Tout savoir sur la Blockchain Quorum
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Une banque n'a aucune envie que ses concurrents lisent le montant de ses virements. C'est exactement ce que fait une blockchain publique : elle expose tout, à tout le monde, pour toujours. Quorum est né de cette contradiction. J.P. Morgan a pris le code d'Ethereum en 2016, l'a modifié pour y ajouter la confidentialité et le contrôle des participants, et a obtenu une chaîne utilisable dans un cadre bancaire. Regarder ce qui a été ajouté, mais surtout ce qui a été retiré, en dit long sur ce qu'une entreprise cherche vraiment quand elle dit vouloir une blockchain.
Ce qui distingue Quorum d'Ethereum
Quorum est une variante du client Geth, le logiciel principal du réseau Ethereum. Les smart contracts s'écrivent en Solidity, les outils de développement sont les mêmes, un développeur Ethereum est opérationnel en quelques jours. Trois différences changent tout le reste.
La chaîne est fermée. On n'y entre pas librement : chaque nœud est identifié et autorisé par les autres participants. C'est le sens du mot permissionné, qui revient dans toute la documentation du secteur.
Les transactions peuvent être privées. Un mécanisme séparé, porté par le composant Tessera, transmet le contenu réel de l'opération aux seules parties concernées ; les autres nœuds ne voient qu'une empreinte, la preuve que quelque chose a eu lieu, sans le détail.
Enfin, il n'y a ni minage ni jeton natif. Les blocs sont produits à tour de rôle par des nœuds validateurs connus. Le projet est passé sous la responsabilité de ConsenSys en août 2020, sous le nom de GoQuorum, et son code reste ouvert.
Ce que les entreprises en ont fait
Tracer une chaîne d'approvisionnement
Le cas le plus cité est celui de Starbucks, qui a bâti sur cette technologie un suivi du grain de café, de la ferme jusqu'à la tasse, avec un accès pour le consommateur final. L'intérêt n'est pas technique. Il tient au fait que producteurs, exportateurs, torréfacteurs et distributeurs consultent la même donnée sans qu'aucun d'eux ne détienne le serveur.
Partager un registre sensible entre organisations
Des programmes de santé publique ont expérimenté ce type de chaîne pour suivre des campagnes de vaccination infantile, notamment sur le continent africain, là où plusieurs organismes doivent tenir un carnet commun sans autorité centrale acceptée par tous. La visibilité limitée des données offerte par les contrats privés est ici la raison même du choix.
Faire circuler de la valeur entre établissements financiers
C'est l'usage d'origine. Une banque qui règle une opération avec une autre banque veut la finalité du règlement, l'horodatage commun et la confidentialité, sans dépendre d'un intermédiaire de compensation. Les paramètres de confidentialité se définissent dès l'installation du réseau, avant la première transaction.
Le prix à payer
Le premier renoncement est l'absence de minage. Sur Bitcoin ou Ethereum, la sécurité repose sur un coût économique réel : attaquer la chaîne revient à dépenser des sommes considérables. Sur Quorum, la sécurité repose sur le fait que les validateurs sont identifiés, contractuellement engagés et juridiquement responsables. C'est un modèle de confiance parfaitement valable, mais c'est le modèle des contrats, pas celui de la preuve de travail. Sans minage, pas de jeton natif à créer non plus : on ne lance pas de monnaie sur Quorum.
La gratuité des transactions, souvent présentée comme un avantage, mérite la même mise au point. Il n'y a pas de frais parce qu'il n'y a personne d'extérieur à rémunérer : ce sont les participants eux-mêmes qui paient les serveurs, l'exploitation et l'astreinte. Le coût n'a pas disparu, il a changé de ligne comptable.
Un avis, puisque le sujet le mérite
Une chaîne permissionnée sans minage, dont les validateurs sont désignés par un consortium, ressemble beaucoup à une base de données répliquée et signée. C'est une bonne base de données répliquée, avec un chaînage cryptographique sérieux et des règles d'écriture partagées. Ce n'est pas la promesse de 2008, celle d'un registre que personne ne contrôle.
Cela n'enlève rien à son utilité. Beaucoup de projets d'entreprise n'avaient pas besoin d'un réseau ouvert, seulement d'un journal partagé infalsifiable entre partenaires qui se connaissent. Quorum fait ce travail correctement. La question à se poser avant de l'adopter reste la même : le consortium existe-t-il déjà ? S'il faut d'abord réunir six entreprises concurrentes autour d'une table et les faire s'entendre sur une gouvernance, la technologie sera la partie facile du projet.
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