieux que nous ce qui est en train de se passer.
Une saison 2 déjà commandée à l'automne 2022
HBO avait renouvelé la série avant même la fin de la diffusion de la première saison. Les producteurs annonçaient alors une attente longue, autour de deux ans, en raison du poids des effets numériques : chaque plan de dragon coûte cher et se fabrique sur plusieurs mois. Le calendrier annoncé à l'époque n'était donc pas une saison par an, contrairement à ce que Game of Thrones avait habitué le public à recevoir.
Sur le contenu de cette suite, la série n'a rien promis. Le matériau existe et il est public : la Danse des Dragons oppose les deux branches de la maison Targaryen pendant plusieurs années et se solde par la quasi-disparition de l'espèce. Mais la façon dont les scénaristes traiteront les épisodes suivants, eux seuls le savent, et parier là-dessus revient à raconter le livre à la place de la série.
Reste la question qui a fait le plus de bruit : est-ce que la mort de Lucerys était nécessaire ? Sur ce point, le calcul tient. Sans elle, rien ne force Rhaenyra à basculer, et la série passe une saison de plus en conseils de guerre et en regards en biais. Il fallait un mort dont personne ne puisse dire qu'il l'avait mérité, et un coupable dont personne ne puisse dire qu'il l'avait vraiment décidé. C'est exactement ce que fabrique la scène d'Accalmie.
Un dernier mot sur la réception. House of the Dragon arrivait après une fin de Game of Thrones que les spectateurs ont massivement rejetée en 2019. Le pari était risqué : reprendre le même univers, la même charte visuelle, la même chaîne. Dix épisodes plus tard, la série avait retrouvé un public, et le gros des critiques portait sur le rythme des premiers épisodes, pas sur la crédibilité de l'ensemble. Le duel d'Accalmie a beaucoup fait pour ça.
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