La Thaïlande un décor de choix pour le cinéma international

La Thaïlande attire chaque année des millions de visiteurs grâce à ses plages paradisiaques, ses îles tropicales et ses montagnes luxuriantes. Le cinéma a également joué un rôle clé dans la popularisation de ses paysages idylliques.
Sommaire4 sections
  1. 01Ce que le royaume met réellement sur la table
  2. 02"La Plage", ou le film qui coûte cher longtemps après
  3. 03Les productions françaises, clientes régulières
  4. 04La concurrence régionale a rattrapé son retard

Un tournage à l'étranger se décide rarement sur la beauté d'une baie. Il se décide sur un tableau de coûts, et la Thaïlande a passé un demi-siècle à rendre ce tableau attirant : autorisations rapides, techniciens locaux formés, matériel sur place, fiscalité allégée pour les productions étrangères depuis 1977. Le royaume loue des jours de tournage moins chers qu'ailleurs. Ce raisonnement a fabriqué des images célèbres, et une addition que le pays règle encore, plage par plage.

Ce que le royaume met réellement sur la table

La Thaïlande est un pays de 70 millions d'habitants coincé entre le Myanmar, le Laos, le Cambodge et la Malaisie, seul de la zone à n'avoir jamais été colonisé. Cette continuité administrative compte pour un producteur : les services qui délivrent les autorisations de tournage ont l'habitude, et un directeur de production sait à peu près combien de semaines il devra attendre. À Bangkok, on trouve des loueurs de caméras, des grues, des cascadeurs et des fixeurs qui parlent anglais. C'est ce tissu technique, plus que les cocotiers, qui fait revenir les équipes.

Le pays offre aussi une variété de décors dans un rayon réduit. Une production installée à Krabi filme la mer d'Andaman le matin et la jungle en fin de journée. Le nord, autour de Chiang Mai, fournit des montagnes et des villages qui passent à l'écran pour n'importe quel pays de la région. Un film qui change trois fois d'univers économise ainsi deux transports d'équipe.

"La Plage", ou le film qui coûte cher longtemps après

En 2000, Danny Boyle tourne "La Plage" avec Leonardo DiCaprio sur Maya Bay, une crique de Phi Phi Leh. Le tournage a déclenché une polémique : l'équipe avait modifié la végétation pour la rendre conforme à l'image qu'elle se faisait du paradis. La suite a été pire. Le film a transformé une crique confidentielle en passage obligé du circuit touristique, avec des bateaux déversant des milliers de visiteurs par jour sur quelques centaines de mètres de sable.

Le cas n'est pas isolé, seulement le plus spectaculaire. "Very Bad Trip 2", tourné par Todd Phillips en 2011, a eu un effet comparable sur certains quartiers de Bangkok, des agences vendant l'itinéraire du film comme un produit. Le calcul mérite d'être fait honnêtement : les recettes touristiques d'un blockbuster arrivent vite, l'usure des sites vient lentement, et ce ne sont pas les mêmes budgets qui encaissent l'une et l'autre.

Les productions françaises, clientes régulières

Les équipes françaises viennent depuis longtemps, souvent pour des comédies qui utilisent le dépaysement comme moteur comique. Il existe une liste des films français tournés en Thaïlande qui donne une idée du volume. Parmi les titres les plus vus :

  • "Pattaya", de Franck Gastambide (2016), tourné en partie dans la station balnéaire du golfe de Thaïlande dont il porte le nom ;
  • "Les naufragés", de David Charhon (2016) ;
  • "Les Bodin's en Thaïlande" (2021), qui emmène Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet au pays du sourire.

Pour une production française de taille moyenne, l'avantage est bête mais réel : la journée de tournage avec équipe locale coûte moins qu'en Europe du Sud, et le décor exotique est acquis sans effet spécial. Le calcul tient tant que le transport des comédiens et le fret du matériel ne mangent pas la différence, ce qui exclut de fait les tournages de trois jours.

La concurrence régionale a rattrapé son retard

Le Vietnam, la Malaisie et l'Indonésie proposent aujourd'hui la même mer, les mêmes montagnes et des devis souvent plus courts. Chacun de ces pays a compris qu'un tournage laisse de l'argent sur place : hôtels, restauration, transport, salaires de techniciens, location de véhicules. Les gouvernements ont donc bâti leurs propres dispositifs d'aide et leurs propres bureaux d'accueil des productions, en copiant le modèle thaïlandais et en le rendant plus généreux.

Falaises calcaires et eau turquoise dans une baie du sud de la Thaïlande

La réponse de Bangkok a consisté à relever ses aides et à démarcher les studios asiatiques, chinois et indiens surtout, dont les tournages sont longs et les équipes nombreuses. Un film indien de trois semaines pèse davantage dans l'économie locale qu'un spot publicitaire européen de deux jours, même si le second fait plus parler.

Reste la question que le pays n'a pas tranchée : jusqu'où laisser l'image fabriquée à l'écran commander la fréquentation réelle des sites. Maya Bay y a répondu par l'absurde, en fermant. Les parcs nationaux appliquent depuis des quotas sur plusieurs autres îles, et les producteurs le savent : des plages qui figuraient dans les repérages des années 2000 ne sont plus louables. Le décor de choix se gère maintenant comme une ressource, avec un compteur.

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