Assurance auto Pay as you drive : est-elle faite pour vous ?
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Le calcul du Pay as you drive tient sur une ligne : vous acceptez d’être mesuré au volant, et l’assureur vous rend une partie de la prime. Reste à savoir si la partie rendue vaut ce que vous donnez. Pour un salarié des Chantiers de l’Atlantique qui fait Pornichet, Saint-Nazaire, soit une douzaine de kilomètres aller, deux ou trois fois par semaine depuis le passage au télétravail, la réponse est probablement oui. Pour un commercial qui monte à Nantes trois fois par semaine, elle est presque toujours non. Cet article prend le problème par le kilométrage et par le prix, avant de parler du boîtier. C’est à travers une comparaison d'assurance auto plus poussée que vous pourrez vérifier si le changement vous sera profitable.
De quoi on parle exactement
Trois formules circulent sous des noms proches, et les confondre coûte de l’argent.
L’assurance au kilomètre facture un forfait de base plus un prix au kilomètre parcouru, sans rien regarder d’autre. Le Pay as you drive ajoute la mesure de l’usage : quand vous roulez, où, sur quel type de route. Le Pay how you drive, souvent vendu sous la même étiquette, note en plus la manière de conduire : accélérations, freinages, vitesse par rapport à la limitation, usage du téléphone.
En France, ces offres existent depuis 2010, quand Amaguiz a lancé la première formule au kilométrage mesuré. Direct Assurance a suivi en 2015 avec YouDrive, sur un modèle de notation. Une quinzaine d’années plus tard, elles restent minoritaires dans le parc, ce qui mérite d’être noté : si l’économie était massive et sans contrepartie, tout le monde y serait passé.
Ce que le boîtier enregistre, et ce qu’il ne peut pas enregistrer
Le dispositif prend deux formes. Un boîtier électronique branché sur la prise diagnostic sous le volant, ou de plus en plus souvent une application sur le téléphone couplée à une petite balise Bluetooth collée au pare-brise. La seconde solution coûte moins cher à l’assureur, et elle a un défaut : si vous êtes passager, l’application compte parfois le trajet comme le vôtre.
Quatre familles de données sont remontées. Le kilométrage, d’abord, qui sert de base à la facturation. La vitesse, comparée à la limitation en vigueur sur le tronçon. Les accélérations et les freinages, mesurés par accéléromètre : un freinage brutal signale une situation mal anticipée. Les horaires enfin, parce que le risque d’accident corporel est nettement plus élevé entre minuit et 5 heures du matin.
Ce que le boîtier ne voit pas est tout aussi parlant. Il ne sait pas qu’un enfant a traversé et que le freinage d’urgence vous a évité un drame : il enregistre une décélération violente et vous pénalise. Il ne sait pas non plus qui conduit. Si vous prêtez la voiture à votre fils pour rentrer de Pornichet un samedi soir, sa conduite entre dans votre note.
Vos données : le cadre existe, lisez-le quand même
La CNIL a publié en octobre 2017 un pack de conformité sur les véhicules connectés, repris depuis dans le cadre du RGPD. Les principes sont clairs : le recueil des données de conduite repose sur votre consentement, il doit être limité à la finalité annoncée, et vous pouvez le retirer.
Deux points méritent votre attention à la signature. La géolocalisation précise et permanente n’est pas nécessaire au calcul d’un score de conduite : la plupart des offres conformes agrègent les positions plutôt que de conserver la trace continue de vos déplacements. Vérifiez ce que dit le contrat sur ce point précis. Regardez ensuite la durée de conservation et la liste des destinataires : certains contrats prévoient un partage avec des sociétés du groupe à des fins commerciales.
Sur l’usage en cas de sinistre, la position française est plus protectrice qu’aux États-Unis, où ces données servent couramment de moyen de preuve. Les contrats commercialisés en France encadrent cet usage, mais l’encadrement contractuel n’est pas la même chose qu’une interdiction légale. Si le sujet vous gêne, c’est un motif suffisant pour rester sur une formule classique, et ce n’est pas déraisonnable.
Combien vous gagnez, en euros
Les assureurs annoncent des réductions pouvant atteindre 30 à 50 % pour les meilleures notes. Ces chiffres correspondent au haut du barème, sur un profil déjà bien noté au départ.
Un ordre de grandeur plus honnête : sur une prime tous risques autour de 600 euros par an, un bon score et 7 000 km parcourus font gagner 100 à 180 euros. Ce n’est pas rien, ça reste inférieur à ce que rapporte souvent un changement d’assureur tout court, franchise et garanties comparées à la loupe. La bonne démarche est donc de faire les deux : comparer les offres classiques, puis regarder si une formule connectée creuse encore l’écart sur votre kilométrage réel.
Un détail que les simulateurs oublient : relevez votre compteur au 1er janvier et au 31 décembre avant de vous décider. La plupart des gens surestiment leur kilométrage annuel de 20 à 30 %, parce qu’ils raisonnent sur leurs longs trajets de vacances et pas sur leur usage quotidien.
Dernier point pratique, souvent réglé trop vite : le prêt du volant. Si votre conjoint conduit la voiture une fois sur trois et qu’il freine tard, votre note baisse sans que vous y soyez pour quelque chose. Les contrats prévoient en général une déclaration de conducteur secondaire, parfois un profil séparé dans l’application. Faites-le à la souscription, pas après le premier mauvais mois, car la note passée ne se corrige pas rétroactivement.
Le point de vue de l’assureur, qui explique tout le reste
Une compagnie ne baisse pas ses tarifs par générosité. Elle le fait parce que ces formules attirent une population statistiquement moins sinistrée, et parce que la mesure en continu réduit l’incertitude sur laquelle repose la tarification. Le bonus-malus classique met deux ans à sanctionner un comportement dangereux, et il ne distingue pas le conducteur prudent du conducteur chanceux. Un score mensuel réagit en quelques semaines.
La contrepartie tombe sous le sens : ceux qui ne rentrent pas dans le moule de la bonne note restent sur les contrats classiques, dont le prix moyen monte mécaniquement à mesure que les bons profils partent. C’est le mouvement de fond de ce marché, et il concerne aussi ceux qui refusent le boîtier.
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