Faut-il investir dans l'action crypto-blockchain industrie ?
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Derrière la question « faut-il investir dans l'action crypto-blockchain » s'en cache une autre, plus concrète : est-ce qu'acheter le titre d'une société qui travaille sur la blockchain revient à s'exposer aux cryptomonnaies ? La réponse dépend entièrement de ce que fait l'entreprise. Dans certains cas l'action suit le bitcoin de si près qu'elle en est un substitut coûteux. Dans d'autres, elle n'a presque rien à voir. Et il existe une troisième catégorie, où le mot blockchain sert surtout d'argument de vente.
Ce qu'on achète vraiment en achetant ce genre de titre
Une action reste une part de capital d'une société : son chiffre d'affaires, ses dettes, ses salariés, sa gouvernance. Le secteur d'activité change le profil de risque, il ne change pas la nature de l'objet. Un actionnaire est payé après les créanciers, il subit la dilution quand la société émet de nouveaux titres, et il dépend de décisions prises par une équipe de direction sur laquelle il n'a aucune prise.
Un bitcoin détenu en direct n'a aucune de ces caractéristiques. Il ne fait pas faillite, ne se dilue pas, ne publie pas de résultats trimestriels. Il est simplement volatil. Passer par une action ajoute donc une couche de risque au risque crypto, au lieu de le remplacer.
Les mineurs, le cas le plus trompeur
Une société de minage transforme de l'électricité en bitcoins. Ses revenus suivent mécaniquement le cours, ses charges beaucoup moins : le contrat d'électricité, l'amortissement des machines et le loyer du hangar restent là quand le marché baisse. Ce décalage joue dans les deux sens. En phase de hausse, le résultat progresse plus vite que le cours ; en phase de baisse, la marge s'écrase d'un coup et la société se refinance en émettant des actions, ce qui dilue les actionnaires en place.
S'ajoute le calendrier du réseau. Tous les 210 000 blocs, soit environ tous les quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. À cours constant, leur revenu par machine est amputé de moitié du jour au lendemain. C'est une échéance connue, inscrite dans le protocole, que le marché anticipe plus ou moins bien.
Quand le mot sert d'habillage
L'épisode le plus documenté remonte à décembre 2017. Une petite société américaine de boissons glacées annonce qu'elle change de nom pour Long Blockchain Corp et se tourne vers cette technologie. Le titre s'envole en une séance. La société n'a jamais exploité de blockchain, a été retirée de la cote quelques mois plus tard, et la SEC a fini par révoquer son enregistrement en 2021 pour défaut de publication de comptes.
Ce que les résultats disent, et ce qu'ils ne disent pas
Sur ce secteur, l'analyse comptable classique atteint vite ses limites. Beaucoup de ces sociétés sont jeunes, déficitaires, et leur valorisation repose sur des revenus futurs plutôt que sur des bénéfices constatés. Un multiple élevé n'est pas en soi une anomalie dans une activité en croissance. Il devient un problème quand rien dans les comptes ne montre que la croissance arrive.
Trois choses méritent d'être vérifiées dans les documents publiés : la trésorerie disponible rapportée aux pertes annuelles, ce qui donne le nombre de mois d'autonomie ; le nombre d'actions en circulation d'une année sur l'autre, qui révèle la dilution ; et la part du chiffre d'affaires réalisée avec un seul client, souvent élevée dans ces structures.
Reste le point qu'aucune analyse ne fera disparaître. Ces titres évoluent sur un marché où les variations de plusieurs dizaines de pour cent en quelques semaines sont la norme, à la hausse comme à la baisse. Aucun rendement n'est garanti, la perte peut porter sur la totalité du montant engagé, et cet article n'a pas vocation à dire à quiconque quoi faire de son épargne. Il décrit un mécanisme, la décision appartient à celui qui la prend.
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