Quelle est la différence entre un caftan et une takchita ?
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Deux critères suffisent, et on peut les vérifier de l'autre bout d'une salle de mariage. Combien de pièces la femme porte-t-elle, une ou deux ? Y a-t-il une ceinture large à la taille ? Un caftan est une robe d'une seule pièce, portée sans ceinture. Une takchita en superpose deux et se ferme par une mdamma. Tout le reste, la broderie, la soie, les perles, les couleurs, se retrouve dans les deux et n'aide en rien à les distinguer. C'est pour ça que la confusion dure.
Le caftan : une pièce, et rien qui la coupe
Le caftan marocain est une robe longue, ample, taillée d'un seul tenant du col aux chevilles. Pas de couture de taille, pas de ceinture obligatoire, une ligne qui tombe droit. Son ancêtre est le kaftan persan puis ottoman, un vêtement masculin d'origine, arrivé au Maghreb par les cours dynastiques et devenu, à Fès surtout, un vêtement de femme entièrement retravaillé.
Ce qui fait un caftan de qualité tient dans des détails qu'on ne remarque qu'en s'approchant. La sfifa, ce galon tressé à la main qui borde l'encolure, les manches et l'ouverture centrale. Les aakad, les petits boutons en fil tressé et leurs brides, qui ferment le devant sur parfois quarante centimètres. La randa, un travail d'aiguille en relief qui prolonge la sfifa. Une bonne sfifa posée à la main sur un caftan complet demande plusieurs jours de travail à un maallem, et c'est ce poste, plus que le tissu, qui explique les écarts de prix.
La takchita : deux pièces qui n'ont pas le même rôle
Une takchita se compose d'une robe de dessous et d'une robe de dessus, portées ensemble et pensées ensemble.
La pièce du dessous, la tahtiya, est le vêtement simple de l'ensemble. Coupe droite, tissu uni le plus souvent, peu ou pas de broderie. Elle sert de fond de couleur et elle assure la tenue.
La pièce du dessus, souvent appelée dfina ou fouqia, porte tout le travail. Elle est fréquemment ouverte sur le devant, parfois transparente ou ajourée, et laisse apparaître la tahtiya en dessous. C'est ce jeu de deux couches, l'une qu'on devine à travers l'autre, qui donne à la takchita son effet et que le caftan ne peut pas produire.
Reste la mdamma, la ceinture. Elle n'est pas un accessoire ajouté après coup : elle marque la taille, elle tient l'ensemble en place et elle est souvent la pièce la plus chère de la tenue, brodée de fil d'or ou d'argent, parfois rigide, avec une boucle travaillée. Une takchita sans mdamma n'est plus vraiment une takchita.
Pourquoi tout le monde dit « caftan »
Le mot caftan a fini par désigner l'ensemble de la catégorie, au Maroc comme ailleurs. On dit « je cherche un caftan » comme on dirait « je cherche une robe », et le vendeur montre aussi bien des pièces uniques que des ensembles à deux couches.
La diffusion internationale a accéléré le glissement. À l'étranger, le terme takchita est peu connu, les créateurs et les boutiques en ligne rangent tout sous l'étiquette caftan pour être trouvés, et les tenues de mariée marocaines apparaissent dans la presse mode sous ce seul nom. Le résultat, c'est qu'une takchita vendue en Europe s'appelle presque toujours un caftan.
Sur le fond, ce n'est pas très grave. Sur le plan pratique, ça l'est davantage : une femme qui commande à distance ce qu'elle croit être une robe simple reçoit parfois deux pièces et une ceinture, avec un budget et des retouches qui n'ont rien à voir.
Tissus et couleurs, un choix qui se fait au toucher
Le crêpe de soie, le satin duchesse, le velours, le brocart et la mousseline reviennent le plus souvent. Chacun se comporte différemment sur une silhouette : le velours tient le volume et alourdit, la mousseline flotte et pardonne mal les coutures approximatives, le satin accroche la lumière et marque le moindre pli. Un tissu lourd convient mieux à une takchita, dont la pièce du dessous doit soutenir la structure ; une soie légère va mieux à un caftan porté toute une soirée.
Côté couleurs, le rouge, le fuchsia, l'or et le blanc dominent les tenues de mariée, mais les gammes se sont élargies vers le vert d'eau, le gris perle et le bleu nuit depuis une quinzaine d'années. Un point pratique que les vendeurs mentionnent rarement : les fils métalliques dorés supportent mal le nettoyage à sec répété, et une tenue très brodée se porte en réalité cinq ou six fois dans sa vie.
Ce qui a changé dans les coupes
Les tenues d'aujourd'hui ne sont plus celles des années 1980. Les métrages ont baissé, les coupes se sont resserrées, les manches ont raccourci et certaines disparaissent. On voit des caftans coupés près du corps, des takchitas dont la dfina s'arrête aux genoux, des associations de couleurs qu'un artisan de la médina n'aurait pas proposées il y a trente ans.
Le rendez-vous qui a le plus fait pour cette évolution est le défilé Caftan, organisé chaque année au Maroc depuis le milieu des années 1990, où des créateurs présentent des collections construites autour de ces deux vêtements. C'est de là que sont sorties la plupart des libertés prises depuis : ceintures fines à la place des mdamma larges, superpositions asymétriques, tissus contemporains sur des coupes traditionnelles.
Un dernier repère, pour les achats. Retournez le vêtement. Une broderie faite à la machine présente un envers régulier, avec un fil de canette continu et souvent un thermocollant qui rigidifie le tissu. Une broderie faite à la main laisse un envers irrégulier, des nœuds, des reprises. C'est moins joli et ça vaut trois fois plus cher.
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