Aïd el-Fitr : Signification, Traditions et Célébrations
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C'est la seule fête du calendrier français dont personne ne connaît la date à l'avance avec certitude. L'Aïd el-Fitr tombe le lendemain du dernier jour de Ramadan, et ce dernier jour dépend de l'observation de la lune. Concrètement : des millions de familles apprennent la veille au soir, vers 21 heures, si elles jeûnent encore demain ou si elles préparent le grand repas. Cette incertitude organise toute la fête, du congé posé au travail au gâteau qu'on n'ose pas commencer trop tôt.
La nuit du doute, et le désaccord qui la traverse
La Grande Mosquée de Paris annonce chaque année la date retenue pour la fin du Ramadan, à l'issue d'une réunion tenue le 29e soir du mois. Cette soirée porte un nom : la nuit du doute. On y examine les observations remontées de plusieurs pays, et on tranche.
Le désaccord de fond est ancien et il n'a rien de folklorique. Une partie des autorités religieuses s'en tient à l'observation directe du croissant lunaire, comme le veut la tradition. Une autre s'appuie sur le calcul astronomique, qui donne la position exacte de la lune des années à l'avance. Les deux méthodes tombent souvent d'accord, mais pas toujours : il arrive qu'un décalage d'une journée sépare deux mosquées de la même ville.
Pour les familles, ça se traduit par des scènes qu'on ne raconte jamais dans les articles sur les traditions : un frère qui fête l'Aïd le mardi, sa cousine le mercredi, et une conversation téléphonique un peu tendue entre les deux.
Ce que veut dire « Fitr »
Le mot vient de la racine qui signifie rompre le jeûne. L'Aïd el-Fitr est littéralement la fête de la rupture, celle qui clôt le neuvième mois du calendrier islamique, pendant lequel les adultes en bonne santé s'abstiennent de boire, de manger et de fumer entre l'aube et le coucher du soleil.
Elle dure officiellement un jour, parfois trois selon les pays. En France, elle n'est pas fériée : la plupart des salariés concernés posent un jour de congé, ou une demi-journée quand la date reste incertaine jusqu'au dernier moment. Beaucoup d'employeurs l'accordent sans difficulté dès lors que la demande arrive assez tôt.
Le matin de la fête, heure par heure
La journée commence tôt. On se lave, on met des habits neufs ou lavés de frais, et il est d'usage de manger quelque chose avant de partir prier, souvent quelques dattes : c'est le premier petit-déjeuner depuis un mois, et le geste est délibérément marqué.
La prière de l'Aïd a lieu en milieu de matinée, en groupe. Elle est courte, une dizaine de minutes, suivie d'un sermon. Dans les villes moyennes, les mosquées ne suffisent pas ce jour-là : on prie dehors, dans une cour, sur un parking, dans une salle municipale prêtée pour l'occasion. Le nombre de fidèles ce matin-là est sans commune mesure avec celui d'un vendredi ordinaire.
Vient ensuite le tour des visites. On passe chez les parents, puis chez les voisins, on distribue de l'argent aux enfants, et le repas s'étire jusqu'à l'après-midi. Les pâtisseries ont été préparées les jours précédents, en quantité déraisonnable, ce qui fait partie du dispositif.
Des tables très différentes selon les pays
Au Maroc et en Algérie, on trouve les cornes de gazelle, les makrouts, les griouech, souvent confectionnés à plusieurs sur deux ou trois soirées. En Turquie, la fête s'appelle Ramazan Bayramı, la fête du sucre, et les enfants font le tour du quartier pour rapporter des bonbons. En Indonésie, premier pays musulman du monde par la population, le Hari Raya Idul Fitri déclenche le plus grand mouvement migratoire annuel de la planète : des dizaines de millions de personnes rentrent au village, dans un embouteillage national qui porte lui aussi un nom, le mudik.
Au Sénégal, la Korité s'accompagne de la préparation du thiéboudienne et d'une tournée de demandes de pardon aux aînés. En Égypte, on distribue les kahk, des petits gâteaux sablés au sucre glace dont les recettes remontent à plusieurs siècles.
Poser un jour de congé quand la date n'est pas fixée
C'est le casse-tête le plus concret pour les salariés en France. L'Aïd el-Fitr ne figure pas parmi les onze jours fériés du code du travail, et sa date exacte n'est connue qu'à quelques heures. Un employeur peut refuser une demande de congé, mais une circulaire adressée chaque année aux administrations rappelle que des autorisations d'absence peuvent être accordées aux agents pour les principales fêtes religieuses, dont celle-ci.
La méthode qui fonctionne le mieux : demander deux jours consécutifs plusieurs semaines à l'avance, en prévenant qu'un seul sera pris. Les services de ressources humaines s'en accommodent bien mieux que d'un appel la veille au soir. Même logique côté école, où une absence signalée à l'avance passe sans discussion, alors qu'un mot rédigé le matin même finit parfois au dossier.
Ce qui a changé en vingt ans
Deux choses, surtout. Les messageries ont remplacé le téléphone pour l'annonce de la date : les groupes familiaux s'agitent dès que la nuit du doute rend son verdict, souvent avant les communiqués officiels. Et les commerces ont suivi. Les rayons dédiés en grande surface, les pâtisseries orientales qui prennent les commandes trois semaines à l'avance, les enseignes qui décorent leurs vitrines : rien de tout cela n'existait à cette échelle au début des années 2000.
Certains y voient une banalisation bienvenue, d'autres une récupération commerciale d'une fête religieuse. Les deux lectures se défendent. Pour les familles qui la vivent, ce qui compte se joue ailleurs : dans un mois d'efforts qui s'achève, et dans une table où l'on se retrouve à midi sans avoir à regarder l'heure.
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