Avatar 2 : le ressenti des acteurs pour les tournages sous l'eau

Sommaire5 sections
  1. 01Le tournage à sec avait été essayé, puis abandonné
  2. 02Une école de plongée avant le premier jour de tournage
  3. 03Pourquoi l’apnée plutôt que la bouteille
  4. 04Ce que le film promettait de montrer
  5. 05Ce qui était annoncé fin 2022 pour la suite

Il y a une question que personne ne se posait avant l’automne 2022 : combien de temps un acteur de soixante-treize ans peut-il retenir sa respiration ? Sigourney Weaver a fini par donner le chiffre, et c’est six minutes et demie. Ce détail dit mieux que n’importe quelle bande-annonce ce qu’a été le tournage d’Avatar : la voie de l’eau, sorti le 14 décembre 2022. James Cameron n’a pas ajouté de l’eau à son film, il a demandé à toute une distribution d’apprendre un sport.

Le tournage à sec avait été essayé, puis abandonné

L’équipe de production avait proposé la solution raisonnable : suspendre les acteurs à des câbles, dans un studio sec, et fabriquer l’eau en post-production. Les essais ont eu lieu. Cameron les a regardés et a tranché dans l’autre sens. Le mouvement des cheveux, la lenteur des bras, la façon dont un corps perd son poids : rien de tout ça ne se simulait correctement en 2019, et le réalisateur préférait un plateau compliqué à une image qui sonne faux.

Le résultat, c’est une capture de mouvement immergée, ce qui n’avait jamais été fait à cette échelle. Quinze caméras tournaient sur le bassin, dont deux dédiées par acteur pour enregistrer les visages. Les cadreurs étaient dans l’eau avec les comédiens, en apnée eux aussi, parce qu’une bouteille produit des bulles et que les bulles brouillent les capteurs.

Le contraste avec Titanic vaut d’être posé, parce qu’il éclaire le vrai changement. En 1997, l’eau était un décor : on filmait des corps dedans, en surface, avec des plongeurs de sécurité et beaucoup de plans courts. En 2022, l’eau est devenue le plateau lui-même, avec ses règles, ses paliers et sa fatigue propre.

Une école de plongée avant le premier jour de tournage

Toute la distribution est passée par une formation à l’apnée. Pas la plongée bouteille, l’apnée, celle qui consiste à ne rien emporter du tout et à tenir sur ses seuls poumons. L’objectif fixé était de tenir deux à trois minutes en restant jouable, c’est-à-dire en gardant un visage expressif pendant que le corps réclame de l’air.

Cette contrainte-là est celle que les acteurs ont le plus commentée dans la presse américaine à l’automne 2022, notamment auprès du New York Times et d’Entertainment Weekly, à qui Cameron avait ouvert quelques images de coulisses.

Une comedienne filmee sous l’eau par un cadreur en apnee dans un bassin de tournage

Sam Worthington, qui joue Jake Sully depuis 2009, a été plus direct : le tournage sous l’eau a été la chose la plus difficile de sa vie professionnelle. Il décrit une double charge, jouer une scène et gérer une apnée en même temps, avec la panique qui monte quand les deux se contredisent. Un comédien habitué aux cascades peut se reposer sur un cascadeur. Là, personne ne pouvait retenir sa respiration à sa place.

Liam O’Donnell avait de son côté indiqué sur Twitter que l’ensemble des interprètes, sans exception, était passé par ces cours de plongée en apnée. Le point mérite d’être noté parce qu’il concerne aussi les rôles secondaires et les figurants, ce qui change l’échelle logistique de l’affaire : ce n’est plus une préparation de star, c’est un plan de formation pour un plateau entier.

Pourquoi l’apnée plutôt que la bouteille

Le détail paraît technique, il commande pourtant tout le reste. Un détendeur libère des bulles, et des bulles devant un visage brouillent les marqueurs de capture. Elles font aussi du bruit, elles bougent la lumière, et elles obligent à nettoyer chaque plan image par image. En apnée, l’eau reste lisse. Le prix à payer, c’est que la durée d’une prise est fixée par les poumons du comédien, pas par le réalisateur.

Concrètement, une journée ressemblait à une série de descentes courtes séparées par de longues récupérations en surface. Les plongeurs de sécurité restaient au fond avec des détendeurs de secours. L’eau du bassin était chauffée, sans quoi personne n’aurait tenu une journée entière sans combinaison épaisse, et une combinaison épaisse aurait ruiné la silhouette des personnages.

Ce que le film promettait de montrer

Avatar 2 va mettre en scène la nouvelle race Na’vi vivant dans le Nouveau Monde aquatique de Metkayina. Il montrera également un long-métrage du personnage incarné par l’actrice Kate Winslet et Zoe Saldana.

Metkayina, c’est le clan des récifs, celui qui accueille la famille Sully quand elle fuit la forêt. Toute la deuxième moitié du film se passe donc dans un environnement où les personnages se déplacent en trois dimensions, comme des plongeurs. C’est cohérent avec la méthode : il aurait été bizarre de raconter un peuple de l’eau avec des acteurs pendus à des fils dans un hangar.

Kate Winslet, elle, retrouvait Cameron vingt-cinq ans après Titanic, dans un rôle qui l’obligeait de nouveau à travailler immergée. La symétrie est presque trop belle, mais elle est réelle, et elle a beaucoup servi la promotion du film à l’automne 2022.

Ce qui était annoncé fin 2022 pour la suite

Au moment de la sortie, le calendrier communiqué prévoyait deux nouveaux volets, en 2024 puis en 2026, avec une partie du tournage déjà en boîte : Cameron avait filmé le troisième film en même temps que le deuxième, pour éviter que les jeunes acteurs ne grandissent entre deux productions. Ces dates étaient celles annoncées à l’époque, et l’histoire du cinéma récent invite à les prendre pour ce qu’elles étaient, une intention de studio.

Le film avait aussi été retiré du catalogue Disney+ dans les mois précédant sa sortie en salles, façon classique de pousser le public au cinéma pour un long-métrage vendu sur sa 3D et son HDR. Sur un titre dont l’argument principal tient à ce qu’on voit et à la façon dont on le voit, la logique se défend.

Reste une question que le film n’a pas réglée et que les acteurs, eux, ont soulevée sans détour : est-ce que le spectateur voit la différence ? Une apnée de trois minutes ne se lit pas à l’écran comme une performance sportive, elle se lit comme un mouvement qui paraît juste. C’est toute l’ironie du procédé. Le travail le plus dur du tournage est celui qui doit rester invisible, et Worthington comme Weaver n’en ont parlé qu’une fois le film terminé, en 2022, quand la promotion l’a rendu racontable.

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